vendredi 29 août 2008

Je n'ai pas envie des "il faut"

Une des distorsions cognitives (ou erreurs de pensée) la plus courante est sûrement celle de toujours motiver nos actions par des impératifs : il faut que je… ; je dois absolument faire… ; je devrais… ; je n’ai pas le choix de faire… ; etc. À la longue, cette façon de penser nous enlève le moindre plaisir qu’il pourrait y avoir à faire certaine chose. En fait, on se retire à soi-même le plaisir et le droit de choisir volontairement ce qui nous ferait du bien. On perd notre liberté, on finit par se soumettre à des obligations qu’on n’a pas réellement choisies ou qui ne font plus de sens pour nous.

Certains diront que c’est normal, que personne n’a envie de faire son ménage mais qu’il faut le faire quand même. Moi, je dirais que, si on n'aime pas faire son ménage, c’est parce qu’on le fait par obligation. Car si on a des motivations plus pertinentes pour faire son ménage, on le fait avec plaisir. Se dire « j’ai envie que mes amis se sentent bien chez moi » est une motivation beaucoup plus efficace que de se dire « il faut absolument que je fasse mon ménage avant que le monde arrive ». Je joue juste sur les mots ? Peut-être, mais ce sont ces mots qui vont donner du sens à nos choix.

Faire quelque chose qui n’a pas de sens, autre que parce qu’il faut le faire, est bien plus épuisant et déprimant qu’on ne le pense; c’est une des premières causes du « burnout ». Sans entrer dans les détails du processus, disons que c’est comme si vous donniez le pouvoir à une espèce de petit tyran intérieur qui vient vous forcer à faire certaines choses, souvent contre votre gré. À la longue, vous allez vous comporter comme un véritable esclave, soit complètement soumis (la dépression), soit totalement révolté (la rébellion). Et peut importe le résultat, au bout du compte, vous ne serai pas plus heureux : obéir au chef de la rébellion sans tenir compte de ce qu’on a réellement envie n’est pas mieux que de se soumettre à notre tyran. C’est changer un « il faut » contre un « je dois »… Arrêter de motiver nos actions par des impératifs n’a rien avoir avec « faire le contraire de ce qu’il faut ». Parfois, « faire ce que j’ai envie » va correspondre, à peu de chose près, à « faire ce qu’il faut ».

Une cliente m’a dit un jour : « Voyons donc, ça ne marche pas de même ! Quand ton bébé pleure parce que sa couche est pleine, il faut bien la changer !!! » Et moi de lui répondre : « Non ! Tant que tu n’es pas capable de dire j’ai envie de la changer, ne la change pas… Mais je te jure qu’après un certain moment, tu vas avoir envie de la changer !»

« Chuis fatigué de devoir,
fatigué d'entendre tout l'monde me dire
Comment respirer, comment j'devrais agir
J'ai envie de r'trouver c'que j'étais,
tout de c'que j'voulais devenir
R'trouver la sainte paix
juste une bonne fois pour de vrai »

Est-ce que cette chanson de Kaïn (Embarque ma belle) vous parle autant qu’à moi ? Pas étonnant qu’aussi-tôt avoué, il suggère à sa belle de partir, de se libérer de tous ses il faut…

« Awèye embarque ma belle, j't’amène n'importe où
On va bûcher du bois, gueuler avec les loups ouais...
J'veux jamais t'entendre dire jamais
Ma vieille Volks m'appelle, viens donc faire un tour
On va faire les fous on va faire l'amour
Pis j'te jure qu'on va vivre vieux
»

Effectivement, se libérer des impératifs peut être un gage de longévité.

Et où en est l’autodiscipline dans tout ça ? Car certains confondent « soumission aux impératifs » à « discipline personnelle ». On en a autant besoin, sinon plus. Ça prend beaucoup de discipline pour assumer ses choix complètement et tout faire parce qu’on en a le goût, par ce qu’on l’a réellement choisi, parce qu’on répondait à notre envie personnelle. C’est très difficile de s’assumer complètement, d’être fidèle à soi-même, d’être authentique, d’être responsable de ses besoins, d’affirmer ce qu’on pense et ce qu’on ressent. Au début, faut se pratiquer maladroitement, faut peut-être même exagérer un peu, en changeant volontairement notre discours extérieur pour que le discours intérieur change vraiment. À force d’essayer de dire, pour motiver tout ce qu’on fait, « j’ai envie », « j’ai le goût », « j’aimerais que », « j’ai fais le choix de », on va finir par découvrir nos véritables motivations dans la vie et se réapproprier le contrôle de notre vie ; ce n’est pas de l’autodiscipline ça ?

* * * * *

Exercice 1 : « J’ai envie » de quoi aujourd’hui ?

