dimanche 21 décembre 2008

Jouer (acte 6: hommage à une mère des bas-fonds)

Eh oui ! Encore une fois, votre humble serviteur monte sur les planches du Café-Théâtre de Chambly… C’est reparti pour 14 représentations, du 9 janvier au 21 février 2009. Et j’ai encore la chance de jouer un rôle de taille – je sais, j’ai le casting pour jouer des rôles de taille (XXXL) – et de partager la scène avec mon fils – la scène est assez grande pour deux vedettes telles que nous… :)D

Ce texte se veut un rappel, pour que vous ne manquiez pas de venir nous voir pour vous divertir et nous encourager. Parce que sans vous, cette aventure n’aura jamais la même saveur… le même sens… Pour moi, ce texte a aussi un autre sens, celui d’un hommage à ma mère, parce qu’en lisant la pièce des Bas-fonds, j’y ai reconnu un milieu familier et des personnages que j’ai côtoyés quand j’étais enfant, et en interprétant Louka, j’y ai découvert de grandes similitudes avec ma mère, une mère des bas-fonds.

* * * * *
LES BAS-FONDS
de Maxim Gorki
Mise en scène de Jean-Alexandre Côté
Assisté de Lucie Éthier

Avec, la vraie distribution :

José St-Louis, Francis Chaput, Daniel Boutin,
Jean-François L'Allier-Roussin, Vincent Michaux-St-Louis,
Patrice Gallant, Chantal Reichel, Kevin Turcotte,
Éliane D'Anjou-Dumas, Marc-André Lapointe,
Grégoire Cloutier, Krystiane Hamel, Annie Lampron,
Joël Hogue, Martin Leduc, Émily Gervais, et Nicolas Beauchemin.

Dans une maison de chambres, des gens paumés, des gens de la rue, tentent d'oublier leur condition de misère en s'appuyant les uns sur les autres. L'arrivée de Louka, un pèlerin plein de bonté, leur fera voir une dimension de la vie qui ne sera pas partagée par tous. Une pièce dure, jouée dure.

* * * * *

D’une certaine façon, je viens des bas-fonds… Bon, d’accord, disons que j’exagère quand même un peu… à peine. Ma mère, veuve avec trois enfants sur les bras, était plutôt pauvre. Elle avait beau s’enrichir aux frais de l’état, comme disent certains – elle était sur le BS ! – et voler des jobs à d’autres en travaillant au noir, – elle faisait des ménages plusieurs jours par semaine – elle avait de la difficulté à rejoindre les deux bouts et notre vie était plutôt modeste.

Je me souviens que chez nous, les murs étaient jaunis par le temps – j’y ai vécu 20 ans et je pense que ça n’a été repeint qu’une seule fois. C’était des vieux murs avec une espèce de toile peinte et tapissée à plusieurs reprises, bien avant nous, qui recouvrait le plâtre. Je me souviens aussi qu’à force de frapper dessus, le plâtre s’égrainait et tombait entre les cloisons, et que le mur devenait comme tout souple, presque mou au toucher, sans vraiment céder… Je me rappelle aussi m’être lavé dans une cuvette, une espèce de grand évier dans le shed, près de la fournaise qui puait le mazout, parce que le bain était monopolisé par quelqu’un d’autre. Il faut dire qu’il y avait toujours plein de monde chez nous.

Mon royaume d’enfant et d’adolescent était peuplé de cette faune typique des bas-fonds : des cousins et leurs amis qui venaient se dessaouler chez nous ou se faire tirer aux cartes, – autre source de revenu pour ma mère – des étrangers rencontrés je ne sais où, des enfants immigrés que ma mère gardait en attendant qu’on leur trouve une place plus appropriée, une famille complète de voleurs qui repartait, chaque fois, avec nos jouets plein les poches, – la mère aussi, merde ! – des marxistes-léninistes qui traçaient les plans de leur prochaine révolution prolétaire, et – un peu plus tard – de jeunes délinquantes que mon frère ramenait à la maison pour leur éviter le centre d’accueil, des chums toxicomanes que d’autres parents avaient foutu à la porte… Ma mère les accueillait tous, sans exception, en se disant, probablement : « Est-ce qu'on abandonne ainsi un être humain ? Quel qu'il soit, il vaut toujours son prix.* »

