mercredi 25 juin 2008

Jouer (acte 5: Évolution)

15 juin 2008. J’écris un courriel.

Dimanche 4hr30 du matin...

Je suis seul, la larme à l'oeil...

J'ai dormis une petite heure seulement...

mais, je ne suis pas capable de le faire en cet instant...

Je suis trop bouleversé par les émotions.

Un peu plus, puis je pleure vraiment...

J'aurais envie que vous soyez à mes côtés là, pour vous faire une étreinte tellurique d’intensité apocalyptique.

En pensant à vous tous, je me sens gonflé (comme si j’avais besoin de ça) de joie et envahit par une admiration sans borne à votre égard, je suis rempli d’extase, de fierté, d’envol, de lyrisme, de pittoresque, de somptuosité, d’étincelle… J’ai jamais été aussi fier de faire partie de notre joyeuse bande de malade…
Je crois sincèrement que nous avons donné ce soir une prestation ou plutôt la prestation la plus MAGISTRALE de toutes, et que notre première ovation de la fin était totalement mérité. En fait, je crois qu’elle comptait pour les trois représentations que nous venions de vivre dans des conditions à décourager n’importe quel optimiste ou motivateur de psychologie savon dans le monde.

Nous avons sues, cette semaine, ensemble, braver tous les obstacles à cet apothéose : public restreint à sa plus simple expression (et je ne parle pas du Q.I. de notre seul vrai spectateur), public amorphe, endormit ou trop introvertie, l’absence de climatisation, une panne d’électricité, la peur de ne pas avoir nos masques… Et nous avons réussis.

Je voulais vous en remercier.

Sur ce, je retourne au lit, avec ma femme, plus heureux que jamais…

Dimanche 5 hr 00, si je pleure, c’est de joie…

* * * * *
Salut José et les autres,

Moi j'ai très bien dormi cette nuit. Ce matin, je me suis levé avec une parole de chanson dans la tête. Et quand j'y pense, je crois qu'elle résume ce qui s'est passé sur scène hier et qui a fait en sorte que le spectacle a pris la tournure qu'il a pris. C'est au-delà de la performance et ça se situe dans l'intangible. Mais c'est aussi dans l'intangible que tout le monde a puisé le plaisir que nous avons eu a jouer hier. Et je crois sincèrement, pour reprendre les consignes de Michel, que nous avons eu du plaisir à la jouer tous ensemble malgré tout les petits pépins qui ont pu se produire. C'est, à mon humble avis, ce qui a fait que nous avons obtenu le résultat que nous avons eu.

Et tu vois, la parole de la chanson que j'ai en tête en ce moment, elle rejoint en quelque sorte le sentiment qui t'anime ce matin. Je vous laisse le soin de trouver d'où elle est tirée! Les plus vieux comme moi devrait la reconnaître:

« Le ciel bleu, sur nous peut s'effondrer...»

Et pour ceux qui l'on reconnu, vous savez qu'elle se termine sur ces autres paroles : «Dieu réunit ceux qui s'aiment ». Voilà, moi je crois que c'est là que notre pièce se joue !

Bonne semaine tout le monde !

Yvon

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Bonjour à tous et à toutes.
Je prends mes courriels une dernière fois avant de quitter pour 3 jours, hsitoire de récupérer (surtout) et d'écrire les 3 dernières Fêtes de Quartier que doivent attendre Émily et Vincent.
Et, dans ces courriels, celui de José, puis Yvon. Et j'ai compris que j'avais manqué quelque chose de magique hier soir. Il y a une dicton au café-théâtre, et au théâtre en général, que je m'amuse à répéter souvent: "C'est dans les difficultés, les malheurs et les misères qu'on reconnaît les grandes équipes." Et j'ajouterais que "c'est dans les difficultés, les malheurs et les misères qu'on forme et qu'on crée les grandes équipes et les grandes prestations."
J'ose simplement espérer que j'aurai droit, à mon retour avec vous, samedi prochain, à un tel déploiement d'énergies, de folie et d'intensité. Vous n'avez pas atteint la perfection hier soir (elle n'existe pas au théâtre). Mais vous vous en êtes juste rapprochés un peu plus. Et la semaine prochaine sera encore mieux. C'est Ginette Reno, dans une de ses chansons qui dit "Un peu plus haut, un peu plus loin." C'est ça le théâtre. Et le théâtre, c'est aussi ça la vie.
Bonne semaine à tous. Je suis tellement fier de vous. Je suis tellement fier pour vous. Vous avez tellement travaillé pour en arriver là.
Michel.
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Bon matin chère troupe!

Je bois mon premier café de la journée et c'est à votre santé que je le savoure pleinement, après notre si formidable prestation.

En effet, je me suis réveillée en pensant fièrement à cet épisode là que nous avons vécu tous ensemble hier soir.

Moi, ce qui m'a fait réfléchir le plus, c'est que chacun a apporté avec lui le mot CROIRE... soit dans ses poches, soit dans sa tête, peu importe, mais j'ai senti une détermination à ne pas se laisser abattre pour un troisième soir par quelques soucis ou perturbations qui puissent exister. Bravo à chacun d'entre vous !

Les événements de la vie m'ont souvent sensibilisé sur le fait que nous avons deux choix dans la vie: soit nous sommes malheureux, soit nous sommes heureux. Dans notre situation au théâtre, soit nous échouons et sommes malheureux ou soit nous réussissons et sommes heureux. Moi, j'ai fais mon choix. Mais des efforts il faut en faire pour aspirer la réussite, car c'est pas mal le point de mire que l'être humain normal et sain d'esprit choisit dans sa vie.

J'ai senti l'esprit d'équipe régné à travers l'entraide, j'ai perçu des étincelles dans les yeux, car tous voulaient en faire voire encore et encore plus à nos spectateurs, j'ai senti l'égalité, car chacun prend la place qui lui revient, j'ai senti la rigueur, car malgré la fatigue physique qui se fait sentir et la chaleur accablante, le goût de se dépasser était présent...

Hier soir, notre paye a été notre première ovation. Quelle fierté ! Ce geste de la foule veut tout dire. C'est incroyable la sensation que j'en retire dans mon cœur !

Hier, nous avons reçu cette paye là de notre public. Savourons-la ! La semaine prochaine, notre public sera différent et il ne faut rien prendre pour acquis. Il nous faudra reconquérir à nouveau nos spectateurs. C'est le travail qui nous revient en tant que comédiens. Je crois fortement que tout ce que nous avons vécu au fil de nos trois derniers soirs de représentations nous servira à mieux gérer et canaliser certaines émotions et énergies qui se cachent à l'intérieur de nous tous. Maintenant, il faut juste s'en servir à bon escient !

Je vous souhaite une belle journée...de repos bien mérité !

Sylvie, dit Sonia, Brisaille et la dame de Benoit !

*Je vous apprécie énormément et merci d'être là dans cette expérience que je vis pleinement dans le bonheur !

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Que de beaux courriels qui viennent tellement rejoindre l'état d'esprit dans lequel je suis. Comme j'en parlais à certains d'entre vous, c'est pour des soirées comme çà qu'on fait du théâtre. Je suis exactement sur le même "high" que j'étais il y a une semaine. Décidément, j'adore les représentations du samedi !!!

On l'a pas eu facile cette semaine, mais quel feeling extraordinaire de voir qu'on s'est tous retroussé les manches pour en arriver au résultat que nous avons eu hier. Je suis tout à fait d'accord pour dire que ce "standing ovation", on ne l'a pas volé.

En vous lisant, j'ai bien aimé les allusions aux chansons (L'hymne à l'amour d'Yvon et Un peu plus loin, un peu plus haut de Michel) et là-dessus, il faut que je vous fasse une confidence.

Chaque jour où nous avons une représentation, je prends ma guitare et je me chante, je vous chante (rituel ou superstition ?) une chanson qui, à mon avis, est la plus belle du répertoire de Jean-Pierre Ferland et sûrement une des plus belle du répertoire québécois. Je vous en cite quelques passages qui viennent particulièrement me chercher par rapport à ce que nous vivons.

« Une chance que j't'ai, je t'ai tu m'as, une chance qu'on s'a...

...que personne vienne te faire d'la peine, sans d'abord me passer sur le corps...

...le paradis c'est ici y a pas d'autres vies... »

Çà fait quelques années que je chante cette chanson mais depuis quelques semaines, elle a pris une signification particulière pour moi à un point tel que même en la chantant tout seul dans mon salon, quand j'arrive à ces passages, j'ai des trémolos dans le gorge en pensant à vous.

Et pour rejoindre Yvon, vous connaissez tous le finale de cette chanson "une chance qu'on s'a... une chance qu'on s'aime..."

Je m'ennuie de vous et j'ai hâte de vous revoir jeudi

Ben
XXX

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Café-théâtre de Chambly.
Bonne première sortie pour la promotion 2007-2008.
Par André Corbeij (dans le Journal de Chambly).

