vendredi 29 août 2008

Je n'ai pas envie des "il faut"

Une des distorsions cognitives (ou erreurs de pensée) la plus courante est sûrement celle de toujours motiver nos actions par des impératifs : il faut que je… ; je dois absolument faire… ; je devrais… ; je n’ai pas le choix de faire… ; etc. À la longue, cette façon de penser nous enlève le moindre plaisir qu’il pourrait y avoir à faire certaine chose. En fait, on se retire à soi-même le plaisir et le droit de choisir volontairement ce qui nous ferait du bien. On perd notre liberté, on finit par se soumettre à des obligations qu’on n’a pas réellement choisies ou qui ne font plus de sens pour nous.

Certains diront que c’est normal, que personne n’a envie de faire son ménage mais qu’il faut le faire quand même. Moi, je dirais que, si on n'aime pas faire son ménage, c’est parce qu’on le fait par obligation. Car si on a des motivations plus pertinentes pour faire son ménage, on le fait avec plaisir. Se dire « j’ai envie que mes amis se sentent bien chez moi » est une motivation beaucoup plus efficace que de se dire « il faut absolument que je fasse mon ménage avant que le monde arrive ». Je joue juste sur les mots ? Peut-être, mais ce sont ces mots qui vont donner du sens à nos choix.

Faire quelque chose qui n’a pas de sens, autre que parce qu’il faut le faire, est bien plus épuisant et déprimant qu’on ne le pense; c’est une des premières causes du « burnout ». Sans entrer dans les détails du processus, disons que c’est comme si vous donniez le pouvoir à une espèce de petit tyran intérieur qui vient vous forcer à faire certaines choses, souvent contre votre gré. À la longue, vous allez vous comporter comme un véritable esclave, soit complètement soumis (la dépression), soit totalement révolté (la rébellion). Et peut importe le résultat, au bout du compte, vous ne serai pas plus heureux : obéir au chef de la rébellion sans tenir compte de ce qu’on a réellement envie n’est pas mieux que de se soumettre à notre tyran. C’est changer un « il faut » contre un « je dois »… Arrêter de motiver nos actions par des impératifs n’a rien avoir avec « faire le contraire de ce qu’il faut ». Parfois, « faire ce que j’ai envie » va correspondre, à peu de chose près, à « faire ce qu’il faut ».

Une cliente m’a dit un jour : « Voyons donc, ça ne marche pas de même ! Quand ton bébé pleure parce que sa couche est pleine, il faut bien la changer !!! » Et moi de lui répondre : « Non ! Tant que tu n’es pas capable de dire j’ai envie de la changer, ne la change pas… Mais je te jure qu’après un certain moment, tu vas avoir envie de la changer !»

« Chuis fatigué de devoir,
fatigué d'entendre tout l'monde me dire
Comment respirer, comment j'devrais agir
J'ai envie de r'trouver c'que j'étais,
tout de c'que j'voulais devenir
R'trouver la sainte paix
juste une bonne fois pour de vrai »

Est-ce que cette chanson de Kaïn (Embarque ma belle) vous parle autant qu’à moi ? Pas étonnant qu’aussi-tôt avoué, il suggère à sa belle de partir, de se libérer de tous ses il faut…

« Awèye embarque ma belle, j't’amène n'importe où
On va bûcher du bois, gueuler avec les loups ouais...
J'veux jamais t'entendre dire jamais
Ma vieille Volks m'appelle, viens donc faire un tour
On va faire les fous on va faire l'amour
Pis j'te jure qu'on va vivre vieux
»

Effectivement, se libérer des impératifs peut être un gage de longévité.

Et où en est l’autodiscipline dans tout ça ? Car certains confondent « soumission aux impératifs » à « discipline personnelle ». On en a autant besoin, sinon plus. Ça prend beaucoup de discipline pour assumer ses choix complètement et tout faire parce qu’on en a le goût, par ce qu’on l’a réellement choisi, parce qu’on répondait à notre envie personnelle. C’est très difficile de s’assumer complètement, d’être fidèle à soi-même, d’être authentique, d’être responsable de ses besoins, d’affirmer ce qu’on pense et ce qu’on ressent. Au début, faut se pratiquer maladroitement, faut peut-être même exagérer un peu, en changeant volontairement notre discours extérieur pour que le discours intérieur change vraiment. À force d’essayer de dire, pour motiver tout ce qu’on fait, « j’ai envie », « j’ai le goût », « j’aimerais que », « j’ai fais le choix de », on va finir par découvrir nos véritables motivations dans la vie et se réapproprier le contrôle de notre vie ; ce n’est pas de l’autodiscipline ça ?