Comment parler des Bas-fonds sans penser à ma mère. Elle y a vécu toute sa vie et y nageait comme un poisson dans l’eau. Elle souriait toujours, malgré tout, malgré la pauvreté – « vaut mieux être pauvre et en santé, que riche et malade » – malgré les risées – « quand on ne vaut pas une risée, on ne vaut pas grand chose ! » – malgré le manque de moyen pour nous nourrir – « une banane équivaut à un steak ! » – ou nous habiller – « l’habit ne fait pas le moine ! ». Elle était imperturbable, il n’y avait rien à son épreuve, rien pour lui enlever l’espoir d’une vie meilleure, son amour de la nature ou sa foi en l’homme…

Si elle pleurait, c’était en cachette, comme dans la Lune pleure d’Okoumé :

Alors elle dit tout va bien
Elle n'a pas peur de s'enfoncer plus loin
Alors elle pleure et dans ses yeux
Une lueur plus brûlante que le feu

Pourtant, je vous jure qu’elle vivait, parfois, comme une misérable : elle faisait des bouillis de bœuf et de légumes pour nourrir tout le monde et se contentait de tartines de margarine et d’oignon cru ; elle préparait des chambres pour les invités ou improvisait des lits de fortune avec les sofas et les chaises pour nos visiteurs inattendus et elle se contentait de dormir dans la cuisine, à même le sol, devant le four ouvert – « Pour un vieux, la patrie, c’est là où il fait chaud.*
»

Comment ne pas m’inspirer d’elle pour jouer Louka : petit, je la voyais forte, comme la Femme forte de l’évangile, et un peu plus tard, altruiste, comme Mère Thérésa, mais surtout, elle était profondément humaniste, comme je le suis devenu, je pense. Et elle disait souvent – en ses propres mots – comme Louka : « L'homme peut tout, il n’a qu'à vouloir.*
»

C’est grâce à elle que j’ai fini par sortir des bas-fonds, même si elle, paradoxalement, elle y est restée, pour continuer de prendre soin de tout le monde… pour poursuivre sa mission. Elle m’a poussé hors de ce milieu, consciemment ou inconsciemment peut-être, en nourrissant mon esprit d’idées farfelues, en stimulant mon monde imaginaire et ma créativité, en me faisant découvrir un univers merveilleux, à travers les livres… Elle se débrouillait pour que j’aie accès à des encyclopédies comme « Tout connaître » ou « L’histoire du monde »… Et j’ai découvert par la suite les aventures de Bob Morane, les récits fantastiques de Jules Verne, Agatha Christie, Victor Hugo, Nelligan… Et j’ai tout de suite aimé l’école. Aimé apprendre, étudier, pour accéder à un peu plus que ce que les bas-fonds pouvaient m’offrir… Je m’en suis sorti, comme elle l’espérait pour moi. Pas en devenant tellement plus riche, ce n’était pas ça le plus important finalement, mais en devenant plus ouvert… Ouvert, disposé, prêt à vivre autre chose… Plutôt que de tourner en rond et de rester dans ma petite misère comme plusieurs autres se sont résignés à le faire.

C’est ce que Louka tente de faire dans les Bas-fonds. Apporter à tout le monde l’espoir d’une amélioration de leur condition humaine. Mais, comme dans l’Allégorie de la Caverne de Platon, une fois qu’on a vu la lumière, peut-on survivre à un retour dans la caverne ? C’est un peu la question que Gorky nous pose dans son drame, à laquelle il nous donne plusieurs réponses. Chaque personnage a sa propre façon de réagir à l’influence de Louka qui fait miroiter la lumière au bout du tunnel.

Quel beau personnage ! Quel petit vieux sympathique ! Quel beau rôle à jouer. Je me sens privilégié de pouvoir l’incarner et j’espère bien être à la hauteur. Pour l’instant, ça reste un rôle de composition, car même s’il ressemble à ma mère et que la pomme n’est pas tombée très loin de l’arbre, je dois travailler fort pour rendre toute cette sagesse et cette force dont il est capable… C’est un rôle qui me tient à cœur parce qu’il est porteur d’espoir et de sens, deux notions qui font cruellement défaut dans notre vie moderne. Et en plus, – comment ne pas l’admirer – il agit essentiellement comme un bon psychologue, qui écoute, compatit, reflète, provoque, suggère, encourage et pousse à l’action et à l’auto-développement tous ceux qu’il croise sur son chemin… Il ne montre pas nécessairement la direction à prendre mais il pousse à en prendre une, à faire des choix...