Pour changer les impératifs en choix, c’est pas mauvais de faire une liste de nos envies. Une fois par jour au début, de temps en temps par la suite. Essayons voir :

Aujourd’hui j’aimerais, je voudrais, j’ai le goût de , j’ai envie de :
  • Recevoir un bon massage
  • Écouter mon fils me raconter sa journée
  • Recevoir des nouvelles de Cindy (je n’ai pas de contrôle là-dessus, mais j’ai le goût; par contre, si j’en ai tellement envie, je peux la solliciter…)
  • Apprendre un peu plus le texte de Louka pour les Bas-fonds
  • Faire une petite sieste près de ma fenêtre
  • Jouer encore au badminton avec Marie-Pascale, Vincent, Marcel, Yvan, Sandra, Mika, Donald, Véronique, Cindy et les autres… (je devrai attendre à demain mais j’ai déjà le goût)
  • Battre Marcel au badminton (ça fait longtemps et je devrai probablement attendre encore longtemps, mais j’ai toujours le goût)
  • Parler à Benoît (mais ça aussi ça va attendre demain et dimanche, on aura l'occasion de le faire en masse)
  • Écrire quelque chose, juste pour le plaisir (c’est ce que je suis en train de faire)
  • Faire l’amour (Encore ! Oui, tous les jours… on est obsédé ou on ne l’est pas)
  • Regarder la suite de Kaamelott (on vient de finir la saison 5 et on panique un peu parce qu’on se demande si la saison 6 existe déjà…)
  • Prendre un bon bain chaud en lisant un bon livre
  • Trouver un bon livre à lire
  • Lire autre chose de Wajdi Mouawad (ça fait trois fois que je lis sa pièce Incendies et elle me bouleverse toujours autant)
  • Écrire un premier dialogue de la pièce de théâtre que j’essai d’écrire
  • C’est tout je pense… le reste sonne trop comme des « il faut »

* * * * *

Exercice 2 : Qu’est-ce que j’aimerais qu’il soit fait ?

Parfois on a envie que quelque chose soit fait mais on n’a pas envie de le faire. J’ai tendance à dire qu’il faut attendre d’avoir envie de le faire avant de le faire, mais il y a une autre stratégie qui peut nous aider. On peut se dire : « j’ai envie que cela soit fait parce que… » On énumère alors les vraies raisons derrière cette envie. Par exemple : « J’ai envie que mon ménage soit fait parce que j’ai envie que mes visiteurs se sentent bien chez moi et parce que je pense que présentement, entre les crottes de la perruche, les mouchoir qui traîne, la porte d’armoire non réinstallée et les vêtements non rangés, ils auraient de la misère à circuler librement». Ce genre de verbalisation va finir par se transformer en « j’ai envie de faire mon ménage » parce que je sais exactement pourquoi je le fais, c’est à dire pour une autre envie qui est très personnelle.

Voici ma liste de « j’ai envie que ce soit fait » pour aujourd’hui, il me reste à trouver mes raisons pour transformer cela en « j’ai envie de faire… » (me connaissant, ce n'est pas demain la veille) :

  • Tondre mon gazon
  • Arracher des mauvaises herbes
  • Poser ma porte d’armoire
  • Poser ma plaque de numéro civique (ça fait deux ans que l’adresse est indiqué sur un bout de papier collé)
  • Téléphoner ma masso pour prendre un rendez-vous
  • Prendre un r-v chez le dermatologue aussi
  • Téléphoner des nouveaux clients pour leur donner un r-v
  • Finir un court rapport synthèse et le poster à un client
  • Faire des changements sur mon site qui décrit mes services professionnels
  • Vider complètement mon bureau de Marieville que je n'occupe plus à partir du premier septembre
  • Aménager l’ancienne chambre de mon fils en bureau plus fonctionnel pour mon travail à la maison et mes projets créatifs
  • Monter dans ce bureau : filière, table à dessin, boîte de dossiers et de matériel…
  • Réaménager le sous-sol en un atelier pour ma femme et une salle familiale pour mon fils
  • Passer l’aspirateur partout
  • Poser des cadres (mes propres œuvres) dans ma chambre
  • Scanner et rééditer le texte des Bas-fonds pour faciliter sa lecture
  • Finir de lire tous les documents nécessaire à ma compréhension d'une OBNL
  • Faire une mise à jour complète de mon site de M. Psytami
  • Dessiner une nouvelle planche de la BD de M Psytami
  • Voir Sébastien pour comprendre comment il dessine avec ses gadgets électroniques
  • Trouver un façon de sauver les petits arbres qu’on a mis en pot sur notre patio
  • Reteindre notre patio
  • Jeter aux poubelles, faire un ménage par le vide, de tout ce qu’on n'utilise pas vraiment

Je pourrais continuer comme ça longtemps… mais j’ai trop de chose que j’ai réellement envie de faire aujourd’hui… Donc, à la prochaine !

Aucun commentaire: