jeudi 17 avril 2008

Renouveau prioritaire

Avec le beau temps qui arrive, enfin, j’ai ouvert mes fenêtres cette semaine. Que de joie de humer l’air doux d’avril et d’ouïr le chant des oiseaux amoureux. Paul Piché a raison de chanter qu’on ne vie rien qu’au printemps, cette année encore plus. J’ai toujours préféré l’hiver à l’été (il y fait trop chaud) mais cette année j’avoue avoir eu assez de neige pour mon argent. Ça suffit ! Vive le beau temps ! « Heureux d’un printemps qui me chauffe la couenne… »

Mais le beau temps amène son lot d’irritant qui me fait déjà anticiper un été d’irritations constantes… les maudites tondeuses, coupe bordure, souffleuse de feuille, machine à pression pour jet d’eau super puissant… Que de bruits inutiles… surtout quand le voisin semble faire ça tous les jours. À le voir frotter, laver, couper, gratter, la moindre parcelle de sa maison et de son terrain, quand ce n’est pas le périmètre de sécurité qui s’étend jusqu’au milieu de la rue ou sur mon propre terrain, je deviens fou ! Je n’arrête pas de me dire qu’ils n’ont rien de mieux à faire… qu’ils n’ont pas de vie quoi ? Ou je me demande s’il mettent leur priorité à la bonne place. Chaque été, c’est la même chose.

Et avec le beau temps, c’est le retour des enfants qui crient dans la rue, qui gossent à donner des coups de bâton sur les poteaux, qui se bousculent, qui se tiraillent, qui pleurnichent, etc. Autres irritants naturels du beau temps.

Hier, j’ai assisté à une scène, hélas, répétée trop souvent. Un enfant, avec son bâton de hockey et sa balle, essayait, tant bien que mal, de jouer tout seul avec le mur. C’était d’un pathétisme remarquable : aucun rire, aucun signe de joie, de fierté ou d’amusement quelconque. Un peu plus puis j’allais jouer avec lui, par pitié… Mais, Ô Surprise ! Son père a finit par sortir avec, lui aussi, une sorte de bâton à la main. J’étais soulagé, jusqu’à ce que je me rende compte que c’était… une pelle !

Et voilà que le garçon s’anime enfin. Sa tête se relève, il bouge davantage, sourit à son père, rie même pour exprimer sa joie de le voir et lui crie fièrement : « regarde papa comment j’ai un tir puissant »… Et le père qui daigne le regarder, répond un « oui » pas très convainquant, trop occupé à enlever de la neige, sur son gazon, pour la jeter au milieu de la rue.

Que de belle priorité, faire fondre de la neige plus rapidement pour pouvoir gosser plus vite sur son gazon, pendant qu’à côté de lui c’est l’estime de soi de son garçon qui fond au soleil…

C’est un exemple parmi tant d’autres où les priorités individuelles (j’imagine qu’il aime ça pelleter de la neige en avril) ou celles reliées aux pressions sociales (il faut bien qu’il arrange son terrain pour qu’il soit au moins aussi beau que celui de son voisin) passent avant les priorités relationnelles parentales. Après cela on se demande pourquoi les ados ne veulent plus nous parler : si on n’est pas capable de le faire à 9 ans faut pas s’attendre à des miracles à 15 ans.

Personnellement, je suis fière d’avoir mis mon énergie et mon temps à porter attention à mon enfant, à jouer avec lui, à l’écouter vraiment… Je récolte maintenant des heures entières à écouter mon fils me raconter sa journée, sa semaine, sa vie…

* * * * * *
Suggestion pour les parents qui ont été interloqués parce que je viens de dire : essayer de consacrer un vrai 20 minutes par jour à votre enfant. Un vrai 20 minutes veut dire : passer 20 minutes dans l’univers de votre enfant.
Choisissez un moment ou il est en train de jouer tout seul, approchez vous et demandez-lui si vous pouvez vous joindre à lui. Attendez qu’il vous offre un rôle dans son jeu. Laissez-vous guider pour commencer. Vous ne devez pas prendre le contrôle du jeu. Vous pouvez décrire simplement ce qu’il est en train de faire pour lui montrer ce que vous comprenez de ce qu’il est en train de faire. Vous pouvez le faire comme un commentateur sportif, l’important c’est d’être dynamique et enthousiaste.
Éviter de questionner l’enfant car il a souvent l’impression de devoir justifier ce qu’il est en train de faire. N’oubliez pas que vous êtes dans son monde : les dinosaures peuvent bien voler et le super spiderman en moto que vous lui avez offert à Noël peut bien devenir une moissonneuse batteuse… Mettez de côté votre rôle d’éducateur, d’enseignant, de prof ou de moralisateur professionnel. Vous êtes là pour vivre un moment spécial, relaxant, agréable, dans un nouveau monde à découvrir…
Puis de temps en temps, offrez à votre enfant des commentaires positif, pour souligner comment c’est agréable de jouer avec lui.

Songer que chaque tentative que vous réussissez est une graine que vous avez semée. Puis imaginez-vous la prochaine récolte… vous ne le regretterez pas.