* * * * *

Exercice 1 : « J’ai envie » de quoi aujourd’hui ?

Pour changer les impératifs en choix, c’est pas mauvais de faire une liste de nos envies. Une fois par jour au début, de temps en temps par la suite. Essayons voir :

Aujourd’hui j’aimerais, je voudrais, j’ai le goût de , j’ai envie de :
  • Recevoir un bon massage
  • Écouter mon fils me raconter sa journée
  • Recevoir des nouvelles de Cindy (je n’ai pas de contrôle là-dessus, mais j’ai le goût; par contre, si j’en ai tellement envie, je peux la solliciter…)
  • Apprendre un peu plus le texte de Louka pour les Bas-fonds
  • Faire une petite sieste près de ma fenêtre
  • Jouer encore au badminton avec Marie-Pascale, Vincent, Marcel, Yvan, Sandra, Mika, Donald, Véronique, Cindy et les autres… (je devrai attendre à demain mais j’ai déjà le goût)
  • Battre Marcel au badminton (ça fait longtemps et je devrai probablement attendre encore longtemps, mais j’ai toujours le goût)
  • Parler à Benoît (mais ça aussi ça va attendre demain et dimanche, on aura l'occasion de le faire en masse)
  • Écrire quelque chose, juste pour le plaisir (c’est ce que je suis en train de faire)
  • Faire l’amour (Encore ! Oui, tous les jours… on est obsédé ou on ne l’est pas)
  • Regarder la suite de Kaamelott (on vient de finir la saison 5 et on panique un peu parce qu’on se demande si la saison 6 existe déjà…)
  • Prendre un bon bain chaud en lisant un bon livre
  • Trouver un bon livre à lire
  • Lire autre chose de Wajdi Mouawad (ça fait trois fois que je lis sa pièce Incendies et elle me bouleverse toujours autant)
  • Écrire un premier dialogue de la pièce de théâtre que j’essai d’écrire
  • C’est tout je pense… le reste sonne trop comme des « il faut »

* * * * *

Exercice 2 : Qu’est-ce que j’aimerais qu’il soit fait ?

Parfois on a envie que quelque chose soit fait mais on n’a pas envie de le faire. J’ai tendance à dire qu’il faut attendre d’avoir envie de le faire avant de le faire, mais il y a une autre stratégie qui peut nous aider. On peut se dire : « j’ai envie que cela soit fait parce que… » On énumère alors les vraies raisons derrière cette envie. Par exemple : « J’ai envie que mon ménage soit fait parce que j’ai envie que mes visiteurs se sentent bien chez moi et parce que je pense que présentement, entre les crottes de la perruche, les mouchoir qui traîne, la porte d’armoire non réinstallée et les vêtements non rangés, ils auraient de la misère à circuler librement». Ce genre de verbalisation va finir par se transformer en « j’ai envie de faire mon ménage » parce que je sais exactement pourquoi je le fais, c’est à dire pour une autre envie qui est très personnelle.

Voici ma liste de « j’ai envie que ce soit fait » pour aujourd’hui, il me reste à trouver mes raisons pour transformer cela en « j’ai envie de faire… » (me connaissant, ce n'est pas demain la veille) :

  • Tondre mon gazon
  • Arracher des mauvaises herbes
  • Poser ma porte d’armoire
  • Poser ma plaque de numéro civique (ça fait deux ans que l’adresse est indiqué sur un bout de papier collé)
  • Téléphoner ma masso pour prendre un rendez-vous
  • Prendre un r-v chez le dermatologue aussi
  • Téléphoner des nouveaux clients pour leur donner un r-v
  • Finir un court rapport synthèse et le poster à un client
  • Faire des changements sur mon site qui décrit mes services professionnels
  • Vider complètement mon bureau de Marieville que je n'occupe plus à partir du premier septembre
  • Aménager l’ancienne chambre de mon fils en bureau plus fonctionnel pour mon travail à la maison et mes projets créatifs
  • Monter dans ce bureau : filière, table à dessin, boîte de dossiers et de matériel…
  • Réaménager le sous-sol en un atelier pour ma femme et une salle familiale pour mon fils
  • Passer l’aspirateur partout
  • Poser des cadres (mes propres œuvres) dans ma chambre
  • Scanner et rééditer le texte des Bas-fonds pour faciliter sa lecture
  • Finir de lire tous les documents nécessaire à ma compréhension d'une OBNL
  • Faire une mise à jour complète de mon site de M. Psytami
  • Dessiner une nouvelle planche de la BD de M Psytami
  • Voir Sébastien pour comprendre comment il dessine avec ses gadgets électroniques
  • Trouver un façon de sauver les petits arbres qu’on a mis en pot sur notre patio
  • Reteindre notre patio
  • Jeter aux poubelles, faire un ménage par le vide, de tout ce qu’on n'utilise pas vraiment