Le mois de juin est synonyme d’un florilège des premières au théâtre. Le café-théâtre de Chambly a parti le bal le 5 juin avec une pièce entièrement jouée par les élèves adultes des cours de théâtre. Le pari a été remporté haut la main par la vingtaine de comédiens et comédiennes en herbe qui goûtent pour la première fois à la fébrilité des planches.La pièce en vedette, La même chose s’il vous plait, de l’auteur français Pascal Martin, est livrée dans une facture québécisée et propose, en plusieurs tableaux, la naissance de l’amour dans des rencontres fortuites entre couples complètement différents.
Cette trame centrale donne lieu à des rencontres plutôt inusitées, parfois très drôles et émouvantes, desquelles découleront des unions.
Parmi les scènes qui retiennent l’attention, on note celle du déploiement du plateau de tournage d’un film porno où «l’acteur» principal, qui rêve d’une vie de famille en banlieue, se lie d’amour avec la serveuse du bar. Le tout est livré avec bon goût et esprit (kitsch) dans le costume savamment étudié.
Le tableau sur les touristes est également fort réussi alors que deux personnes se trouvent des atomes crochus et fondent une agence de «non voyage», garantissant au client photographies et anecdotes sans avoir à se déplacer. Une idée géniale pour faire étalage de souvenirs de voyages fictifs.
Mais le clou de la pièce demeure sans conteste la reprise de l’acte 1de Cyrano de Bergerac, qui a été ajoutée par l’équipe qui jugeait la pièce trop courte.
«La thématique de Cyrano collait bien au thème de la pièce de Martin. L’idée de la jouer en comedia dell’arte a séduit l’équipe qui s’est donnée à fond. Les comédiens en ont travaillé une «shot» en répétition. On a ri comme vous ne pouvez l’imaginer», lance le metteur en scène Michel Paquin.
C’est à José St-Louis qu’incombe le rôle du poète au long nez. Il excelle dans sa mission de libérer le théâtre de cette «fluxion» de Montfleury, ce manieur de vers sans envergure.
St-Louis livre une très bonne performance, fort bien appuyée par toute l’équipe des 18 autres comédiens qui se retrouvent à ses côtés, donnant à ce tableau tout le faste et l’effet recherchés.
Cette pièce de théâtre tient l’affiche du jeudi au samedi jusqu’au 28 juin à 20 h. Renseignements : www.cafe-theatredechambly.com.
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Mercredi, 18 juin, 9hr34 (extrait d’un courriel à Cindy).

(…) Merci de me féliciter pour mon rôle de Cyrano, j'avoue qu'avec la critique dans le journal, ma tête passe plus dans porte... sans blague, ça me fait tout bizarre. Je ne suis pas habitué de prendre les compliments. Mais comme je cherche à regarder la réalité en face, je commence à croire que je suis vraiment bon. Ça me rend hyper heureux, mais hyper stressé (j'ai eu de la misère à dormir).
Maintenant, la barre est haute, et je ne veux pas décevoir personne. Je trouve qu'on a tous tellement travaillé sur ce show là, qu'on mérite tous notre heure de gloire.
Ils ont parlé de moi dans l'article, mais j'aurais aimé qu'il te nomme aussi, car sans toi pour m'inspirer et pour tenir le fort, ce ne serait pas aussi réussi. Et sans l'expérience de Vincent ou la présence de Benoît, ça ne marcherait pas autant. Et sans le dépassement et l'évolution évidente de chacun, nous aurions l'air véritablement de débutant dans un théâtre amateur... ;)
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Vendredi, 20 juin, 8hr30. (extrait de courriel, après la septième représentation)
Je me suis levé ce matin, fatigué mais plein de fierté !
Quelle soirée ! De l'avis de tous ceux qui m'ont fait des commentaires, c'était vraiment notre plus grande performance. Marie-Pascale qui a vu le show pour la quatrième fois je pense, est plein d'éloge à notre égard. Elle constate avec plaisir que nous habitons totalement nos personnages, que nous sommes tellement à l'aise avec chacun d'eux, que nous les amenons effectivement, un peu plus haut, un peu plus loin... Nous nous amusons entre nous et nous interagissons de mieux en mieux avec la foule, ça aide quand on a un bon public. Elle est particulièrement fière de moi, de voir à quel point je peux me permettre de varier les émotions du personnage, de m'amuser avec les autres, d'avoir autant de complicité dans notre jeu... elle n'arrête pas...
Ça me fait tout bizarre. Y a mon fils aussi que j'adore et que j'admire et qui est tout fier de moi. Qui se fait dire par de vieux copains que maintenant ils comprennent d'où vient son grand talent. Comme si j'en étais responsable. Il me dit des choses qu'on lui disait quand il était jeune, au primaire, genre: "t'a beau faire n'importe quel personnage sur scène, on te remarque, du détonne par rapport aux autres". Pourquoi ça m'ému à ce point ?
Ce n’est pas facile à prendre tous ces compliments en même temps. Pourtant, en partie, je pense les mériter. Mais quand même, y a encore une partie de moi qui doute toujours de tout… Tu n’as pas une recette secrète pour éliminer le doute ?
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Vendredi, 20 juin, 16hr30. (Réponse de Cindy)
Ta femme a raison (c'est une femme!! ;-), c'est vrai qu'on est de plus en plus à l'aise sur scène et dans nos personnages. Le plaisir de jouer croît au fil des représentations.
Ma recette pour éliminer le doute:
Tu prends tes doutes, tu les mélanges avec l'angoisse, tu fais une grosse boule avec et tu mets ça au four à 550 degrés jusqu'à ce qu'il en reste que des cendres. Ensuite, tu me sacres ça au poubelle en te disant: Ben voyons, c'est pas bon ça... Je laisserai pas des doutes venir ternir la saveur des plaisirs de la vie !! Pffff... gang de cendres inutiles qui pourrissent la vie de ceux qui leur en laissent le pouvoir !
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Dimanche, 22 juin, 8hr46.
Encore une fois, on a que des bons mots à me dire concernant ma performance d’hier soir.
Ma belle-soeur était subjugué par mon jeu, mon beau frère renversé par ma capacité de parler devant un public. C'est drôle, ils disent que ça ne doit pas être facile de crier comme ça devant autant de gens, moi, c'est une des choses que je trouve tellement facile. Mon Ramon est tellement libérateur, je pense que c'est lui qui me permet de prendre mon pied avec Cyrano (ça fait cochon ce que je dis là, le réalisateur porno qui me permet de prendre mon pied avec le bonhomme au long outil).
Et encore une fois, même si je me suis laissé distraire par ma ceinture qui ne tenait plus, et que j'avais l'impression que cela enlevait toute la magie à mon jeu, les gens n'ont rien remarqué, et plusieurs personnes (en plus de ma femme) qui voyait le spectacle pour une deuxième fois, m'ont félicité avec un enthousiasme renouvelé, prétendant même que ma performance était encore plus éblouissante.
Avec tous ces commentaires positifs, le four à 550, et les menaces de plumes dans le cul, je pense que le doute est mort.
Je suis fier de jouer avec moi-même (il n'y a pas d'allusion tordue et sexuelle ici là !) et je le sens aussi vrai que lorsque je dis que je suis fier de jouer avec Vincent, ou avec Cindy, ou avec Benoît, où avec Gabrielle, ou avec Donald, ou avec…
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Mercredi, 25 juin, 8hr30.
Il suffit que je croie réellement en quelque chose pour que cela arrive. C’est de croire réellement qui est plus rare chez moi, malheureusement. Ma femme dit souvent que je suis une personne qui peut réussir dans n’importe quoi, si j’y crois.

Elle n’a pas tort et je commence à y croire. Je pense à mon talent de comédien. Je ne pensais jamais avoir autant de compliments, de façon répétés, par autant de monde différents. Dernier en datte : un parent de Martin croyait que j’étais un acteur habitué de jouer au café-théâtre qui était venu secourir la troupe de débutant en jouant le rôle de Cyrano (trop difficile pour des débutants).
Pas étonnant que je sois obligé de changer la grandeur de mes portes à la maison. Mais j’arrête ma fausse modestie et je commence à croire que je suis fait pour ça. D’ailleurs, à ma grande surprise, je sais déjà mon texte pour les scénettes historiques (nouveau projet qui commence dimanche le 29 juin).

mercredi 18 juin 2008

Le plaisir de la maîtrise

Le fait de maîtriser (notre corps, notre art, notre communication, etc.) pour atteindre nos buts dans la vie, pour nous dépasser, me semble bien à propos dans ce mois où je monte sur scène à douze reprises et où je dois maîtriser mon texte, mes déplacements, mon jeu, mes émotions, etc. Et ça semble fonctionner, cette maîtrise de soi est gage du plaisir de réussir.

Mais ce n’est pas de ce jeu dont je veux vous parler, c’est du badminton. J’ai lancé de gros défis à certains d’entre vous un jour, en disant que je pouvais vous battre n’importe quand, avec toute l’arrogance de Cyrano… et j’y crois ! En fait, je trouve ça amusant de vous provoquer ainsi, et je suis sûr que ça va donner des rencontres intéressantes.

J’ai fais ça avec mon fils, toute sa vie. Dans n’importe quel jeu, cartes, échec, Nintendo, je ne l’ai jamais laissé gagner. Il en a probablement pleurer un bon coup quand il était gamin. Et regardez ce qu’il est devenu : quelqu’un qui n’abandonne pas et qui est fier de ses réussites. C’est parce que je ne le laissais pas tomber. Je le rassurais en lui disant qu’un jour il allait me battre. Je l’encourageais à chaque rencontre. L’important, c’est de ne pas se défiler, de continuer à jouer avec son enfant même (surtout) quand il commence à être bon. Et accepter de se battre jusqu’au bout, même quand finalement, c’est lui qui gagne à tout coup. C’est ce qui m’est arrivé avec le Nintendo et autres jeux vidéo, il me déclasse complètement.

Au badminton, c’est autre chose. Malgré sa jeunesse, sa vigueur, son expérience du jeu de plus en plus grande, il ne me bat qu’une fois par année environ, et on joue toutes les fins de semaine. La dernière fois, vous auriez dû voir l’étincelle dans ses yeux au point de match. La fierté, la joie, le plaisir de la maîtrise !

Ça m’a fait penser à un texte que j’ai écris sur un autre blog, et j’ai décidé de le glisser sur celui-ci. J’y parle de mon propre combat pour gagner au badminton. En tous cas, j’espère que ça va vous donner le goût de venir essayer de me planter.