C’est fou comme le théâtre me fait voyager au cœur de moi-même. En tant que novice, je me trompe peut-être, mais à date, chacun de mes rôles me fait redécouvrir des facettes de moi-même. Louka m’a rebrancher à mes origines basfondesses, m’a fait penser à ma mère et à ce qu’elle m’a légué de plus précieux : un optimisme fondamental qui me pousse à faire confiance à la vie en général et à l’être humain en particulier, même si je sais que ce dernier est capable du meilleur et du pire.

* * * * *

Je vous invite donc, cher lecteur de ce modeste blog, à venir voir ce très beau drame russe avec l’esprit ouvert… C’est une pièce dure, jouée dure, comme on dit dans le synopsis. En fait, monter cette pièce a presqu’été aussi dur que l’ambiance de la pièce elle-même. C’est un vrai drame, comme celui qui nous est tombé dessus tout au long des répétitions : sept personnes ont dû abandonner leur poste, un record absolu au café-théâtre, pensons-nous… Mais sept autres comédiens et comédiennes se sont joints à nous pour relever le défi avec brio. Je suis fier du travail accompli et j’ai hâte de jouer devant vous, avec mes 16 comparses « basfondeurs ». Je vous promets une soirée pleine d’émotions, de frissons et de réflexions qui vous habiteront longtemps après la représentation. Les Bas-fonds, c’est un drame dur et beau, comme on n’en voit plus souvent. C’est une réflexion profonde et touchante sur l’homme et le sens même de son existence…

Qui sait ? Peut-être y trouverez-vous, comme moi, l’inspiration… Peut-être découvrirez-vous plusieurs autres Louka autour de vous, qui agissent comme autant de phares pour guider les marins égarés…

Car parfois, « Au cœur de la nuit, on ne voit pas de chemin…»*
____________________
* Maxim Gorky, Les Bas-fonds, acte 1 et 2 (pp 19, 20, 30 et 38).


lundi 15 septembre 2008

L'accident

C’était un vendredi, un peu pluvieux, comme tant d’autres. Sur la 227, une route que je prends plusieurs fois par semaine pour aller chercher mon gars à St-Hyacinthe. Je passais donc dans le petit village de St-Jean Baptiste pour une millième fois. Je roulais à 50 km heure environ, je venais d’entrer dans le village.

J’étais de bonne humeur malgré mes questionnements existentiels habituels. Cette fois là, je me demandais comment les gens arrivaient à optimiser leur temps. J’ai toujours le temps de penser que je n’ai pas le temps de faire tout ce que je pense que j’aimerais avoir eu le temps d'avoir fait… Et en particulier, quand on a beaucoup d’amis, comment réussit-on à passer un peu de temps avec chacun d’eux ? Doit-on faire des rotations à toutes les semaines de façon à ne pas s’ennuyer trop longtemps de l’un ou de l’autre ? C’est quoi une fréquence normale de rencontre ? Est-ce pareil pour tout le monde ? C’est quoi la longueur de temps maximal qu’on peut passer sans se voir et se considérer encore comme des amis ?

J’en étais là de mes réflexions quand la chanson Espérer de Michel Sardou a commencé. Et, je me suis dis que je m’en faisais trop pour rien, comme d’habitude. J’ai même pensé à une amie qui vit un deuil très difficile présentement, en me disant que si elle pouvait retrouver l’espoir, alors moi…

« Espérer, parce que la terre est belle
Quand une étoile s'éteint, elle n'éteint pas le ciel
Espérer, et encore et encore
A fatiguer la mort, à la faire hésiter… »

Ça m’a fait penser à mes propres deuils et à l’espoir que j’ai, qu’un jour, ils ne m’affectent plus autant. J’étais en train de me dire, que la vie était tellement belle. Avant d’entrer dans le village, je me souviens d’avoir pris le temps de regarder les champs, les arbres et le ciel et de m’être dit : « Que c’est beau la vie. Que ma vie est belle. Mon Dieu que la vie me gâte, me comble, m’aime à travers toutes ces autres petites âmes qui me côtoient… »

J’étais en train de me dire que j’étais chanceux d’avoir une femme aussi merveilleuse, un gars aussi fantastique et des amis aussi agréable à fréquenter… et je chantais avec conviction Espérer quand, soudain, se produisit l’accident...

