samedi 7 juin 2008

Jouer (acte 3: premières impressions en temps réel)

Je voudrais ici partager avec mes lecteurs, mes premières impressions concernant ma première expérience en tant que comédien, dans une pièce de théâtre ouvert au grand public. Ça ne se veut pas une dissertation au sujet du théâtre comme outil thérapeutique, ça se veut plutôt une sorte de témoignage personnel sur une expérience de la vie qui peut effectivement provoquer de l'anxiété et sur une façon de la traiter, par la méthode d'auto-exposition.


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Lundi, 2 juin le matin, 8Hr00. Je me suis couché tard hier, 2hr00 du matin, car je suis sortie prendre un café avec mon gars après notre première générale. Nous avons échangé et partagé nos premières impressions. On sait parlé comme de vieux chums qui vivent une expérience extraordinaire.

Notre première générale (celle qu'on appelle la générale technique) a eut ses hauts et ses bas, disons que les bas étaient plus bas que les hauts n'étaient hauts.

Pour plusieurs, comme moi, c'étaient leur première fois, et nous l'avons vécu avec nos tripes. En fait, la fébrilité était telle que nous avons faillit laisser nos tripes dans les coulisses. C'était beau de nous voir, le coeur serré, la respiration difficile, faisant les cents pas derrière le décor.

La panique dans nos yeux parce qu'il nous manque un accessoire essentiel. La déception devant un morceau de costume qui ne marche pas ou avec lequel on se sent ridicule. Le cafouillage et l'oublie d'une réplique primordiale à la compréhension de la pièce. Les décrochages de Cyrano parce que la foule ne réagit pas assez, le manque de timing de la réaction de foule, parce que Cyrano décroche. La perte du rythme, de l'énergie de groupe, parce que chacun est trop stressé ou trop conscient des erreurs commises, des leurs ou de celles des autres. La déception sur les visages de plusieurs. L'agressivité surprenante d'un départ précipité provoqué par de la colère et de la frustration incontrôlable. Les pleurs touchantes provoquées par l'impact d'un tel départ sur une sensibilité à fleur de peau. On a décidément vu le pire de ce qui pouvait arrivé, ce qui me fait croire que le vieux dicton sera fidèle à lui-même: "Pire est la générale, meilleur sera le spectacle !"


Mais j'y ai vu aussi de belles choses. Les bras ouverts pour des calins rassurants, le partage de collations "sucrulantes", les blagues bien-à-propos qui détendent l'atmosphère, les filles en petites tenues qui changent l'excitation de place, les robes sexy ou élégantes, un gros poussin qui nous a fait craquer, des partenaires de scènes fiers de leur performance mutuelle, de la complicité dans les regards et les sourires, du tac dans les commentaires, des encouragements, de la générosité, de la solidarité, de l'amitié, de l'amour... tout ce qui vaut la peine d'être vécu.

Et ça donne de belles photos de Michel (voir aussi l'album de photos sur le site du Café théâtre).

Donc, il ne faut pas trop s'en faire, "ce n'est qu'un début"...

Merci à tous !


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Mercredi matin, 3hr30. Je n'arrive pas à dormir. Trop émotif et fatigué en même temps. Je pense à notre deuxième générale et à la grande première qui s'en vient. Je ne pensais pas que de jouer pouvait mobiliser autant d'énergie et nous faire vivre autant d'émotions. J'ai vraiment l'impression d'être plus vivant que jamais, ce qui rend la perspective d'avoir terminé tout ça dans un mois, encore plus déchirante. Je voudrais arrêter le temps. Non, je voudrais contrôler le temps à ma guise...

Je pourrais revenir en arrière, le mettre sur pause, et faire avancer image par image, la grosse boule d'amour que nous avons partagé. J'utiliserais la touche répétition pour répéter notre bataille d'arrosoir jusqu'à ce que tout le monde y participe, en gardant sa bonne humeur. Je ferais des zoom sur les sourires complices pour les conserver en mémoire. Je ferais pause, le temps de recharger une certaine pile pour continuer à prendre des photos. Je pourrais faire la marche rapide, pour enfin arriver à jouer, pour le meilleur et pour le pire, devant un vrai public.