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11.6.06

Je suis fier de moi ! Imaginez-vous 300 livres de muscles (mmm...) en train de courir après un petit volant de badminton. Je le fais toutes les fins de semaines depuis plus de 5 mois environ. J'adore le badminton et, depuis toujours, je me suis habitué à la victoire (personne – que je connaissais – n'était de taille – croyez-moi, la taille ça me connaît), jusqu'au jour où un certain M (vaut mieux taire son nom pour l'instant) s'est joint à nous pour nos compétitions amicales – faut le dire vite – hebdomadaires.

Ce fut désastreux ! Pour mon petit orgueil. Pendant un peu plus d'un mois – peut-être même deux, allez soyons honnête – je suis allé de défaites en défaites, promenant mon âme en peine et ma carcasse endolori d'un bout à l'autre du terrain avec un balancement significatif de la tête de gauche à droite indiquant à quel point je n'y comprenais plus rien.

J'ai essayé une ou deux fois de le vaincre en simple face à face – faut le dire vite ça aussi car c'est loin d'être simple – mais ça ne faisait que m'humilier. Je me consolais en faisant des simples avec d'autres membres de ma famille (mon fils ou mon beau-neveu – quoi? C'est vrai qu'il est beau!) mais la victoire avait un goût trop commun (facile et sans saveur). Je me suis aussi contenté de victoire plus ou moins facile en double en me jumelant à l'autre meilleur joueur de la bande (mon fils !) et en jumelant M à un handicap de la bande (je ne nommerai personne...).

Comme vous voyez, tous mes subterfuges n'ont pas donné grand chose, ils ne pouvaient cacher à personne qu'une victoire contre le Prince du badminton ne semblait pas du tout à ma portée. Je m'étais même dis que je réussirai à le planter seulement si je perdais 200 livres et qu'il tombait malade...

Mais malgré tout, je n'ai pas réellement abandonné. J'ai décidé de persévérer quitte à être humilié une couple de fois – j'ai insisté la semaine dernière pour faire un dernier match avec lui à la fin de nos deux heures de jeu, match que j'ai perdu 11 à 0, il me semble.

Et finalement – roulement de tambour – j'y suis arrivé ! J'ai gagné 15 à 8 dans un simple avec M, l'ex-prince du badminton ! Imaginez ma joie... J'ai envie de le crier sur tous les toits, de me promener sur la rue avec des affiches géantes aux slogans révélateurs : “Détrônement du Prince du Badminton! Le Roi du Volant reprend son envol !” On devrait en faire une manchette sportive dans les journaux ou les bulletins télévisés... Mais je vais me contenter d'un message sur mon blog en espérant que la nouvelle se disperse un peu. Si j'ai le temps, ça ira même sur un de mes sites qui vise un plus large public.

Tout ça pour vous dire que la victoire est tellement belle pour celui qui sait persévérer. Il a fallu que je sois patient aussi. Tout au long du match, il faut savoir attendre, ne pas se précipiter sur tout ce qui vol, profiter des erreurs de l'autre, garder son souffle, prendre son temps avant de faire son service, briser le rythme de l'autre sans briser le sien... Il n'y a rien de facile à gagner dans de telles conditions. Et le tout était plaisant. On a fait des échanges plus long que d'habitude – j'avais de la difficulté à toucher au volant ou à rendre ses services il y a une semaine – et des coups remarquables – à deux poils de la ligne ou du filet.

Le plaisir est une drôle de chose. Souvent, on l'associe à un laissé aller caractéristique, comme lorsqu'on rit, qu'on mange ou qu'on jouit, mais il se vit aussi dans le contrôle de soi, la maîtrise de soi, chose qu'on a tendance à oublier.

Le 10 juin 2006 restera gravé dans ma mémoire parce que cette victoire inespérée fut pour moi un véritable orgasme de plaisir et un ode à la maîtrise de soi. Merci M pour m'avoir permis une telle apothéose de bonheur. J'espère pouvoir le renouveler, un jour – quoique j'ai bien l'impression que ce genre d'expérience paroxystique va devenir contagieux dans les semaines qui viennent. Car si d'autres amateurs de la bande jouent le jeu du plaisir de la maîtrise, c'est eux qui savoureront leur victoire comme jamais...

Et je serai heureux d'avoir fait grandir leur plaisir !

lundi 16 juin 2008

Gros comme un panda

Hier, pour me relaxer, c’était la fête des pères après tout, je me suis payé un bon repas au Bâton-Rouge (mon restau favoris, un restau de prédilection pour les gros qui s’assument : de belles banquettes capitonnées, un dégagement entre la table et le siège suffisant pour ne pas comprimer les bedaines, des assiettes copieuses pour les affamés, des entrées savoureuses qui peuvent servir de repas pour les moins affamés, un service impeccable ; ils ont bien compris que ce sont les gros qui maintiennent à flot leur entreprise…). Puis, pour couronner la soirée, nous sommes aller digérer lentement au cinéma (je vais peut-être vous surprendre mais on a même pas eu besoin de pop-corn ou autres croustilles pour se satisfaire…).

Je suis aller voir le dessin animée Kung-Fu Panda. Quel plaisir ! Je n’avais pas autant ris depuis mon premier Shrek. De voir ce gros bêta, bedonnant, gourmand et maladroit devenir le guerrier dragon qui sauve le monde, est tout à fait réjouissant. A la manière de Shrek (mon alter-égo – vous comprenez pourquoi, une fois que vous m’avez vu en bobette et en camisole), le film brise les préjugés concernant le surplus de poids. Pire, il amène presque le spectateur à le valoriser. Au minimum, il conscientise ou fait réfléchir sur l’obsession de la minceur et la trop grande importance qu’on accorde au paraître (« pas être ») au détriment du « être » dans notre société. Dans ce film, ce sont vraiment les caractéristiques personnelles du gros panda qui vont faire la différence dans son combat contre l’incarnation du mal. Sa force d’inertie, sa capacité d’absorption des coups, son intérêt pour la nourriture, son imagination, son sens de l’humour, sa grandeur d’âme, autant de caractéristiques qui seront faire la différence.

Il m’a fait penser à Cyrano (un autre alter-égo qui m’habite jour et nuit depuis quelques temps). Lui aussi doit se battre contre les préjugés sociaux, non pas parce qu’il est gros (sauf mon Cyrano à moi) mais parce qu’il est laid (sauf mon Cyrano à moi)…

« Moi, c' est moralement que j' ai mes élégances. Je ne m' attife pas ainsi qu' un freluquet, mais je suis plus soigné si je suis moins coquet ; Je ne sortirais pas avec, par négligence, un affront pas très bien lavé, la conscience jaune encore de sommeil dans le coin de son oeil, un honneur chiffonné ! Des scrupules en deuil. Mais je marche sans rien sur moi qui ne reluise, empanaché d' indépendance et de franchise ; Ce n' est pas une taille avantageuse, c' est mon âme que je cambre ainsi qu' en un corset, et tout couvert d'exploits qu' en rubans je m'attache. Retroussant mon esprit ainsi qu' une moustache, je fais, en traversant les groupes et les ronds, sonner les vérités comme des éperons. »

Quelqu’un m’a avoué cette semaine que la première fois qu’elle m’avait rencontré, mon apparence physique lui avait fait penser que j’étais une sorte de Bougon sur le BS. C’était amener gentiment avec des excuses sincères, convaincue qu’elle était de s’être trompée sur mon compte. Et moi, de lui répondre :
« Je pense que tu as en partie raison, je ne cache pas mon origine BS (ma mère là été toute sa vie après la mort de mon père), et peut-être même qu’inconsciemment, je cherche parfois à le valoriser, à l’élevé à un sommet dont je pourrais en être fier. C’est une sorte de flambeau qui sert à rappeler à tous que le monde des apparences, du paraître de notre société est complètement vide de sens. Mon apparence est aussi peu importante que celle de ma voiture, de mon gazon, de la décoration de ma maison... « Je m’en fous royalement ! Ça ne m’intéresse même pas... » Chaque fois que je m’intéresse aux apparences, c’est sur le coup de la culpabilisation sociale, les « je dois » et « il faut » de ce monde, pour avoir l’air correct aux yeux des autres... Ça me donne juste le goût de me rebeller, de m’habiller comme Ramon (un autre alter-égo de la pièce) et d’aller dîner au Reine-Élizabeth (pour comprendre faut voir la pièce)...


Comme psychologue, j’ai de la difficulté à répondre positivement aux personnes qui veulent, pour se valoriser, transformer leur apparence extérieur affin d’avoir une meilleure estime de soi. J’ai trop souvent vu des absurdités contre-nature être sanctionné par les spécialistes de la santé, au nom de l’estime de soi et la confiance en soi : brochage de l’estomac aux multiples effets secondaires (pour les gens trop gros), coupage et rallongement des jambes par processus de recalcification des os (pour les gens trop petit), chirurgie esthétique à répétition (pour les gens trop laid). Y a un problème de taille quand tu en es rendue à ta dixième chirurgie, qu’on ne voit plus que ta peau et tes os et que tu ne t’aime pas davantage… C’est pourtant ce qui se passe pour la majorité des cas.
Vous n’avez pas idée du nombre de belles femmes qui viennent me voir, qui sont bourrée de complexes et que malgré tous les efforts qu’elles font (suivre des régimes à répétition, fréquenter les centres sportifs, soignée leur apparence physique, se vêtir comme des cartes de mode, se lancer dans des défis de séduction pour prouver qu’elles sont des femmes sexy, développer leur gentillesse et leur délicatesse, améliorer leur efficacité au travail, à la maison, au lit), elles ont toujours une aussi faible estime de soi.
C’est parce que l’estime de soi est avant tout reliée à l’image intérieure. Tant que vous ne réussissez pas à valoriser cette image intérieure, la rénovation extérieure n’aura aucune valeur. Ceux et celles qui réussissent commence par un long processus de valorisation de soi à partir de ce qu’il sont vraiment (valoriser l’être avant de changer le paraître). C’est à mon avis, le seul gage d’une transformation à long terme. Et pour s’aimer vraiment, faut se libérer de la pression sociale.