Je pourrais continuer comme ça longtemps… mais j’ai trop de chose que j’ai réellement envie de faire aujourd’hui… Donc, à la prochaine !

jeudi 28 août 2008

Les amis de passage - 2

La solitude me pèse. Je me suis toujours fait croire que j’aimais ma solitude, parce que mes hobbies sont principalement, depuis toujours, solitaire et contemplatif : écrire, dessiner, faire des montages photos, audio ou vidéo, écouter de la musique, inventer des jeux de société, rêver tout éveillé, jouer à des jeux d’ordi, rouler les fenêtres ouvertes sur une route de campagne, observer les fleurs pousser, faire une sieste bercé par le souffle du vent, le crépitement d’un feu ou la cadence des vagues sur une plage de la Gaspésie…

J’aime encore toutes ces activités, mais aujourd’hui je réalise qu’elles n’ont de sens que si un(e) ami(e) est là pour : lire, contempler ou commenter mes œuvres, frissonner avec moi, en même temps que moi, en se laissant émouvoir par la même scène d’un film ou le même passage d’une chanson, jouer avec moi pour tester mes jeux au fur et à mesure de leur évolution, me permettre de les regarder, de les admirer et de m’inspirer de leur beauté, de leur humour et de leur intelligence, m’accompagner dans mes trips de char, les cheveux au vent et une main sur ma cuisse, poser leur tête sur ma poitrine et dormir comme un bébé sous mes ailes protectrices, ou faire l’amour sauvagement, tendrement ou en riant, en suivant le rythme des vagues ou la symphonie matinale des oiseaux « corde-à-linge »…

Nos amis, nos amours, même s’ils ne sont que de passage dans notre trop courte vie, constituent la réelle richesse de celle-ci ; même si, c’est une certitude, ils vont tous, tôt ou tard, s’éloigner de nous, leur présence multiplie nos petits bonheurs de la vie. Comprenez-moi bien, je ne dis pas que rien n’est intéressant dans la vie, je dis que de partager nos expériences avec nos amis les rendent encore plus riche et savoureuse – comme la crème fraîche ! C’est le message que je cherchais à exprimer dans mon premier textes sur Les amis de passage. Malheureusement, c’est la mélancolie et la nostalgie qui ont pris toute la place et certains de mes amis ont bien cru, en me lisant, que j’étais dépressif.

Je ne suis pas vraiment dépressif, sauf que je traîne depuis des années de vieux sentiments de tristesse, dû à des deuils moins bien résolu qu’il ne le faudrait… Seul, je suis plutôt mélancolique. J’ai déjà dis, quelque part : « Je suis nostalgique d'une enfance que je n'ai jamais eue ». Je n’ai qu’à regarder mon fils vivre pour me dire que j’aurais aimé vivre sa vie, son enfance, son adolescence... J’aimerais revenir en arrière et recommencer avec tout ce que je sais maintenant sur la vie, l’amitié, l’amour… Et oui ! Le fait d’avoir côtoyer de si belles jeunes femmes dans la troupe de théâtre m’a donné le goût d’avoir 20 ans de moins. J’ai fantasmé, forcément, sur ce que pourrait être ma vie actuellement si, plus jeune, j’avais fais ceci ou cela… ou si mes parents auraient été ceci ou cela… De ce temps-ci, j’ai de la difficulté à faire le deuil de ce genre de rêverie.

Ma femme m’a demandé l’autre jour : « Et toi José, qu’est-ce que t’aimerais faire quand tu seras grand ? » Il est peut-être temps que je grandisse un peu. Depuis le mois de mai, je me comporte comme Peter Pan au pays imaginaire. Ma première vraie expérience de théâtre m’a fait complètement décrocher de ma vie, comme si ce que j’y vivais, était du domaine du rêve, plutôt que de celui de la réalité. Et maintenant que c’est fini, je trouve difficile de retourner dans mon quotidien, ma routine, mon travail... C’est un peu ça aussi la cause de ma nostalgie. Et j’avoue avoir le réflexe de m’enfermer dans mon monde imaginaire, dans cette mélancolie d’une vie que je n’ai pas eu, autre qu’en rêve, de m’isoler, même quand je suis avec les autres, de retourner à cette solitude que je croyais aimer.