Je vous admire beaucoup, ceux et celles qui, parmi vous, réussissez à travailler entre chaque représentation. J'arrive difficilement à penser à autre chose qu'au théâtre, aux textes, à vous et j'anticipe que la désintoxe va être douloureuse.

Mais pour revenir à cette générale, je dirais qu'elle a eut, comme la première, ses hauts et ses bas, à la différence que cette fois-ci, les hauts étaient plus hauts que les bas n'étaient bas.


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Jeudi, 5 juin, 5hr00 (j'écris un courriel)

Bon matin à tous et à toutes.

Moi, j'ai finis par m'endormir assez tôt hier soir. À 23hr00, je roupillais à point fermé... enfin!

Mais vers 3hr00 du matin, je m'éveillai, incapable de refermer les yeux. J'étais d'un calme olympien. Toutes mes tensions s'étaient évanouis. Plus de fébrilité, plus de coeur serré, juste une sorte de sérénité. Et évidemment, je me suis mis à penser à Cyrano.

Dans cet état d'extase ensommeillé, mon imaginaire se retourna du côté des belles créatures avec qui je partage ma scène: la bouquetière, la distributrice, Roxanne, la duègne (non pas la duègne !) et je rêvassai un peu...

Puis, j'imaginai ma belle Roxanne, les cheveux au vent dans sa longue robe endimanchée. Et soudain, l'énorme Montfleury s'imposa à moi en posant son regard sur elle...

Et là, calmement, en chuchotant pour ne réveiller personne, je me suis mis à jouer mon texte et toutes vos répliques à partir de "Coquin..." Je les savais toutes et les ressentais toutes... et j'avais le débit et le ton qu'il fallait pour chacune d'elles...

Et tout le monde savait son texte... Et même si on se trompait (ah ! la magie de la visualisation), il y avait toujours quelqu'un pour reprendre le flambeau et relancer le texte dans la bonne direction. Surtout, nous étions tous détendus, attentifs aux autres et nous nous amusions...

Et là, au petit matin, à la porte de Nesle, les oiseaux de mon jardin entamèrent une douce mélodie, comme si la nature elle-même venait nous applaudire. La magie était là. Nous étions tous sur scène à faire notre salut, entrelacés les uns avec les autres devant une foule en délire.

Quand j'ai ouvert à nouveau les yeux, j'étais envahis par une joie profonde et l'ultime conviction que nous allions vivre, ce soir, un des plus beau moment de notre vie.


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Jeudi 4 juin 11hr30

Je suis au désespoir, ma connexion internet ne marche plus depuis 9hr30. Ce matin, vers 7hr00 j’ai juste eu le temps de lire le courriel d’Emily et celui de Marie-Christine qui répondait à celui envoyé un peu plus tôt. Je prend le temps de leur répondre avant de me recoucher pour compléter ma nuit et à mon réveil, vlan… plus rien. Plus aucun moyen de partager avec vous mon stress ou ma confiance par rapport à ce soir. Pas moyen de me délecter de vos petits mots chaleureux. Et je me sens immensément triste de ne pas pouvoir lire avant ce soir les courriels plus personnels envoyer à certaines d’entre vous. Certains étaient attendu depuis un jour déjà. Pas moyen de savoir si ils sont là à m’attendre.

Je me sens vraiment comme un toxicomane qui n’a pas eu sa dose de…

J’ai dû me rabattre sur mon gazon, c’est Benoît qui va être fier de moi. Entre chaque étape, je venais vérifier internet. J’ai même eut le temps de passer le taille bordure partout… Pas d’internet ! J’ai fais une lessive… pas d’internet. Le lave-vaisselle… pas d’internet. Désespéré, je vous dis.

Me rabattre sur le téléphonne, c’est pas mon truc ! Et mes numéros sont quelques part dans mes courriels qui sont quelque part chez Yahoo, quelque part sur internet qui n’existe plus pour moi !

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Vendredi, 4hr00, encore le matin. Je pense à nos premières fois.

C’était la première fois que je me sentais si nerveux en entrant au théâtre. Je me sentais si sensible, avec une atroce envie de pleurer, incompréhensible. Comme si je me sentais coupable, coupable de tout ce que j’allais faire de travers dans les prochaines heures… Cette émotion a atteint son maximum quand j’ai sentis que j’avais créé un vent de panique chez une amie qui ne méritait pas ça, en parlant de nos problèmes de casting pour une prochaine représentation.

