Mon petit garçon a 18 ans, demain.
C’est fou comment, tout à coup, je me sens bouleversé. J’ai l’impression que le temps s’est écoulé beaucoup trop vite, comme à chaque fois qu’on franchit une étape importante.
Il n’y a pas si longtemps encore : le bout de son cordon ombilical se détachait de son nombril, il balbutiait ses premiers « papa », faisait ses premiers pas au milieu de la cuisine devant nos yeux ébahis, découvrait le plaisir de la crème fouettée et du chocolat, escaladait ses premiers sofas, escaliers, monticules, châteaux ou autres constructions de plus en plus élevées dans des parcs ou des carrés de sable de plus en plus grands. Ah ! Vincent ! Je me rappelle tes premières chutes en vélo, tes premières semi-noyades contrôlées, nos joutes de « hockey » sur bois franc, au milieu du couloir, nos tiraillages de gars ou du « monstre des couvertures » au milieu du lit, les histoires que tu me racontais à l’aide de tes figurines médiévales et celles que je perturbais à l’aide de mes gigantesques marionnettes animales, tes rires, tes pleurs, tes réflexions philosophiques précoces, ta façon d’affirmer tes valeurs et tes croyances qui te donnait un peu l’air du « Schtroumpf à lunettes »… Et il y a tes premières présences sur scène, en chevalier qui chantait « Belle » à son Esméralda, et tes premières amours qui ont entraîné tes premières lettres poétiques signées « L’Aigle noir », tes premiers duels d’échecs avec tes rivaux pour déterminer qui allait gagner le cœur de la belle, suivis de la première fois ou tu as réalisé que les filles n’ont rien à voir avec un trophée et qu’elles décident bien toutes seules de ce qu’elles vont faire avec ton petit cœur…
C’est drôle comment, parfois, malgré le temps qui passe, les choses se répètent et se ressemblent. En cinquième année, tu jouais déjà « Pantalon » pour le Café-Théâtre de Chambly et nous étions déjà pâmés par ton talent qui émergeait doucement, émerveillés par l’aisance que tu avais déjà sur une scène, soulagés de constater que rapidement, cette aisance s’était généralisée dans toute ta sphère sociale. Ça ne date pas d’hier d’être la coqueluche de ses dames, d’improviser ta vie avec une simplicité déconcertante, de faire rire l’entourage par tes réparties cinglantes ou complètement absurdes, de créer et de mener à terme plusieurs projets en même temps… 100 Visages en est un des plus beaux exemples.
Quand je pense à toi, je ressens une admiration sans borne qui efface d’un coup, tous ces petits défauts dont je n’arrive plus à me souvenir.
Avoir 18 ans. Qu’est-ce que ça va changer dans ta vie ? « Pas grand chose » que tu nous réponds. Tu vas avoir le droit de gaspiller ton argent durement gagné en t’achetant des « gratteux » et décider de l’avenir du Québec en allant voter… Évidemment, tu pourras circuler dans les bars sans avoir peur de te faire carter, mais du même coup, tu devras apprendre à te défendre de toutes ses vieilles filles pré-trentaines qui se retenaient jusque- là, de peur d’être accusées de détournement de mineur. Vas-tu plus te sentir adulte ? Ça fait déjà longtemps que tu te comportes en adulte, ce n’est pas pour rien qu’on te traite souvent de « vieille âme ».
J’ai l’impression que c’est bien plus pour moi que tes 18 ans sont significatifs. C’est moi qui me sent un peu mal de ne pas avoir fait de ce passage un moment magique et historique. J’aurais voulu te louer une grande salle avec une grande scène, inviter tous tes amis et toute la famille à te faire un petit numéro d’humour, un match d’impro, un extrait de pièce, une toune à la guitare ou au piano, pendant qu’aurait été diffusé en continu sur un écran géant, un vidéo regroupant les meilleurs moments de ta vie saisis sur le vif. On aurait retracé tes vieux amis, tes premières flammes peut-être, fait descendre la famille et tes amis de Belgique… Wow ! Je me serais senti si fière de t’offrir tout ça.
Mais ç’aurait été exagéré et inutile en réalité. Tu sais déjà l’importance que tu as à mes yeux, et je pense que tu trouveras bien tout seul une façon de fêter cette arrivée officielle dans le monde des adultes. Je pense que de passer une petite soirée en compagnie de ta famille qui t’aime beaucoup te satisfera bien assez pour le moment.
Si je me sens un peu « cheap » de ne pas avoir préparé un super party c’est parce que d’un côté, tu le méritais amplement, de l’autre, c’est peut-être parce qu’en réalité je n’ai pas envie de te voir grandir si vite. De te voir devenir adulte, c’est réaliser que tu vas de plus en plus t’éloigner de moi. J’ai beau magouiller pour continuer à faire des choses avec toi (on est parti pour jouer deux autres pièces de théâtre ensemble), tu voles de tes propres ailes, de plus en plus…
Bientôt, tu vas vraiment libérer ta chambre pour emménager dans ton nouvel appartement ce qui va me faire vivre encore un peu plus le syndrome du nid vide. Ton premier départ m’avait fait réaliser que tu étais en train de franchir un pont pour mieux t’affranchir, là je réalise que c’est fait, que tu es en train de t’installer sur une autre rive que la mienne et j’ai tellement peur que ce pont, qui relie toujours nos deux rives, ne s’écroule un jour.