Parfois, je déprime parce que je me dis, comme plusieurs de mes clients, que j’aurais aimé ne jamais avoir toucher au bonheur, ne jamais avoir rencontrer telle ou telle personne qui me fait du bien… parce que tôt ou tard, le bonheur s’estompe et les personnes disparaissent de notre vie. C’est tellement ridicule de penser comme ça. C’est comme une femme qui m’a avouer, un jour, adorer les chats, mais s’empêcher d’en avoir par peur que, par accident, il quitte sa maison et ne revienne jamais.

Bien au contraire, si tu aimes les chats, tu dois prendre le risque d’en avoir. Si tu es en amour, tu dois prendre le risque de t’engager, même si on ne peut rien garantir sur la longévité de la relation. Si tu aime tes amis, tu dois oser leur dire, les fréquenter et prendre le risque qu’il s’éloigne de toi un jour… ça ne sert à rien d’anticiper leur départ, il est de toute façon inévitable. Il faut plutôt se concentrer sur chaque instant passé en leur compagnie, savourer chacun de leurs sourires, câlins, caresses, compliments, être là quand ils ont envie de te voir, les solliciter quand tu veux partager ou échanger avec eux, et surtout : vivre pleinement ! Pour être heureux, continuer à les intéresser et avoir quelque chose à partager.

Finalement, vivre, aimer, s’engager, c’est comme plonger dans une piscine, on ne peut pas se contenter de tremper son gros orteil de temps en temps et attendre que l’eau soit toujours à la température idéale.

Je vous aime beaucoup mes amis : j’espère que vous vous reconnaissez ! J’ai décidé de grandir et de plonger pour de bon. N’hésitez pas à plonger vous aussi, car au pire, on devra juste suivre quelques cours de natation ensemble…

En conclusion, les chansons que j’écoute de ce temps-ci sont, je vous l’accorde, plutôt mélancolique. Par contre, certaines sont vraiment des « réveils-vie » parce qu’elles décrivent bien pourquoi les amis sont aussi importants, malgré leur départ inévitable. Et pour être honnête, les larmes qu’elles m’arrachent sont souvent des larmes de joies. Et j’en écoute d’autres aussi qui me rappelle l’importance des amis, la beauté de la vie, et l’espoir que, malgré tout, la vie vaille vraiment la peine d’être vécu…

* * * * *
C'est un beau roman, c'est une belle histoire
C'est une romance d'aujourd'hui
Il rentrait chez lui, là-haut vers le brouillard
Elle descendait dans le midi, le midi

Ils se sont cachés dans un grand champ de blé
Se laissant porter par les courants
Se sont racontés leur vie qui commençait
Ils n'étaient encore que des enfants, des enfants
Qui s'étaient trouvés au bord du chemin
Sur l'autoroute des vacances
C'était sans doute un jour de chance
Qui cueillirent le ciel au creux de leurs mains
Comme on cueille la providence
Refusant de penser au lendemain

Si je m'arrête un instant
Pour te parler de la vie
Juste comme ça, tranquillement
Pas loin du Carré Saint Louis
C'est qu'avec toi je suis bien
Et qu'j'ai pu l'goût d'm'en faire
Parce que tsé voir trop loin
C'pas mieux qu'd'regarder en arrière

Je me souviens d'un rêve
Je me souviens d'un roi
D'un été qui s'achève
D'une maison de bois
Je me souviens du ciel
Je me souviens de l'eau
D'une robe en dentelle
Déchirée dans le dos

Ce n'est pas du sang qui coule dans nos veines
C'est la rivière de notre enfance

Hakuna Matata,
Mais quelle phrase magnifique !
Hakuna Matata,
Quel chant fantastique !

Ces mots signifient
Que tu vivras ta vie,
Sans aucun souci,
Philosophie

Baigné dans la lumière d'une aurore boréale
Réaliser que la beauté est sidérale
Ralentir le rythme de la course folle
Folâtrer un instant sans but, sans boussole

Rester allongé sur le sable donner des sourires sur la plage
S'amuser à perdre le temps laisser l'été avoir 15 ans
Passer ses journées en ballades sous la pluie goûter les nuages
Braver sur ma moto le vent laisser l'été avoir 15 ans

Sentir le vent caresser son visage
Ajuster sa mire, se fondre au paysage
Ajouter des secondes au film de sa vie
Vidanger son cerveau, tomber endormi

Pour la peine il y a le soleil l'été sur mes jours
Y'é jamais pareil c'est un gros câlin pour guérir nos chagrins
Pour l'amour il y a les étoiles tombées dans nos yeux
Jamais malheureux quand d'un gros câlin on guérit nos chagrins

Laisser la poésie décider de son sort
Sortir au matin et accepter la mort
Mordre dans la vie sans penser à demain
Maintenir le cap tout droit vers son destin...