C’était la première fois que j’avais autant envie de serrer dans mes bras autant de personne en même temps. Et paradoxalement, de me laisser bercer dans une ou deux paires de bras seulement, plus rassurantes que les autres. Comme pour me faire pardonner d’avance et me faire rassuré que, quoiqu’il advienne, nous resterons amis.

Première fois que j’éprouvais une telle envie de m’isoler des autres, de me rouler en petite boule dans un coin du théâtre, en espérant qu’on m’oublie.

Première fois où, coucher sur le sol, les bras en croix, au milieu de la scène, j’essayais de prendre contact avec les fantômes du théâtre. Première fois donc où mes angoisses furent absorbées par des planches légendaires (vingt ans d’expérience, ce n’est pas rien…).

Première fois aussi où, seul sur la scène, je récitais mon texte sur de vieilles chansons de cabaret qui passaient à la radio. Première fois où je chantais avec un ami, The rising sun sur un air de chanson française qui nous étaient complètement inconnu.

C’était la première fois qu’on entendait rire de nos blagues, et que ça ne venait pas de nous. Première fois que je suais devant autant de personnes en même temps. Première fois que j’étais transporter par la foule. Première fois qu’un certain Ramon se sentait aussi hystérique. Première fois où je me retrouvais nez-à-nez avec un public attentif à tout ce que je faisais ou je disais. Première fois où je voyais une perruque se détacher d’une tête aussi facilement et une bourse se détacher d’une ceinture aussi difficilement. Premiers cafouillages, premières hésitations, premiers oublis devant autant de yeux et d’oreilles.

Première fois aussi que pendant de brefs instants répétitifs, j’ai sentis un réel bonheur, un plaisir fou de jouer tous ensemble pour de vrai, live, devant notre premier vrai public. C’était jouissif !

C’était aussi nos premières félicitations, nos premiers remerciements…

Puis après tout cela, mon premier sentiment de vide, d’être vider complètement de tout ce qui bouillonnait en dedans. Avoir de la difficulté à rester cohérent, sentir la fatigue me gagner comme pour la première fois. Jamais une poutine n’aura été aussi nécessaire pour combler un vide.

Première fois où je dormais immédiatement en touchant mon matelas après un soir de théâtre. Première fois où je dors aussi bien depuis deux semaines.

Vous avez devinez, c’était notre première hier soir…
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Vendredi, 6 juin 8hr00 (j'écris un courriel).
Salut groupe !

J'avais envie de partager avec vous les commentaires que ma femme m'a dit ce matin à propos de notre première. Elle n'est pas une experte, mais je pense qu'elle a un bon jugement et fait des commentaires très lucides (après tout, elle m'a marié !).

Évidemment, elle a été absolument conquise par le jeu époustouflant d'un certain Vincent et d'un certain José (lucide que je vous disais!). Nous étions beaux à voir nous donner la réplique dans Cyrano. Très touchant parait-il.

Elle a sentie que nous avions beaucoup de plaisir à jouer ensemble. Elle a particulièrement remarqué le jeu très à l'aise de Benoît, dans tous ces rôles, et elle a bien hâte de le revoir plus tard dans son rôle de Robert, car elle pense qu'il peut aller encore plus loin avec ce personnage truculent (il ne devrait pas se gêner de se laisser aller...). Elle était bien heureuse de mettre enfin des visages à tous ces noms dont je lui parle régulièrement. Et comme moi, elle partage mon opinion (très lucide) que Cindy est terriblement... sexy ! Et excellante dans son jeu, autant en fausse maîtresse, qu'en bouquetière aux petits airs naïfs, qu'en serveuses un peu niaiseuse (elle a remarqué le ton de voix et l'aspect plus niaiseux du personnage, pas de Cindy!). Elle a trouver qu'Hélène était très crédible en vielle grébiche, qu'Annie avait assez bien réagit à la perte de sa péruque (plusieurs portait des perruques à l'époque, ça devait bien leur arriver quelques fois, non... ), que Yvon jouait bien son rôle d'auteur en mal d'inspiration, mais qu'il devrait peut-être regarder plus souvent ce qu'on fait sur scène comme si il visualisait tout ça (c,est drôle, j'ai déjà dit ça il me semble, que de lucidité je disais...). Elle pense que nous avons mal évalué l'effet Dildo sur les spectateurs et elle m'a donné une idée de comment réagir en tant que Ramon (en me faisant comprendre, à demi-mot, que ça ne sert à rien que j'essaie de rivaliser avec des Dildos de cet ampleur... finalement, elle n'est peut-être pas si lucide que ça!). Dernière observation, elle était surprise que l'on soit, à peu près tous (exception faites du début du spectacle, dans les premières paroles de Danielle), bien audible du fond de la salle; ce qui est plutôt rare dans les spectacles amateurs (et dieu sait qu'elle en a vue des spectacles amateurs en partageant sa vie avec un certain Vincent).