Et c’est ça le plus difficile, la société pousse toujours dans le sens de la normalité; c’est la loi de la moyenne qui prime. Les extrêmes sont toléré ou valorisé en autant qu’elles correspondent à l’idéologie dominante qui fait la norme. C’est pour cette raison, que selon l’époque par exemple, la pondération acceptable n’est pas la même, parfois l’extrême minceur est valorisée, parfois elle est décriée. Un jour les grosses personnes sont un gage de santé, un autre jour elles sont le fléau responsable de la montée des coup de la santé… À quand la chasse aux gros pour avoir des déductions d’impôt ?


« Il faudrait peut-être commencer à prendre un peu de recul par rapport à la quête fébrile de la santé. Cette grande vague de folie est en train de nous rendre tous malades de honte et de culpabilité. Arrêtons de croire que notre valeur est inversement proportionnelle à la quantité de gras que nous mangeons et directement proportionnelle au nom­bre de kilomètres que nous «joggons». Quand donc cesserons-nous de nous juger et de juger les autres sur le fait qu'ils se préoccupent ou non de leur santé ? Le jugement des gens au nom de la santé constitue actuellement l'un des pires lieux d'intolérance dans notre société. Au Moyen Âge, les dominicains se sentaient tout à fait en droit de brûler sorcières et hérétiques au nom de la foi en un seul et vrai Dieu, une cause qu'ils considé­raient plus élevée que la vie elle-même. Les fanatiques de la santé semblent aujourd'hui avoir la même bonne conscience lorsqu'ils atta­quent et stigmatisent les gros et les pseudo-gros au nom de la lutte contre le diabète et les maladies cardio-vasculaires. Peu importe les blessures morales qu'ils infligent à travers leur guerre sainte contre la graisse, ils affirment agir pour le bien des gens. Ils luttent pour une noble cause, l'augmentation de la longévité de la population géné­rale, la petite coche statistique de plus. Au nom de l'augmentation de leur longévité, ils sont prêts à rendre infernale la vie de milliers de personnes.
Tenir compte de sa santé devrait être un choix et non un enjeu moral. La modification de ses habitudes de vie devrait s'appuyer sur des motifs comme la recherche d’un plus grand bien-être et non sur l’évitement de la réprobation sociale
» (À 10 kilos du bonheur, par Danielle Bourque, Les Éditions de l’homme, p.153).


Le gros panda m’a fait réalisé une des fonctions essentielles des tissus adipeux : la protection. Biologiquement, la graisse protège du froid, de l’invasion de certaine toxine et même de certaine blessure qui autrement pourrait être mortelle (faut enfoncer ses croc plus profondément pour blessé un gros)… Je pense que beaucoup de personne reste grosse parce qu’elle se protège des attaques extérieures, principalement des pressions sociales, des préjugées faciles, des regards désapprobateurs… C’est un beau paradoxe : plus on met de la pression sur un gros pour qu’il change, plus il va grossir. Peut-être que finalement, ce n’est pas si innocents que ça, ce processus. Parce que dans le fond, si les gros deviennent de plus en plus gros, notre vision de nous même risque de s’améliorer. Une cliente m’a déjà dit qu’elle avait un malin plaisir à faire grossir sa sœur pour se sentir plus mince; elle lui faisait des petits gâteaux tous les jours. « Que c’est gentil, ça ! »

« Si nous voulons parler des liens entre la santé mentale et le poids, je suggérerais qu’on prenne bien soin de replacer les choses dans l’ordre où elles apparaissent : en général, on ne devient pas gros parce qu’on a des problèmes psychologiques, mais si on est gros, on risque de développer des problèmes psychologiques parce qu’on vit dans une société qui nous renvoie une image négative de soi-même. Cet ordre n’est pas indifférent puisqu’il identifie la source du problème et, par le fait même, le sens des solutions à apporter : si les difficultés vécues par l’obèse ne proviennent pas d’une quelconque fragilité psychique mais plutôt d’une image négative, les solutions doivent aller dans le sens de l’organisation de groupes de support et de dénonciation des préjugés et de la discrimination plutôt que dans celui de la psychothérapie axée sur le renforcement du moi. De façon générale, l’obèse souffre moins d’un problème du moi que d’un problème du eux. » (p.174).

Sans les préjugés sur la beauté, à l’époque de Cyrano, Roxane serait bien tombée en amour avec lui, avant sa mort. C’est la force d’Edmond Rostand d’avoir montré toute l’absurdité de la force des préjugées qui favorise le paraître au détriment de l’être. Tout au long de la pièce, Roxane est en amour avec l’être profond que Cyrano met sur papier mais elle s’imagine qu’elle l’est avec cet imbécile de Christian qui n’a, à peu près, que la beauté comme qualité personnelle. Si elle avait vu chez Cyrano, autre chose qu’un homme à gros nez, elle n’aurait pas fini sa vie au couvent. Mais sa vison était entachée par le poids des préjugés.


L’obsession du monde médical pour l’amaigrissement relève, bien plus que de véritable considération de santé, de l’intégration du modèle esthétique actuel et de ce qu’il sous-tend comme valeurs morales. Vous avez un doute sur les préjugés véhiculez dans le réseau de la santé, demandé à un obèse ce qui se passe en consultation. Comme le dit Mme Bourque : « qu’il aille consulter pour un orgelet ou pour un mal de gorge, on lui expliquera (le plus sérieusement du monde !) que sa guérison passe par l’amaigrissement. » Si c’est pas ça être dominés par des préjugés valorisés par une société intolérante vis-à-vis des différences, je ne sais pas ce que c’est.

C’est ce que j’aime avec des films comme Kung-Fu Panda : à sa façon, en nous faisant rire et nous détendre, il contribue à modifier nos préjugés. Et nous avons biens besoin dans cette société de la valorisation du vide, de faire tomber les préjugés qui contribuent à nous faire passer à côté de l’essentiel : vivre ensemble, rencontrer des gens magnifiques, tisser des liens d’amitié et d’amour, profiter de chaque instant…

Je vous laisse sur une citation du film, elle vient du maître tortue du gros panda :

« Hier est l’histoire. Demain est un mystère. Aujourd’hui est un cadeau, c’est pour cela qu’on l’appelle le présent »

lundi 9 juin 2008

Jouer (acte 4 : Les bas et les hauts d'une thérapie)

Quand j’étais petit – oui, j’ai déjà été petit, même qu’on me trouvait trop maigrichon – on riait de moi pour toutes sortes de raisons. J’étais trop pâle, trop petit, trop gros (plus tard!), trop efféminé – mon prénom leur faisait croire que j’étais une fille – pas assez sportif, pas assez fort, pas assez beau, trop maladroit… trop ou pas assez quoi, vous avez compris le principe.

Si bien que j’ai développé beaucoup de malaises socialement. Je me suis isolé et comme mes parents n’étaient pas très disponible, je me suis réfugié dans l’imaginaire. Résultat, je suis devenu (surtout à l’adolescence) un carencé affectif et un anxieux sociale (très proche de la phobie sociale). Mais, je me suis créé des mondes imaginaires fabuleux ; mes jeux symboliques d’enfant sont devenu les romans de l’adolescence, j’ai dessiné, écrit de la poésie naïve et inventé des jeux de société. Je suis devenu un introverti qui s’exprimait, discrètement, à travers son art. En fait, je faisais de l’art qui ne dérangeait personne. Mais, pendant longtemps, c’était le seul talent qu’on me reconnaissait avant que je ne redevienne un jour, pas assez ou trop… Et je continuais à m’isoler et à éviter tout ce qui me rendait anxieux.

Pourtant, en famille, avec mes amis – un à la fois, pas plus ! – ou seul dans ma chambre, avec mon ami imaginaire, je jouais. J’actais des combats à l’épée, comme si j’étais Dartagnan, je dansais, je racontais des aventures de personnages que j’avais inventé, je montais des petits spectacles où je devenais tour à tour l’animateur, l’humoriste, le chanteur – je me prenais pour Michel Sardou dès mon jeune âge – ou le clown. Mes proches me trouvaient bien drôle, joyeux, amusant… C’est ce côté histrionique qui m’a sauvé de la dépression, je pense.
Mais c’est un côté, qui a l’âge adulte, a toujours été brimé. Je suis vite devenu quelqu’un de pas assez sérieux, ridicule, vantard, qui aime attiré l’attention, niaiseux, pas assez ou trop… et je suis retourné dans mon imaginaire, un peu trop passif, pour en être vraiment heureux.

Puis, j’en ai eu assez ! Je me suis dis, ça suffit ! J’ai le goût d’exploser, de devenir l’histrionique qui sommeille en moi. J’ai explosé timidement. J’ai commencé par diffuser à l’univers entier mes idées, mes pensées. J’ai créé M Psytami pour me diffuser. J’ai essayer de publier des nouvelles de science-fiction, de terminer un roman, j’ai commencé un blog, deux blog, trois blog – faut les chercher sur le net, je ne donne pas mon adresse à n’importe qui. Je me suis aussi tapé une psychothérapie pour essayer de faire débloquer tout ça…

Puis, j’ai eu un éclair de génie. J’ai repensé à mes jeux d’enfant et je me suis dis : et si je jouais ! Si je faisais du théâtre au lieu de me faire du cinéma. C’est devenu un objectif thérapeutique : m’inscrire à un cours de théâtre pour enfin me permettre d’être ce que je suis ! M’affirmer, m’exposer devant une foule, braver ma peur du ridicule, me foutre d’avoir l’air trop ou pas assez, sortir de mon isolement, socialiser, développer des amitiés sincères, développer ma créativité, apprendre à exprimer mes émotions, m’éclater, vivre intensément !