Partir, bon Dieu ! partir
Sans savoir où l'on va,
Faire de la planche à voile
Au détour d'un delta,
D'accord, on prend la fuite :
Imaginons la suite,
Pour un mois pour un an,
J'sais pas.

Awèye embarque ma belle, j'amène n'importe où
On va bûcher du bois, gueuler avec les loups ouais...
J'veux jamais t'entendre dire jamais
Ma vieille Volks m'appelle, viens donc faire un tour
On va faire les fous on va faire l'amour
Pis j'te jure qu'on va vivre vieux

Je t'aurai vue nager
Sous un ciel d'occident,
Rêver tout éveillée
Devant un océan,
Un été éternel
D'un amour aquarelle,
C'est pas original
C'est bleu carte postale.

À mort la mornitude, viens t'coller dans ma solitude
On pourrait prendre la route, jusqu'à temps qu'on trouve le boute
On va s'creuser un trou, perdu quelque part au bout du monde
On n'aura pas d'argent, on fera pousser des enfants

Et si l'on revient moins riches,
Qu'est-ce que ça peut faire ?
D'ailleurs qui seront les riches ?
C'est pas notre affaire.
Je rêve d'une route en plein soleil,
D'île aux oiseaux
Où nous aurions toujours sommeil.

Et si l'on revient moins riches,
C'est peut-être mieux.
Avant que l'on en finisse,
Avant d'être vieux,
On aura eu des souvenirs,
Des nuits entières
A rêver sans dormir

Chuis fatigué de devoir, fatigué d'entendre tout l'monde me dire
Comment respirer, comment j'devrais agir
J'ai envie de r'trouver c'que j'étais, tout de c'que j'voulais devenir
R'trouver la sainte paix juste un bonne fois pour de vrai

Malgré les vieilles amertumes
Et les amours qui passent
Les chums qu'on perd dans brume
Et les idéaux qui se cassent
La vie s'accroche et renaît
Comme les printemps reviennent
Dans une bouffée d'air frais
Qui apaise les coeurs en peine

Icitte à soir, y mouille à siot
On a donné un pas pire show
Le motel est pas vraiment swell
Une chance t'es là pis qu'j'te trouve belle...

Et puis toé ma p'tite soeur
Es-tu toujours aussi perdue?
C'est ti encore la grande noirceur?
Ou ben si t'as r'pris le dessus?
Tsé qu'la vie est parsemée de p'tites misères
Faut pas t'en faire...

Anyway chu content que tu r'viennes
T'arrives en même temps qu'l'automne
Tsé qu'ça m'a fait ben d'la peine
De t'voir partir ma mignonne...

Sais-tu au moins qu'tu m'as fait croire
Qu'il est encore possible d'être heureux ?
Pis ça c'est c'qu'on appelle d'l'espoir

Espérer, parce que ça vaut la peine
C'est pas toujours la haine, c'est aussi de l'amour
Espérer, parce que tu es en vie
Même si t'as pas choisi, ni l'endroit, ni le jour

Ça fait que si à soir t'as envie de rester
Avec moi la nuit est douce on peut marcher
Et même si on sait ben que tout dure rien qu'un temps
J'aimerais çà que tu sois pour un moment
Mon étoile filante

Espérer, et encore et encore
A fatiguer la mort, à la faire hésiter

Espérer, parce que la terre est belle
Quand une étoile s'éteint, elle n'éteint pas le ciel

Hakuna Matata !

[Titre (interprètes) : Une belle histoire (Michel Fugain), Les étoiles filantes & Ces temps-ci & Toune d’automne (Les Cowboys Fringants), La rivière de notre enfance (Garou et Michel Sardou), Hakuna Matata (du Roi lion), Le repos du guerrier (Mes Aïeux), Laisser l'été avoir 15 ans (Claude Dubois), Espérer & Si l’on reviens moins riche (Michel Sardou), Embarque ma belle (Kaïn)]

mercredi 27 août 2008

Les amis de passage

De ce temps-ci, je pense beaucoup à mes amis, les nouveaux, les anciens, ceux que je côtoie régulièrement, ceux que je ne vois pas assez souvent, ceux qui me font terriblement du bien, les gars qui ont remplacer mon père, mes frères cosmiques, les filles qui provoque chez moi plein de tendresse, mes petites sœurs d’adoption, celles qui m’ont fait naviguer entre l’amour et l’amitié, tous ceux et celles que je ne veux désespérément pas perdre de vue…