Comme vous voyez, il y a beaucoup de bon à dire en tant que spectateur. Les gens qui l'accompagnaient, ou qui étaient proche d'elle, semblent avoir beaucoup apprécié le spectacle. Ça promet pour les prochains ! Elle va revenir plusieurs fois encore avec, elle le pense, un plaisir renouvelé. Elle ne manquera pas la dernière qui devrait être fantastiques !
Que de lucidité !

À ce soir les amis.

José (qui s'est levé encore tôt, ce matin, 3hr00, et qui ne pourra pas se recoucher avant une bonne heure encore).

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Vendredi, 6 juin, 15hr00 (j'écris un autre courriel).
Nerveux, moi, non! Mon anxiété d'avant la première s'est transformé. Maintenant je... Maintenant... mais je vais être frénétique et fulminant. Il me faut une foule entière à séduire et à faire rire. J'ai dix coeur, j'ai vingt bras. Il ne peut me suffire de conquérir Chambly... Donnez-moi l'Olympia de Paris !
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Samedi, 7 juin, 12hr30 (je reçois un courriel).
Bonjour groupe. En cette journée de canicule, (faut dire que j'haïs la chaleur au plus haut point), et comme les soirs de représentations je n'ai pas nécessairement le temps dire ce que je voudrais dire, bousculé par le tourbillon d'une représentation au café-théâtre, je me permets de vous dire à quel point vous pouvez tous et toutes être plus que fiers du travail accompli. C'est simplement GRANDIOSE.
Le défi était de taille, imposant, impressionnant. Vous le relevez de façon incroyable. Et, en deux représentations, j'ai acquis cette certitude que vous ne pourrez que vous améliorer encore plus au fil des représentations. Les détails, aussi insignifiants soient-ils, genre une mimique, un geste, une réaction, une attitude, une nuance sur un mot, une expression, font que ce show-là est de plus en plus exceptionnel. Et pourtant, je me connais, je ne suis pas du genre à lancer les qualificatifs à coups de grands mots comme incroyable ou exceptionnel. Vous commencez à vous dépasser, à vous surpasser, à me dépasser. Il ne faut juste pas s'asseoir sur ce que l'on fait de bon. Il faut juste penser à faire plus encore, mieux encore. Enfin bref, vous êtes partis pour "dépasser l'impossible".
Et on continue. J'ai hâte à ce soir.
Michel.

1 commentaire:

Anonyme a dit...

C'est peut-être égoïste mon amour mais j'adore tes insomnies qui me permettent ce regard privilégié dans les coulisses de votre expérience. Je me sens très proche de toi, des gens qui t'entourent et, bien que je les envie, je ne leur en veux pas de partager ces émotions pourtant si intenses que tu vis présentement. Je suis certaine que les amitiés qui se forment dans ces moments-là sont super-intenses et crois qu'il n'en tient qu'à vous de les entretenir. C'est un peu comme l'amour, vous vivez présentement la passion intense et enivrante qui fera place à une relation plus sereine et plus "long terme", comme le feu de paille devient la braise qui couve sous les cendres longtemps après l'incendie. Je suis terriblement fière de toi tout particulièrement pour avoir affronter tes démons intérieurs; de Vincent aussi bien sûr, de qui je serai toujours la plus grande et inconditionnelle admiratrice; et, bien que je ne connaisse pas vraiment vos complices, je partage l'avis de Michel, et j'adore vous voir évoluer au fil des représentations, à mesure que le stress disparaît et laisse la place au plaisir de jouer ensemble.

Tout mon amour,

Ta femme, ta blonde, ta maîtresse, et peut-être aussi, l'une de tes muses...

MPM