Je l’ai fais ! Comme en témoigne au moins quatre textes sur mon blog, jusqu’à maintenant.

Cette prémisse complété, je vous offre ci-dessous une série de courriels qui illustre bien les hauts et les bas d’une expérience théâtrale hors du commun. Imaginez-vous, 19 personnes, que rien ne prédestinait à se rencontrer, avec chacun leur bibittes personnelles, se sont côtoyer pendant 10 mois, puis ensemble, sont monté sur scène pour un marathon de 12 représentations… Pas étonnant qu’il y ait un mauvais jour pour certain d’entre eux. Ce soir là, c’était moi. Et les autres ont fait preuve d’une générosité, d’une solidarité et d’une franchise remarquable qui m’ont fait grandir et évoluer comme aucune thérapie n’a réussit à le faire jusqu’à maintenant !

Merci ! Et je ne fais que me répéter quand je vous dis que je vous aime fort, très fort ! Mais vous le méritez pleinement ! Vous avez des doutes ? Relisez vos propres courriels, ci-dessous, et ils se dissiperont…

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A une petite chose, l’inquiétude donne une grande ombre.
[Proverbe Suédois]

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Samedi, 7 juin, Minuit (après la troisième représentation).

Je suis seul et triste. Je me rends compte que je vis très mal ma performance de ce soir. Je me suis senti ridicule avec mes bottes déchirées au milieu de ma scène. Je me suis senti incapable de me concentrer quand j'entendais le Cavalier et le Tire-laine s'agité au milieu de ma tirade. J'ai eu l'impression de ne pas être aussi bon que la veille.

Et avec la façon dont s'est terminé ma soirée: resto fermé, amis qui ont hâte de rentrer, groupes dispersés dans différents bar, manque d'intérêt pour la bière, fils reparti à St-Hyacinthe...

Je me retrouve seul, avec un feeling d'abandon que je ne pensais vraiment pas ressentir ce soir. J'aurais eu besoin de plus de feedback ce soir, parce que je me sentais mal, et c'est le contraire qui est arrivé. Un peu par ma faute, je dois dire que j'étais trop frustré pour aller en demander, je comptais sur ma soirée pour en parler une fois le ventre rassasié. Et vlan ! Je me retrouve le bec à l'eau, mais ça ne me coule pas dessus comme sur le dos d'un canard.

Je me rend compte que je suis bien plus fragile que je ne le pensais finalement. Et que j'ai plus d'habileté à rassurer les autres que moi-même. Et que votre présence, vos opinions, compte encore plus que je ne me l'imaginais.

Mon malaise est tel que si je devais retourner en spectacle demain, j'irais de reculons.

Donc au risque de paraître téteux, est ce que quelqu'un pourrait me rassurer sur ma performance d'hier soir ? Ou m'aider à comprendre ce qui m'arrive ?

Je vais essayer de bien me reposer pour revenir dans un meilleur état d'esprit, et essayer de me convaincre que ça vaille la peine de me présenter à la programmation 2009.

Merci d'avance et à Mercredi.

Un tout petit José déprimé.

* * * * *

C’est bien parce que certaines paroles nous tuent que d’autres peuvent nous ressusciter.
[Christian Bobin]

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Dimanche, 8 Juin 2008, 01 h 30.

Salut José! J'avoue que ce soir le monde ont quitté assez rapidement mais j'crois que c'était pour arriver a l'heure au restaurant. Finalement, Pépé était fermé, la pizzietta aussi. Mais à propos de ce soir, j'avoue qu'Annie rajoutait des réactions ''un peu fort'' mais sa fait deux soir de suite que je regarde la scène de la régie… et j'ai l'impression qu'elle a vraiment envie que les gens embarquent. Quand t’as fini ton combat elle applaudit et dit bravo 5-6 fois et tape des main en regardant le public en voulant dire ''hey applaudissez vous aussi''. Mais de la à croire que c’est un cas de déprime. Y a juste a des places où tu parlait moins fort : quand tu dis « le quart de la moitié du commencement d'une » ou « les trois lettres qui forme le mot SOT!!! » Mais à part ça, té très crédible. J'adore cette scène là.Et comme Donald m'a dit. Parce que je croyais que les gens s'ennuyait pendant Cyrano. Et il m'as dit que le feedback qui a eu des gens, c’est que Cyrano les surprend. En voulant dire que... c’est tellement différent des autres sketchs... ça les surprend et sont plus attentifs vu que c’est un humour différent. C'est sur, y a peut-être quelques personnes que ça l'ennuie, mais la... on peut pas rien faire pour eux.
C'était pas si terrible que ça José, fais toi en pas. Notre Cyrano va nous revenir en force la semaine prochaine j'en suis certain :)

Salut !

Kévin.

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Dimanche 1h30,

Je dois dire d'entrée de jeu que je comprends ton feeling José, je me sentais un peu comme çà après la représentation de vendredi après avoir eu un blanc sur une réplique que j'avais l'habitude de dire les yeux fermés. Michel ne nous a t-il pas dit qu'il n'y avait pas de représentation parfaite ? C'est drôle comme la perception peut être différente d'un individu à un autre. Avant de lire ton courriel, j'ai écrit mes états d'âme. Les voici.

Ce soir, c'était la troisième représentation de "La même chose s'il vous plait". Je n'ai pas l'habitude d'écrire mes états d'âme (je l'sais j'me répète mais c'était déjà écrit !!!). Habituellement, je laisse çà à José qui a tellement une belle plume dans ce domaine (c'est sûr y é psy). Mais ce soir, je ressentais le besoin de coucher sur papier ce sentiment de bonheur qui m'envahit pour pouvoir me relire plus tard et me rappeler l'état dans lequel je suis présentement.

A mon sens, je crois que nous avons offert ce soir une prestation MAGISTRALE et je pèse mes mots. Et pour la première fois de ma vie, je ne dis même pas çà en fonction de la foule mais bien selon mon évaluation personnelle. J'ai eu de très beaux commentaires comme des gens qui m'appelaient Robert ou qui me disaient "nous autres, dans le domaine de la bière...", mais ce soir, ça va plus loin que çà. Je suis fier de moi, je suis fier de nous, non pas par rapport à ce que les gens pensent, mais par rapport à ce que je pense.

Je discutais avec Véro en coulisses, avant d'entrer en scène pour "Vaudeville" et je lui rappelais que lors du choix de la pièce, elle m'avait dit qu'elle ne voulait pas jouer Cyrano. J'avais aussi le même feeling, mais je crois sincèrement aujourd'hui que cette pièce ne serait pas la même sans Cyrano. Je trouvais que c'était une pièce inaccessible, voire incompréhensible (a la première lecture) pour nous et pour le public... Est-ce que je m'étais mis un doigt dans l'oeil ?!? Quel bonheur de pouvoir jouer ces personnages plus grands que nature, quel bonheur de les jouer en commedia, quel bonheur de les jouer avec vous.

Je ne blaguais pas à ceux a qui j'ai dit "Y en reste juste 9". J'appréhende tellement le 28 juin qui mettra un terme à une si belle aventure.

Je revenais chez moi par la 112, les fenêtres ouvertes (Y a tu fait chaud !?!) en écoutant de la musique classique (ce qui n'est pas nécessairement mon genre) avec un tel sentiment de bien-être que si quelqu'un m'aurait vu, il aurait eu le goût de me dire "enlève ce sourire imbécile de ton visage". (non non c'était pas Robert).

Et toi José dans tout çà, tu es l'épine dorsale, "l'étincelle dont tout jaillit". Alors arrête d'être aussi dur avec toi et ne me dis pas que tu ne reviendra pas en 2009, ce serait du gaspillage...

Je vous aime tous autant que vous êtes...

Benoit XVI

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José, José, José, il ne faut pas s'en faire nous faisons tous un jour ou l’autre quelques erreurs et c'est normal nous sommes des humain après tout. Les gens sont venu dans l'intérêt d 'être divertis et rire, si tu as réussis a les faire rire avec un mini accident c'est un plus pour eux.
Je te comprends, j'ai tellement eu d'adrénaline mélangé avec la nervosité, j’avais beau savoir mon texte par coeur quand on arrive sur scène, il se peut qu’on l’oublis... ça fait partie du métier d’être comédien. Nous ne pouvons être à 100% parfait et c’est normal. C'est la magie du théatre !

Alors José arrête de t'en faire! Tu es très bon et tu réussis souvent à sauver les répliques et la continuité du texte, juste à penser à la séquence ou je reviens sur scène avec l'histoire de la bougie... Si tu fait une erreur de même, même pas 1 minute sur tout le show... c'est un maigre 1 % d’erreur. Ce qui est très bon !!!
Grossomodo. Fais toi en pas !

Sébast.
PS: j’étais un peu pompette quand j’ai écris... il se peut que plein d’erreur de syntaxe ou autre soit inclus gratuitement au courriel.