C’est toi qui as 18 ans, mais c’est moi que ça fait grandir. Il faut que je cesse d’avoir peur des distances physiques et avoir confiance aux rapprochements du cœur. Plus que la filiation familiale, ce sont les joies et les peines que l’on partage, l’admiration mutuelle qu’on se voue, les idées et intérêts en commun, qui maintiennent notre lien affectif. Peu importe où tu seras, peut importe où je serai à l’avenir, il y aura toujours une part de toi en moi.
Ne te surprends pas si encore une fois, je parle de toi comme de mon frère ; c’est un lapsus que je trouve révélateur. Ça signifie que je te vois davantage comme mon égal, comme le genre de frère que j’aurais voulu avoir, comme un ami. Désolé si parfois j’ai des relents de paternalisme aigu, je reste ton père, celui qui te fait encore dire parfois, j’espère : « Ah ! Mon père, ce héros ! »
Te voilà donc en train de faire tes premiers pas dans le monde des adultes, mais j’ai la nette impression que tu y cours déjà. Chaque jour, j’ai hâte de voir où te mèneront tes nouvelles aventures. Même si parfois, j’ai l’air de n’y rien comprendre, je continue de suivre chacun des épisodes quotidiens, en espérant que la série ne sera jamais retirée de l’horaire. Et heureusement, quand j’ai l’air d’avoir raté un épisode, je finis par l’écouter en différé.
J’ai l’impression que tu as accompli tellement de choses en 18 ans que j’ai un peu le vertige en pensant à tout ce que tu pourras accomplir dans l’avenir. J’espère juste être assez en forme pour t’accompagner quand tu le désireras ou te suivre de loin quand tu auras moins besoin de moi.
Je réalise finalement que de te voir grandir, de te voir évoluer comme tu le fais, est le plus beau cadeau qu’un fils peut faire à son père. J’imagine, un peu naïvement peut-être, qu’un témoignage d’affection et d’admiration tel que je suis en train de faire, est le plus beau cadeau qu’un père puisse faire à son fils.
Bonne fête mon Grand !
C’est fou comment, tout à coup, je me sens bouleversé. J’ai l’impression que le temps s’est écoulé beaucoup trop vite, comme à chaque fois qu’on franchit une étape importante.
Il n’y a pas si longtemps encore : le bout de son cordon ombilical se détachait de son nombril, il balbutiait ses premiers « papa », faisait ses premiers pas au milieu de la cuisine devant nos yeux ébahis, découvrait le plaisir de la crème fouettée et du chocolat, escaladait ses premiers sofas, escaliers, monticules, châteaux ou autres constructions de plus en plus élevées dans des parcs ou des carrés de sable de plus en plus grands. Ah ! Vincent ! Je me rappelle tes premières chutes en vélo, tes premières semi-noyades contrôlées, nos joutes de « hockey » sur bois franc, au milieu du couloir, nos tiraillages de gars ou du « monstre des couvertures » au milieu du lit, les histoires que tu me racontais à l’aide de tes figurines médiévales et celles que je perturbais à l’aide de mes gigantesques marionnettes animales, tes rires, tes pleurs, tes réflexions philosophiques précoces, ta façon d’affirmer tes valeurs et tes croyances qui te donnait un peu l’air du « Schtroumpf à lunettes »… Et il y a tes premières présences sur scène, en chevalier qui chantait « Belle » à son Esméralda, et tes premières amours qui ont entraîné tes premières lettres poétiques signées « L’Aigle noir », tes premiers duels d’échecs avec tes rivaux pour déterminer qui allait gagner le cœur de la belle, suivis de la première fois ou tu as réalisé que les filles n’ont rien à voir avec un trophée et qu’elles décident bien toutes seules de ce qu’elles vont faire avec ton petit cœur…
C’est drôle comment, parfois, malgré le temps qui passe, les choses se répètent et se ressemblent. En cinquième année, tu jouais déjà « Pantalon » pour le Café-Théâtre de Chambly et nous étions déjà pâmés par ton talent qui émergeait doucement, émerveillés par l’aisance que tu avais déjà sur une scène, soulagés de constater que rapidement, cette aisance s’était généralisée dans toute ta sphère sociale. Ça ne date pas d’hier d’être la coqueluche de ses dames, d’improviser ta vie avec une simplicité déconcertante, de faire rire l’entourage par tes réparties cinglantes ou complètement absurdes, de créer et de mener à terme plusieurs projets en même temps… 100 Visages en est un des plus beaux exemples.