Et j’ai le cœur gros… Triste de constater que certains sont disparus de ma vie, sans raisons, juste comme ça, parce que leur route divergeait de la mienne… Peur que cela se reproduise avec ceux qui me font du bien aujourd’hui, ceux qui me permettent de croire au bonheur, comme les autres l’ont fait dans le passé, avant de disparaître… Comme lorsque j’étais ados, je me dis aujourd’hui naïvement la même chose : « je serai là, pour eux, avec eux, toute ma vie… » Mais l’expérience passé ne me permet pas de m’accrocher aveuglément à ce souhait. Comme d’autres, ils s’éloigneront un jour… pire, je prendrai moi-même mes distances, sans raisons, parce que la vie m’amènera ailleurs… Je lutte contre cette réalité, mais ça ne sert à rien… c’est la vie un point c’est tout !

Et je me mets à écouter des chansons nostalgiques sur les amis et les amours d’une vie, et sur le temps qui passe, et qui change tout…

* * * * *

Y m'semble qu'on est dû pour se boire
une couple de verres dans le blanc des yeux
Se dire qu'on s'aime après queq'bières,
j'mennuie de nous deux, de toé mon vieux

Comme dans le temps

Comment ça va ta vie ?
La job pis ta p'tite famille
Moi j'suis devenu c'que j'ai voulu
J'chante ma vision d' l'affaire
Pour c' qu'y est d' l'argent pas d' commentaires !

Mais parle moé pas des femmes
Non c'est l' plus grand mystère
Que Dieu a mis s’a terre
Je les aime mais j' sais pas comment faire
Pis parle moé pas d'amour
De tout c' que tu veux
D' n'importe quoi mais pas d'amour
J'te jure que j' saurais pas quoi t' dire
Non c'est vrai j' saurais pas quoi t' dire...

Souviens-toi, c'était le grand jour
Le grand pas vers le grand amour
C'était encore mieux que ça
C'était nous deux il était une fois

C'est un beau roman, c'est une belle histoire
C'est une romance d'aujourd'hui
Il rentrait chez lui, là-haut vers le brouillard
Elle descendait dans le midi, le midi

Aller viens-t-en on part autour du monde
Ensemble sur mon cheval de fer
On va descendre la butte ronde
Pour atteindre la vitesse de la lumière

Ils se sont quittés au bord du matin
Sur l'autoroute des vacances
C'était fini le jour de chance
Ils reprirent alors chacun leur chemin
Saluèrent la providence en se faisant un signe de la main

On s'accroche comme on peut
Le vent qui berce tes longs cheveux
La vie nous porte sur la route
Je t'aime. Ça n'fait aucun doute

Mais au bout du ch'min dis-moi c'qui va rester
De la p'tit'école et d'la cour de récré ?
Quand les avions en papier ne partent plus au vent
On se dit que l'bon temps passe final'ment
Comme une étoile filante

On a pris le quatorze au hasard,
Un peu gênés
Puis ta robe a glissé dans le noir
On s'est aimés
Quand plus tard le garçon est venu
Nous apporter
Deux cafés, d'un sourire entendu
Tu t'es cachée
Il n'a pas vu que tu pleurais
L'enfance qui s'en allait

T'étais peut-être en train de jouir
Ou peut-être en train de muer
Quand tu m'as dit : Ça fait plaisir
D'savoir que l'on est le premier

Souviens-toi, c'était le grand jour
Le grand pas vers le grand amour
C'était encore mieux que ça
C'était nous deux il était une fois

On est sorti de nos trentaines
On a rechaussé notre jeunesse
Dans une voiture qui était la tienne
On s'est aimé à toute vitesse

T'étais peut-être en train de jouir
Ou peut-être en train de pleurer
Quand tu m'as dit : Ça ferait plaisir
D'savoir que je serais le dernier

J'veux pas vieillir
Avoir la vie en avant d'moi
Sans être pressé
Sans rides et sans rien à cacher
Sans trop souffrir
Sans voir mes amis me quitter
Et puis mourir
J'veux pas vieillir

Quand tes cheveux te laisseront tomber
J't'aimerai quand même
Si tes rides s'empilent pour me regarder
J't'aimerai quand même
Si tes mains ne tremblent plus juste pour moi
J't'aimerai quand même
Et si t'oublies qu'il faut que tu t'souviennes
J't'aimerai quand même

Aujourd'hui j'apprends dans l'journal
Que tu t'es tuée en moto
Dans mon cœur ça fait un peu mal
J'ai le souvenir de ces mots:

On s'accroche comme on peut
Le vent qui berce tes longs cheveux
La vie nous porte sur la route
Je t'aime....