* * * * *

T'en fait pas José, si tu savais comment je me sens impuissante à essayer de donner de l'envergure à cette pauvre Claire, la motarde qui déçoit toujours tout le monde.... mais que veux-tu on fait de notre mieux avec l'expérience qu'on a... c’est à dire aucune expérience. T'en fais pas, tu as été super à mon avis. Passe une belle journée ensoleillée : )

Dan xxx

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Bonjour! Je n'étais pas là hier soir, mais je crois comprendre que ton interprétation de Cyrano n'a pas été aussi éblouissante que la veille. Tu en est terriblement déçu... tu aurais bien voulu être à la hauteur des autres. Mais est-ce grave ou plutôt, est-ce normal de ne pas être toujours à son meilleur ? On a tout de même 12 représentations à faire, c'est normal qu'il y en ait une qui soit plus maladroite. Je dois dire que je comprends ton ressentiment, en lisant ton message, j'ai compris que c'était exactement ce que j'ai vécu vendredi soir. Vois en cette accrochage un signe qu'il faut simplement redoubler d'ardeur et la prochaine fois sera beaucoup mieux. Dans les esprits de tous, c'est déjà oublié, alors que fais-tu avec le tien ? Oui, tu as un sentiment amère à calmer mais vaut-il vraiment la peine de le laisser t'envahir et prendre toute la place ?
La prochaine fois, tu seras plus concentré, prochaine fois tu te sentiras plus Cyrano, prochaine fois, tu sera si fier de toi que tu en oubliera hier.
Si ces évènements hantent trop tes pensées, essaie de faire quelque chose pour t'occuper l'esprit, libère-toi une bonne fois pour de toute de ce mauvais souvenir et cette déception. Passe une belle semaine, moi j'ai hâte de voir jeudi ce que tu feras car je suis convaincue que ce sera ta meilleure performance. :D
Prends soin de toi,
Emily bisous amico

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Pour José, et les autres qui auraient des doutes ou qui ne se sentiraient pas comme Benoît.... On aura TOUS des hauts et des bas pendant ce mois-ci, éprouvant physiquement et moralement, mais sachez que pour chaque soir où vous vous sentez moche, quelqu'un se sent au sommet du monde ! On a qu'à voir les courriels contradictoires de José et Benoît...
C'est, à mon avis, ce qui donne une énergie constamment renouvelée à notre pièce, et ce qui permet des commentaires positifs soir après soir, cette balance que nous avons réussi à établir... Si une partie est moins bonne qu'à l'habitude la suivante est encore meilleure et le public oublie... Nous sommes 19 sur scène. Dix neuf. Certains, j'en suis, auraient pu croire cet exploit impossible à relever et à réaliser avec autant de brio, mais chaque soir, nous nous partageons la scène avec facilité et bonheur et j'en suis tellement fière ! Comme première expérience de théâtre (pour ceux qui en sont à leur première), c'en est toute une, croyez moi !
Bravo à tous d'avoir passé au travers des 3 premières représentations, et les 9 prochaines seront encore meilleures ! Sortez de vos zones de confort, ajoutez de votre couleur à vos personnages, vivez à travers eux toute une gamme d'émotions, et vous verrez, le 28 juin ce n'est pas la tristesse qui nous habitera, mais le plus grand bonheur que nous aurons jamais vécu, celui d'avoir trouvé une nouvelle passion et une nouvelle famille.
Je vous aime tous si fort. Les 4 prochaines journées seront longues et ennuyeuses... À bientôt!
Gabrielle
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Salut gang je me ré-essaie une autre fois... Mon conjoint et mes ami(es) ont vu notre prestation. Martin un de nos amis, travaille dans le monde du cinéma, il fait la sécurité, donc croyez moi, des acteurs très illustres comme De Niro et cie, il est habitué de les côtoyer, donc je nous sentais très privilégié qu'il vienne nous voir, donc voici leurs commentaires : Primo, la prestance de Vincent sur scène est exemplaire, on voit son aura au-dessus de sa tête et on sait que c’est lui, selon Martin, qui ira loin mon homme. Puis tu as très bien su transmettre tes connaissances techniques à ton père...

Pour José, tout l'monde me disais avec qu’elle grâce tu avais repris quand tu as oublié un qualificatif pour ton nez, mais tu as tout simplement dit passons pour ? et tu as tout simplement repris et il se sente privilégié d'avoir pu apercevoir qq'chose et de voir comment tu t'en tire si bien...

Mon conjoint, lui, était étonné de la prestance de Kevin et Katia quand ils sont tout deux au centre et qu'il se regarde : la scène se passe autour d'eux et mon conjoint à chaque fois jetais un oeil a vous et vous ne bronchiez pas. wow qu'il dit...

Puis, pour Rayon x, Martin dit que c’est exactement ça ! Quand une équipe de tournage arrive sur les lieux d'un tournage, ils accapares la place, avec un tel grabuge :chacun dit ses patentes puis quand tout est installé, ils attendent que la prod commence. C’est exactement comme ça que ça se passe mais + gros...

Évidemment mon chum a eu un choc quand il a vu Caroline et selon lui quand jefais mal au journal ça confirme l'état d'esprit de Caro. Ça fait réveiller et ça fait bouger sur scène ce qui à sembler faire rire le monde. J'espère que vous allez recevoir ce message…

Je m'ennuie déjà bye je vous aime.
Annie

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Un bouffon est un sage qui a découvert très jeune que savoir rire de soi,
c'est commencer à se découvrir.
[ Maurice Robert Lalonde ]
Extrait d’ Ailleurs en ce monde

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Ben voyons José! Qu'est-ce que tu nous sors là ?!? Tu as besoin de notre opinion ? Alors voilà la mienne:

Au risque de répéter ce que certains ont déjà exprimé, je trouve que notre performance d'hier était très réussie. Tu sembles trop focaliser sur ta petite erreur dans la tirade du nez... et là est ta véritable erreur!

L'objectif n'est pas de rivaliser avec la crème des comédiens existant en ce monde, mais avoir du plaisir en jouant ensemble et ainsi combler un public qui peut le sentir.Tu t'es trompé dans ton texte... et puis quoi? Moi, j'ai bien dit: Pourtant, Montfleury est SUPER BON dans ce rôle... et avec l'accent en plus! ha! ha! La seule conséquence que ça peut avoir est de faire rire le public. N'est-ce pas notre but ? De toute façon, je t'ai trouvé très bien dans Cyrano.

Résumé: Tu m'enlèves ces idées de ta tête ou bien je t'enfonce des plumes de canard dans le cul la prochaine fois qu'on se voit pour être sûr que ça te glisse dessus si ça se reproduit, ok là!! (Viens pas me dire que tu aimerais ça)

Je te dis À MERCREDI pour la programmation 2009.

Cindy

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Salut José,

Je ne crois pas que quiconque à part toi t’a senti ridicule samedi. C’est pas évident de jouer, et ton rôle est exigeant. Je crois que tu as eu une bonne performance, comme nous tous… Je sais ce que c’est d’essayer de se concentrer quand les figurants déconnent, et je crois moi aussi, parfois, qu’Annie prends peut-être trop de place. Faudrait peut-être en parler, et peut-être aussi avec Michel avant (tu sais que parfois, un état d’esprit peut nous faire voir les choses différemment, alors si t’es down, tu vois peut-être trop en noir).

C’est plate pour hier soir. Je me suis aussi senti « abandonné », mais, bon, on aura d’autres soirées, non ?
Faque, lâche ta corde, arrête ton nœud coulant, pis reviens jouer jeudi soir. Tu vas être en pleine gloire, avec plein d’éloges à ton sujet dans le Journal de Chambly.
Martin.

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Cher José,

Je te l'ai brièvement dit devant le resto FERMÉ, je crois que nous avons fait notre meilleur spectacle depuis le début. Pour la tirade, tu t'en es bien tiré malgré les dérangements. En tout cas, tu n'as jamais été ridicule. Loin de là, tu es majestueux en Cyrano. Maintenant à moi de livrer mes états d'âmes. Moi aussi j'étais, de prime abord, déçu de me retrouver seul. Au point ou je suis passé devant le Bedondaine mais je ne suis pas arrêté. J'ai réalisé, une fois rendu là, que j'étais très fatigué et que ma morosité venait de cette grande fatigue. J'avais mal dormi la nuit précédente et j'avais accumulé la tension de cinq représentations en 7 soirs. Je suis donc renté moins déçu en me faisant une fin de soirée confortable pour mon petit moi.

Je sais que tu as très mal dormi. Ça peut sembler simpliste mais je suis convaincu que ton haut le coeur d'hier soir étais sûrement influencé par cette fatigue. Je suis même prêt à parier que quand tu t'es levé ce matin, ta perception des choses avait changée. En terminant, tu me semble pas mal vieux pour apprendre qu'il n'y a pas que les cordonniers qui soient parfois mal chaussés.

Amicalement et à mercredi.

Donald.

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La vie, c’est une panique dans un théâtre en feu.
[Jean-Paul Sartre]

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Bonsoir groupe!

J'ai attendu un peu avant de répondre parce que j'étais sûr que son courriel allait déclencher une "série" de courriels. Je n'ai qu'une chose à dire, et je me cite: "Le théâtre, c'est aussi ça la vie." La représentation parfaite n'existe pas. On a, comme équipe, une chance extraordinaire. On est 19. Pis si, un soir, un membre de l'équipe pour X raison se sent moins là, ou n'offre pas une performance comme il le souhaiterait, ben, ça paraît pas. Les autres ont compensé.

Le théâtre existe parce qu'il y a des êtres humains qui en font. Et, l'être humain étant ce qu'il est, et n'étant surtout pas une machine (sinon toutes les représentations seraient identiques, égales et pareilles) ben, ça provoque ce qui se passe. Samedi, c'était José, vendredi, c'était Benoit, jeudi, c'était Danielle qui n'étaient pas satisfaits. La semaine prochaine, ce sera quelqu'un d'autre jeudi, vendredi et samedi. Yé! C'est ça qui est le fun et c'est pour ça que je dis que le théâtre, c'est aussi ça la vie. Quelqu'un va arriver jeudi pis il file pas pour toutes sortes de raisons. Ce sont les autres qui vont overdoser leur énergie. On est 19 sur scène. Si on était 2, ça serait plus problématique. Mais on est une équipe.

Moi, ma déception, ç'a été de ne pas vous retrouver après le spectacle. J'ai dû partir plus tard du théâtre pour donner un coup de main à Jean-François au resto. Quand je suis arrivé à la Piazzetta, il n'y avait personne. C'était d'autant plus décevant (la déception, c'est moi qui l'ai vécue) que je sais que je ne pourrai pas vous voir la semaine prochaine. À Chambly, c'est pas compliqué, y a deux commerces qui sont encore ouverts à l'heure où on finit: Pépé pis Bedondaine. On a juste à se partager ça: un soir l'un, le lendemain, l'autre.
Pis moi, j'étais déçu samedi. Pas de votre prestation. C'était la plus égale des 3 soirs. Mais de moi, de ne pas avoir pu vous être plus présent. Même que ça me frustrait. Mais bon, c'est la vie quoi!