Quand je pense à toi, je ressens une admiration sans borne qui efface d’un coup, tous ces petits défauts dont je n’arrive plus à me souvenir.
Avoir 18 ans. Qu’est-ce que ça va changer dans ta vie ? « Pas grand chose » que tu nous réponds. Tu vas avoir le droit de gaspiller ton argent durement gagné en t’achetant des « gratteux » et décider de l’avenir du Québec en allant voter… Évidemment, tu pourras circuler dans les bars sans avoir peur de te faire carter, mais du même coup, tu devras apprendre à te défendre de toutes ses vieilles filles pré-trentaines qui se retenaient jusque- là, de peur d’être accusées de détournement de mineur. Vas-tu plus te sentir adulte ? Ça fait déjà longtemps que tu te comportes en adulte, ce n’est pas pour rien qu’on te traite souvent de « vieille âme ».
J’ai l’impression que c’est bien plus pour moi que tes 18 ans sont significatifs. C’est moi qui me sent un peu mal de ne pas avoir fait de ce passage un moment magique et historique. J’aurais voulu te louer une grande salle avec une grande scène, inviter tous tes amis et toute la famille à te faire un petit numéro d’humour, un match d’impro, un extrait de pièce, une toune à la guitare ou au piano, pendant qu’aurait été diffusé en continu sur un écran géant, un vidéo regroupant les meilleurs moments de ta vie saisis sur le vif. On aurait retracé tes vieux amis, tes premières flammes peut-être, fait descendre la famille et tes amis de Belgique… Wow ! Je me serais senti si fière de t’offrir tout ça.
Mais ç’aurait été exagéré et inutile en réalité. Tu sais déjà l’importance que tu as à mes yeux, et je pense que tu trouveras bien tout seul une façon de fêter cette arrivée officielle dans le monde des adultes. Je pense que de passer une petite soirée en compagnie de ta famille qui t’aime beaucoup te satisfera bien assez pour le moment.
Si je me sens un peu « cheap » de ne pas avoir préparé un super party c’est parce que d’un côté, tu le méritais amplement, de l’autre, c’est peut-être parce qu’en réalité je n’ai pas envie de te voir grandir si vite. De te voir devenir adulte, c’est réaliser que tu vas de plus en plus t’éloigner de moi. J’ai beau magouiller pour continuer à faire des choses avec toi (on est parti pour jouer deux autres pièces de théâtre ensemble), tu voles de tes propres ailes, de plus en plus…
Bientôt, tu vas vraiment libérer ta chambre pour emménager dans ton nouvel appartement ce qui va me faire vivre encore un peu plus le syndrome du nid vide. Ton premier départ m’avait fait réaliser que tu étais en train de franchir un pont pour mieux t’affranchir, là je réalise que c’est fait, que tu es en train de t’installer sur une autre rive que la mienne et j’ai tellement peur que ce pont, qui relie toujours nos deux rives, ne s’écroule un jour.
C’est toi qui as 18 ans, mais c’est moi que ça fait grandir. Il faut que je cesse d’avoir peur des distances physiques et avoir confiance aux rapprochements du cœur. Plus que la filiation familiale, ce sont les joies et les peines que l’on partage, l’admiration mutuelle qu’on se voue, les idées et intérêts en commun, qui maintiennent notre lien affectif. Peu importe où tu seras, peut importe où je serai à l’avenir, il y aura toujours une part de toi en moi.
Ne te surprends pas si encore une fois, je parle de toi comme de mon frère ; c’est un lapsus que je trouve révélateur. Ça signifie que je te vois davantage comme mon égal, comme le genre de frère que j’aurais voulu avoir, comme un ami. Désolé si parfois j’ai des relents de paternalisme aigu, je reste ton père, celui qui te fait encore dire parfois, j’espère : « Ah ! Mon père, ce héros ! »
Te voilà donc en train de faire tes premiers pas dans le monde des adultes, mais j’ai la nette impression que tu y cours déjà. Chaque jour, j’ai hâte de voir où te mèneront tes nouvelles aventures. Même si parfois, j’ai l’air de n’y rien comprendre, je continue de suivre chacun des épisodes quotidiens, en espérant que la série ne sera jamais retirée de l’horaire. Et heureusement, quand j’ai l’air d’avoir raté un épisode, je finis par l’écouter en différé.
J’ai l’impression que tu as accompli tellement de choses en 18 ans que j’ai un peu le vertige en pensant à tout ce que tu pourras accomplir dans l’avenir. J’espère juste être assez en forme pour t’accompagner quand tu le désireras ou te suivre de loin quand tu auras moins besoin de moi.
Je réalise finalement que de te voir grandir, de te voir évoluer comme tu le fais, est le plus beau cadeau qu’un fils peut faire à son père. J’imagine, un peu naïvement peut-être, qu’un témoignage d’affection et d’admiration tel que je suis en train de faire, est le plus beau cadeau qu’un père puisse faire à son fils.
Bonne fête mon Grand !