Mais au bout du ch'min dis-moi c'qui va rester
De not' p'tit passage dans ce monde effréné
Après avoir existé pour gagner du temps
On s'dira que l'on était final'ment
Des étoiles filantes

Je sais qu'y s'passera jamais rien
Qu'entre toi pis moi ç'a pas d'allure
Quand j'vas r'partir au p'tit matin
On va se dire à la r'voyure...

Sais-tu au moins qu'tu m'as fais croire
Qu'il est encore possible d'être heureux ?

Comme dans le temps

J'veux pas vieillir
Retourner sur les g'noux de mon père
Les samedis soirs durant l'hiver
Jouer à cachette dans cour d'école
Jouer à me prendre pour mes idoles
Jouer au hockey dans mon quartier
Aimer l'hiver autant qu'l'été
Retrouver l'esprit de noël
Tous mes souvenirs et mes bébelles
J'veux pas vieillir
Trouver une cabane dans les bois
La barrer pis m'enfermer là
J'veux pas partir
J'veux pas mourir

T'étais sûrement pas rien qu'un kik
Mais là c'pas mal trop compliqué
Si dans vie y faut prendre des risques
Faut savoir aussi s'en aller

Ça fait que j'vas m'fermer la gueule
Et continuer mon ch'min tout seul
Avec mon p'tit coeur dans les shoe-claques
Pis ton sourire dans mon pack-sack
Mais tsé tu peux m'rappeler pareil
T'es comme mon p'tit rayon d'soleil
Dans ce monde complèt'ment fucké
Où j'aurais p't'être eu besoin d'toé

Ça fait que si à soir t'as envie de rester
Avec moi la nuit est douce on peut marcher
Et même si on sait ben que tout dure rien qu'un temps
J'aimerais çà que tu sois pour un moment
Mon étoile filante

Comme dans le temps

Il rentra chez lui, là-haut vers le brouillard
Elle est descendue là-bas dans le midi
C'est un beau roman, c'est une belle histoire
C'est une romance d'aujourd'hui

Mais au bout du ch'min dis-moi c'qui va rester

Que des étoiles filantes

[Titre (interprètes) : Comme dans le temps & Parle moi d’toi (Kaïn), Il était une fois nous deux (Joe Dassin), Une belle histoire (Michel Fugain), Cheval de fer (Okoumé), Les étoiles filantes & Ces temps-ci (Les cowboys fringants), La lune et le miel (Lynda Lemay), J'veux pas vieillir (Boom Desjardins), J't'aimerai quand même (Andrée Watters)]

* * * * *

Toutes ces chansons réussissent à m’arracher une larme ou deux pas jour. Et je les réécoute à tous les jours. Suis-je maso pour autant ? Non ! Ce sont mes « réveils-vie ». Elles sont là pour me sortir de ma solitude, pour me ramener à la vie, pour me rappeler que j’aime et que je suis aimé, qu’il y aura toujours près de moi quelqu’un pour échanger, rire, pleurer, jouir… quelqu’un à protéger, dorloter, admirer, seconder, taquiner, séduire… Rien n’a de sens dans ma vie si je ne peux pas le partager, le communiquer, l’exprimer à quelqu’un de confiance qui saura y réagir avec authenticité.

Alors, je les écoute encore, parce que chacune d’elles me rappellent un(e) ou plusieurs ami(es).

Elles me rappellent aussi que je ne peux pas stopper le temps et, mieux encore, que le changement est souhaitable et nécessaire : parce que la vie, « c’est un beau roman, c’est une belle histoire » ; parce que nous croiserons toujours, en alternance, de véritables perles rares, «des étoiles filantes », qui passeront rapidement dans notre firmament pour, l’espace d’un bref instant, nous permettre de réaliser nos souhaits les plus fous…

Merci à toutes ces constellations d’étoiles qui m’ont émerveillé, de l’ado anxieux que j’étais à l’enfant spontané que je suis redevenu en vieillissant, en passant par l’adulte qui essai de maintenir tout ça en équilibre et de vous le rendre au centuple…

Merci Jean-Pierre, Frédéric, France, Sylvie, Robert, Alain, Daniel, Nancy, Danielle, Sylvie, Hélène, Martine, Thérèse, Hélène, Marie-Claude, Dominique, Dany, Sophie, Marie-Pascale, Vincent, Lucienne, Michelle, Sandra, Nathalia, Dominique, Louise, Jean-Marc, Dany, France, Robert, Patricia, Caroline, Sonia, France, Christian, Réjean, Natalie, Gilles, Doris, Marcel, Patricia, Yvan, Benoît, Marie-Christine, Cindy et tous les autres que j’ai oublié ou que je ne connais pas encore…

J’ai hâte de vous voir ou de vous revoir, de vous connaître ou de vous redécouvrir, comme si chaque instant passé avec vous était un véritable privilège, un moment unique, même si mille fois répétés...

jeudi 14 août 2008

Le bon moment

Ce soir, j’ai vu une chorale de camp de jour aux Fêtes de quartier de Chambly.