Alors, José, après cette belle leçon de vie, tu vas péter le feu jeudi. Tu ne la referas plus cette erreur. Pas grave! Tu vas en faire d'autres ailleurs. Et c'est ça le plaisir de faire du théâtre.
Dernier point. Même si je n'y suis pas, j'ose espérer que vous serez à l'assemblée générale spéciale de mercredi. Vous y découvrirez la programmation 2009 et les pièces que vous pourrez choisir. Vous saurez mercredi ce que je fais comme mise en scène en 2009. Attention, tout un choc à prévoir.
Bonne nuit.
Michel.

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Salut vous autres!

Quel temps dites donc!

C'est vraiment merveilleux la belle complicité qui règne dans notre groupe depuis un certain temps. Je suis heureuse, car tous et chacun est important et nous avons tous notre place au sein de la troupe. On se complète bien. C'est agréable d'arriver au Café-théâtre et de se faire dire "Salut!" par ici et par là. C'est ainsi qu'on se sent apprécié des autres.

En effet, nous apprendrons à nous connaître encore davantage en se côtoyant au fil des jours, car la pièce et l'esprit d'équipe prennent beaucoup de place dans nos vies.

C'est sûr qu'il y aura des soirs où tout va bien, la joie étant au rendez-vous, mais c'est bien évident que les émotions nous en feront vivre de toutes les couleurs. Il ne faut pas se cacher que certains autres soirs, ça sera peut-être moins faciles pour certains pour X raisons: la fatigue physique et mentale, le stress et la pression, un tracas de la vie personnelle...Comme dit Michel, c'est ça la vie et la vie ne se vit pas sur une ligne droite. C'est pourquoi les autres sont importants, car un petit réconfort, une simple parole, un sourire, un coup de pouce permet de redonner ce petit souffle d'énergie qui manque parfois. C'est ça une équipe; la solidarité. C'est aussi ma grande fierté!

Merci d'être là tous et chacun avec ce que vous êtes. Je vous apprécie énormément. Après avoir passé autant de temps ensemble la semaine dernière, c'est normal de se sentir un peu bizarre lorsqu'il est 19h00 et qu'on se retrouve partout ailleurs, sauf au Café-théâtre. C'est la réflexion que j'ai eu hier soir, lorsque j'étais chez moi. Ce petit répis est important, car c'est ce qui nous fera nous apprécier encore plus lorsqu'on se reverra mercredi ou jeudi soir...

Bon début de semaine et on se revoit pour terminer cette semaine ensemble!

Sylvie...qui a chaud!

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Salut tout le monde. Je viens de me taper la liste complète des messages que vous vous êtes envoyé cette semaine ! Vous savez, je n'ai jamais vu autant de personnes s'aimer et se respecter les uns les autres comme nous le faisons et je crois que c'est ce dont nous devons être le plus fière...

Chaque personne qui fait partie de notre équipe est importante dans notre coeur et je crois que c'est ce qui rend notre show des plus extraordinaire. Oui, nous avons tous et toutes un talent très particulier sur scène chacun d'entre nous rayonne sur scène mais je pense que c'est l'affection qui nous unis tous qui ressort le plus ! Je suis extrêmement fier de ce que nous accomplissons tous ensemble de jours en jours et pas seulement ce que nous accomplissons sur scène sois dit en passant, notre amitié et solidarité aussi !
Je vous adores tous autant que vous êtes sachez-le!!!
Et mon dieu que j’ai hâte à jeudi !!!
Caro xxxxxxxxxxx

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Il ne faut pas profiter de ses amis. Ils sont déjà gentils de nous endurer.
[Jean-Claude Clari]
Extrait de L'Appartenance


samedi 7 juin 2008

Jouer (acte 3: premières impressions en temps réel)

Je voudrais ici partager avec mes lecteurs, mes premières impressions concernant ma première expérience en tant que comédien, dans une pièce de théâtre ouvert au grand public. Ça ne se veut pas une dissertation au sujet du théâtre comme outil thérapeutique, ça se veut plutôt une sorte de témoignage personnel sur une expérience de la vie qui peut effectivement provoquer de l'anxiété et sur une façon de la traiter, par la méthode d'auto-exposition.


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Lundi, 2 juin le matin, 8Hr00. Je me suis couché tard hier, 2hr00 du matin, car je suis sortie prendre un café avec mon gars après notre première générale. Nous avons échangé et partagé nos premières impressions. On sait parlé comme de vieux chums qui vivent une expérience extraordinaire.

Notre première générale (celle qu'on appelle la générale technique) a eut ses hauts et ses bas, disons que les bas étaient plus bas que les hauts n'étaient hauts.

Pour plusieurs, comme moi, c'étaient leur première fois, et nous l'avons vécu avec nos tripes. En fait, la fébrilité était telle que nous avons faillit laisser nos tripes dans les coulisses. C'était beau de nous voir, le coeur serré, la respiration difficile, faisant les cents pas derrière le décor.

La panique dans nos yeux parce qu'il nous manque un accessoire essentiel. La déception devant un morceau de costume qui ne marche pas ou avec lequel on se sent ridicule. Le cafouillage et l'oublie d'une réplique primordiale à la compréhension de la pièce. Les décrochages de Cyrano parce que la foule ne réagit pas assez, le manque de timing de la réaction de foule, parce que Cyrano décroche. La perte du rythme, de l'énergie de groupe, parce que chacun est trop stressé ou trop conscient des erreurs commises, des leurs ou de celles des autres. La déception sur les visages de plusieurs. L'agressivité surprenante d'un départ précipité provoqué par de la colère et de la frustration incontrôlable. Les pleurs touchantes provoquées par l'impact d'un tel départ sur une sensibilité à fleur de peau. On a décidément vu le pire de ce qui pouvait arrivé, ce qui me fait croire que le vieux dicton sera fidèle à lui-même: "Pire est la générale, meilleur sera le spectacle !"


Mais j'y ai vu aussi de belles choses. Les bras ouverts pour des calins rassurants, le partage de collations "sucrulantes", les blagues bien-à-propos qui détendent l'atmosphère, les filles en petites tenues qui changent l'excitation de place, les robes sexy ou élégantes, un gros poussin qui nous a fait craquer, des partenaires de scènes fiers de leur performance mutuelle, de la complicité dans les regards et les sourires, du tac dans les commentaires, des encouragements, de la générosité, de la solidarité, de l'amitié, de l'amour... tout ce qui vaut la peine d'être vécu.

Et ça donne de belles photos de Michel (voir aussi l'album de photos sur le site du Café théâtre).

Donc, il ne faut pas trop s'en faire, "ce n'est qu'un début"...

Merci à tous !


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Mercredi matin, 3hr30. Je n'arrive pas à dormir. Trop émotif et fatigué en même temps. Je pense à notre deuxième générale et à la grande première qui s'en vient. Je ne pensais pas que de jouer pouvait mobiliser autant d'énergie et nous faire vivre autant d'émotions. J'ai vraiment l'impression d'être plus vivant que jamais, ce qui rend la perspective d'avoir terminé tout ça dans un mois, encore plus déchirante. Je voudrais arrêter le temps. Non, je voudrais contrôler le temps à ma guise...

Je pourrais revenir en arrière, le mettre sur pause, et faire avancer image par image, la grosse boule d'amour que nous avons partagé. J'utiliserais la touche répétition pour répéter notre bataille d'arrosoir jusqu'à ce que tout le monde y participe, en gardant sa bonne humeur. Je ferais des zoom sur les sourires complices pour les conserver en mémoire. Je ferais pause, le temps de recharger une certaine pile pour continuer à prendre des photos. Je pourrais faire la marche rapide, pour enfin arriver à jouer, pour le meilleur et pour le pire, devant un vrai public.

Je vous admire beaucoup, ceux et celles qui, parmi vous, réussissez à travailler entre chaque représentation. J'arrive difficilement à penser à autre chose qu'au théâtre, aux textes, à vous et j'anticipe que la désintoxe va être douloureuse.

Mais pour revenir à cette générale, je dirais qu'elle a eut, comme la première, ses hauts et ses bas, à la différence que cette fois-ci, les hauts étaient plus hauts que les bas n'étaient bas.


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Jeudi, 5 juin, 5hr00 (j'écris un courriel)

Bon matin à tous et à toutes.

Moi, j'ai finis par m'endormir assez tôt hier soir. À 23hr00, je roupillais à point fermé... enfin!

Mais vers 3hr00 du matin, je m'éveillai, incapable de refermer les yeux. J'étais d'un calme olympien. Toutes mes tensions s'étaient évanouis. Plus de fébrilité, plus de coeur serré, juste une sorte de sérénité. Et évidemment, je me suis mis à penser à Cyrano.

Dans cet état d'extase ensommeillé, mon imaginaire se retourna du côté des belles créatures avec qui je partage ma scène: la bouquetière, la distributrice, Roxanne, la duègne (non pas la duègne !) et je rêvassai un peu...

Puis, j'imaginai ma belle Roxanne, les cheveux au vent dans sa longue robe endimanchée. Et soudain, l'énorme Montfleury s'imposa à moi en posant son regard sur elle...

Et là, calmement, en chuchotant pour ne réveiller personne, je me suis mis à jouer mon texte et toutes vos répliques à partir de "Coquin..." Je les savais toutes et les ressentais toutes... et j'avais le débit et le ton qu'il fallait pour chacune d'elles...