Imaginez, une trentaine d’enfant, probablement entre 8 et 12 ans, toutes des petites filles, à part trois, les plus rouge du groupe, entassés sur une petite scène, au milieu d’un grand parc, devant, au minimum, une trentaine de parents…

J’étais là, parmi le public, et je ne pouvais m’empêcher d’observer autant les jeunes choristes que les vieux spectateurs. J’allais des yeux apeurés, presque terrorisés, d’une petite fille dans la première rangée, à ceux rempli d’espoir, d’un père de la dernière rangée.

J’y ai vu plusieurs enfants moins concentrés sur les paroles de leur chanson que sur la recherche active de leur famille dans la foule. Parmi eux, des regards inquiets qui deviennent soulagés dès qu’ils reconnaissent un visage familier; alors que d’autres deviennent tristes, parce que le visage recherché n’est pas là…

J’y ai vu des enfants donner tout ce qu’ils étaient capable de donner tandis que d’autres se contentaient de parader fièrement, comme si déjà on pouvait différencier ceux qui rêvaient de faire une carrière artistique de ceux qui espérerait devenir une star…

J’y ai vu des parents très attentif à la performance de leur enfant, s’efforçant de conserver un grand sourire d’encouragement, malgré les cafouillis évident de leur progéniture; et d’autres, plus intéressé par le ciel, les oiseaux, les décolletés plongeants ou leurs appels téléphoniques.

J’y ai vu et entendus des enfants chanter avec cœur, comme s’ils écoutaient ce genre de musique à tous les jours, de vieilles chansons de Michel Fugain et de Joe Dassin; et des parents enthousiaste fredonner toutes les chansons comme si chacune avaient été choisit pour leur faire personnellement plaisir. J’ai même eu droit à Bravo monsieur le monde, l’une de mes préférées.

J’avoue avoir eu une larme à l’œil, comme si j’étais témoin d’une des plus belle scène qui m’est été donner de voir. Comme si j’avais saisi intérieurement toute l’importance du spectacle qui se déroulait devant moi. C’était là, toute la démonstration de l’amour inconditionnelle entre un parent et son enfant. Imaginez vous comment j’étais ému quand j’ai vu la petite fille terrorisée du début, courir vers son père qui allait déjà à sa rencontre, les bras grands ouverts, lui sauter au coup et là enfin, sourire de toutes ses dents, soulagée que l’épreuve soit terminée.

Ému, j’ai essayé de me rappeler si j’avais déjà vécu ce genre d’expérience. Au début, je ne me souvenais de rien, mon père n’a jamais pu venir me voir en spectacle, puis, tranquillement, je me suis rappelé… Ma mère était toujours là, chaque fois qu’on lui donnait le droit d’être là. À mon show de musique de première année, elle m’avait même aidé à fabriquer une espèce de batterie avec un vieux cendrier sur pieds, des casseroles et des assiettes en aluminium ; et à ma première pièce de théâtre en cinquième année où j’acceptais de recevoir le ballon en pleine face pour faire rire tout le monde… Et j’ai réalisé que c’est grâce à elle que j’ai aimé faire le clown, jouer la comédie, tenter de faire rire les gens… simplement parce qu’elle était là, au bon moment.

Les parents ignorent trop souvent à quel point ils ont une influence sur le développement de leur enfant. Leur simple présence, au bon moment…

Et je me suis rappeler pourquoi j’étais là, parmi les spectateurs. Parce que mon fils montait sur scène juste après la chorale. Et c’est moi qui avais, pendant toute sa prestation, un sourire béat d’admiration, les yeux brillants de fierté…

En constatant l’aisance qu’il avait sur scène, un simple reflet de celle qu’il a dans la vie, j’ai compris qu’on ne s’était jamais déplacé pour rien… toutes ces fois où nous avons été là, ont servis à faire de lui l’homme qu’il est devenu.

Il a beau être un adulte depuis peu, il demeurera toujours mon enfant, et j’espère bien être encore là au prochain bon moment de sa vie…