Et tout le monde savait son texte... Et même si on se trompait (ah ! la magie de la visualisation), il y avait toujours quelqu'un pour reprendre le flambeau et relancer le texte dans la bonne direction. Surtout, nous étions tous détendus, attentifs aux autres et nous nous amusions...

Et là, au petit matin, à la porte de Nesle, les oiseaux de mon jardin entamèrent une douce mélodie, comme si la nature elle-même venait nous applaudire. La magie était là. Nous étions tous sur scène à faire notre salut, entrelacés les uns avec les autres devant une foule en délire.

Quand j'ai ouvert à nouveau les yeux, j'étais envahis par une joie profonde et l'ultime conviction que nous allions vivre, ce soir, un des plus beau moment de notre vie.


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Jeudi 4 juin 11hr30

Je suis au désespoir, ma connexion internet ne marche plus depuis 9hr30. Ce matin, vers 7hr00 j’ai juste eu le temps de lire le courriel d’Emily et celui de Marie-Christine qui répondait à celui envoyé un peu plus tôt. Je prend le temps de leur répondre avant de me recoucher pour compléter ma nuit et à mon réveil, vlan… plus rien. Plus aucun moyen de partager avec vous mon stress ou ma confiance par rapport à ce soir. Pas moyen de me délecter de vos petits mots chaleureux. Et je me sens immensément triste de ne pas pouvoir lire avant ce soir les courriels plus personnels envoyer à certaines d’entre vous. Certains étaient attendu depuis un jour déjà. Pas moyen de savoir si ils sont là à m’attendre.

Je me sens vraiment comme un toxicomane qui n’a pas eu sa dose de…

J’ai dû me rabattre sur mon gazon, c’est Benoît qui va être fier de moi. Entre chaque étape, je venais vérifier internet. J’ai même eut le temps de passer le taille bordure partout… Pas d’internet ! J’ai fais une lessive… pas d’internet. Le lave-vaisselle… pas d’internet. Désespéré, je vous dis.

Me rabattre sur le téléphonne, c’est pas mon truc ! Et mes numéros sont quelques part dans mes courriels qui sont quelque part chez Yahoo, quelque part sur internet qui n’existe plus pour moi !

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Vendredi, 4hr00, encore le matin. Je pense à nos premières fois.

C’était la première fois que je me sentais si nerveux en entrant au théâtre. Je me sentais si sensible, avec une atroce envie de pleurer, incompréhensible. Comme si je me sentais coupable, coupable de tout ce que j’allais faire de travers dans les prochaines heures… Cette émotion a atteint son maximum quand j’ai sentis que j’avais créé un vent de panique chez une amie qui ne méritait pas ça, en parlant de nos problèmes de casting pour une prochaine représentation.

C’était la première fois que j’avais autant envie de serrer dans mes bras autant de personne en même temps. Et paradoxalement, de me laisser bercer dans une ou deux paires de bras seulement, plus rassurantes que les autres. Comme pour me faire pardonner d’avance et me faire rassuré que, quoiqu’il advienne, nous resterons amis.

Première fois que j’éprouvais une telle envie de m’isoler des autres, de me rouler en petite boule dans un coin du théâtre, en espérant qu’on m’oublie.

Première fois où, coucher sur le sol, les bras en croix, au milieu de la scène, j’essayais de prendre contact avec les fantômes du théâtre. Première fois donc où mes angoisses furent absorbées par des planches légendaires (vingt ans d’expérience, ce n’est pas rien…).

Première fois aussi où, seul sur la scène, je récitais mon texte sur de vieilles chansons de cabaret qui passaient à la radio. Première fois où je chantais avec un ami, The rising sun sur un air de chanson française qui nous étaient complètement inconnu.

C’était la première fois qu’on entendait rire de nos blagues, et que ça ne venait pas de nous. Première fois que je suais devant autant de personnes en même temps. Première fois que j’étais transporter par la foule. Première fois qu’un certain Ramon se sentait aussi hystérique. Première fois où je me retrouvais nez-à-nez avec un public attentif à tout ce que je faisais ou je disais. Première fois où je voyais une perruque se détacher d’une tête aussi facilement et une bourse se détacher d’une ceinture aussi difficilement. Premiers cafouillages, premières hésitations, premiers oublis devant autant de yeux et d’oreilles.

Première fois aussi que pendant de brefs instants répétitifs, j’ai sentis un réel bonheur, un plaisir fou de jouer tous ensemble pour de vrai, live, devant notre premier vrai public. C’était jouissif !

C’était aussi nos premières félicitations, nos premiers remerciements…

Puis après tout cela, mon premier sentiment de vide, d’être vider complètement de tout ce qui bouillonnait en dedans. Avoir de la difficulté à rester cohérent, sentir la fatigue me gagner comme pour la première fois. Jamais une poutine n’aura été aussi nécessaire pour combler un vide.

Première fois où je dormais immédiatement en touchant mon matelas après un soir de théâtre. Première fois où je dors aussi bien depuis deux semaines.

Vous avez devinez, c’était notre première hier soir…
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Vendredi, 6 juin 8hr00 (j'écris un courriel).
Salut groupe !

J'avais envie de partager avec vous les commentaires que ma femme m'a dit ce matin à propos de notre première. Elle n'est pas une experte, mais je pense qu'elle a un bon jugement et fait des commentaires très lucides (après tout, elle m'a marié !).

Évidemment, elle a été absolument conquise par le jeu époustouflant d'un certain Vincent et d'un certain José (lucide que je vous disais!). Nous étions beaux à voir nous donner la réplique dans Cyrano. Très touchant parait-il.

Elle a sentie que nous avions beaucoup de plaisir à jouer ensemble. Elle a particulièrement remarqué le jeu très à l'aise de Benoît, dans tous ces rôles, et elle a bien hâte de le revoir plus tard dans son rôle de Robert, car elle pense qu'il peut aller encore plus loin avec ce personnage truculent (il ne devrait pas se gêner de se laisser aller...). Elle était bien heureuse de mettre enfin des visages à tous ces noms dont je lui parle régulièrement. Et comme moi, elle partage mon opinion (très lucide) que Cindy est terriblement... sexy ! Et excellante dans son jeu, autant en fausse maîtresse, qu'en bouquetière aux petits airs naïfs, qu'en serveuses un peu niaiseuse (elle a remarqué le ton de voix et l'aspect plus niaiseux du personnage, pas de Cindy!). Elle a trouver qu'Hélène était très crédible en vielle grébiche, qu'Annie avait assez bien réagit à la perte de sa péruque (plusieurs portait des perruques à l'époque, ça devait bien leur arriver quelques fois, non... ), que Yvon jouait bien son rôle d'auteur en mal d'inspiration, mais qu'il devrait peut-être regarder plus souvent ce qu'on fait sur scène comme si il visualisait tout ça (c,est drôle, j'ai déjà dit ça il me semble, que de lucidité je disais...). Elle pense que nous avons mal évalué l'effet Dildo sur les spectateurs et elle m'a donné une idée de comment réagir en tant que Ramon (en me faisant comprendre, à demi-mot, que ça ne sert à rien que j'essaie de rivaliser avec des Dildos de cet ampleur... finalement, elle n'est peut-être pas si lucide que ça!). Dernière observation, elle était surprise que l'on soit, à peu près tous (exception faites du début du spectacle, dans les premières paroles de Danielle), bien audible du fond de la salle; ce qui est plutôt rare dans les spectacles amateurs (et dieu sait qu'elle en a vue des spectacles amateurs en partageant sa vie avec un certain Vincent).

Comme vous voyez, il y a beaucoup de bon à dire en tant que spectateur. Les gens qui l'accompagnaient, ou qui étaient proche d'elle, semblent avoir beaucoup apprécié le spectacle. Ça promet pour les prochains ! Elle va revenir plusieurs fois encore avec, elle le pense, un plaisir renouvelé. Elle ne manquera pas la dernière qui devrait être fantastiques !
Que de lucidité !

À ce soir les amis.

José (qui s'est levé encore tôt, ce matin, 3hr00, et qui ne pourra pas se recoucher avant une bonne heure encore).

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Vendredi, 6 juin, 15hr00 (j'écris un autre courriel).
Nerveux, moi, non! Mon anxiété d'avant la première s'est transformé. Maintenant je... Maintenant... mais je vais être frénétique et fulminant. Il me faut une foule entière à séduire et à faire rire. J'ai dix coeur, j'ai vingt bras. Il ne peut me suffire de conquérir Chambly... Donnez-moi l'Olympia de Paris !
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Samedi, 7 juin, 12hr30 (je reçois un courriel).
Bonjour groupe. En cette journée de canicule, (faut dire que j'haïs la chaleur au plus haut point), et comme les soirs de représentations je n'ai pas nécessairement le temps dire ce que je voudrais dire, bousculé par le tourbillon d'une représentation au café-théâtre, je me permets de vous dire à quel point vous pouvez tous et toutes être plus que fiers du travail accompli. C'est simplement GRANDIOSE.
Le défi était de taille, imposant, impressionnant. Vous le relevez de façon incroyable. Et, en deux représentations, j'ai acquis cette certitude que vous ne pourrez que vous améliorer encore plus au fil des représentations. Les détails, aussi insignifiants soient-ils, genre une mimique, un geste, une réaction, une attitude, une nuance sur un mot, une expression, font que ce show-là est de plus en plus exceptionnel. Et pourtant, je me connais, je ne suis pas du genre à lancer les qualificatifs à coups de grands mots comme incroyable ou exceptionnel. Vous commencez à vous dépasser, à vous surpasser, à me dépasser. Il ne faut juste pas s'asseoir sur ce que l'on fait de bon. Il faut juste penser à faire plus encore, mieux encore. Enfin bref, vous êtes partis pour "dépasser l'impossible".
Et on continue. J'ai hâte à ce soir.
Michel.