Vous savez ce que c’est : on dirait vraiment que tout se passe au ralenti. Je l’ai vu surgir de derrière un VUS et je me disais simplement, comme ça : « mais il va bien freiner, il voit bien que je suis là… mais non… mais qu’est-ce qu’il fait le con, il va me rentrer dedans l’imbécile !!! » J’ai eu le temps de passer qu’à moitié ; il m’a percuté la porte arrière du côté conducteur. Sous l’impact, la voiture a fait un 180, et je me suis retrouvé en sens inverse, dans l’autre voie… heureusement, aucun camion n’arrivait de par là à ce moment là. Trois secondes de trop et il aurait frappé ma porte avant, une minute trop tôt et nous nous serions fait ramasser par une van. Encore une histoire de temps.

Et la chanson tournait toujours : « Espérer, parce que tu es en vie, même si t'as pas choisi, ni l'endroit, ni le jour… »

Je me suis senti un peu secoué, mais pas au point d’être blessé. Il venait de faire son Stop, selon ce qu’il a dit, et il s’était engager sans me voir venir. J’étais un peu trop stressé pour bien analyser la situation. Mon réflexe a été d’appeler la police tout de suite. Mais j’avais de la difficulté à être entièrement cohérent avec la personne au bout du fil, j’étais sous le choc. Un témoin est venu me dire que c’était un jeune complètement gelé qui était dans l’autre voiture. Le jeune à casquette est venue s’excuser et s'assurer que je n’avais rien… il sentait le pot ou la cigarette, mais semblait navré et nerveux lui aussi.
J’aurais aimé pouvoir me dire, à ce moment là, que c’était l’un de ces espèces d’imbéciles imprudents qui pensent que la route est une piste de course… mais non, c’était un jeune homme ordinaire qui traversait la rue pour aller chercher sa mère à l’école d’en face, comme il le faisait, presque à tous les jours, à 17hr00, l’heure de pointe au centre-village de St-Jean Baptiste, près de l’église et du Métro.

Ma porte arrière était défoncée, le pare-choc arrière déglingué et la roue arrière défaussé… Pas moyen de reprendre la route. La police a fait son rapport, la dépanneuse a ramené ma voiture au garage et ma femme et mon fils sont venus me chercher, tous les deux inquiet pour moi. Mais j’étais en un seul morceau, rien de grave : que de la tôle froissé comme on dit, et un paquet de retard et de démarches à ajouter dans la liste des choses qu’on se demande s'il nous reste encore du temps pou les faire…

À un moment donné, je me suis permis de pleurer un peu, pour laisser le stress s’évacuer… Même si l’accident n’était pas grave, ça m’a fait ressentir à quel point la vie est fragile et à quel point je tiens à cette vie. C’est pas comme l’autre con que j’ai vu un peu après l’accident qui faisait spinner ses pneus dans l’eau en zigzaguant à la même intersection que moi… Il me semble qu’il aurait mérité plus que moi de se faire rentrer dedans celui-là. Lui, il n’avait pas l’air de tenir à cette vie plus qu’il ne le faut… alors pourquoi moi ?

J’ai cherché un sens à cet accident banal. C’est comme si le Bon Dieu m’avait rappelé à l’ordre, comme s’il me donnait un avertissement : « Tu vois, n’importe quand, je peux t’enlever la vie, comme ça, en claquant des doigts… alors arrête de la gaspiller à t’en faire pour rien et vis la « calibouaire » – contraction de calice et ciboire avec l’accent québécois que le Bon Dieu a quand il veut bien se faire comprendre par les indigènes locaux… » Autre sens possible : avec un peu de chance, ça va me permettre de changer de voiture et d’éviter tous les problèmes qui allaient commencer à sortir après 8 ans de loyaux services…
Mais si en réalité, cela n’avait pas de sens spécial : cela arrive, un point c’est tout. C’est ça la vie ! C’est un bug dans notre journée, on se réajuste, on s’adapte et on continue à vivre…

Je ne sais plus quoi en penser…

Une chose est sûre, c’est que sans cet accident, je n’aurais peut-être pas su quoi vous raconter aujourd’hui. Autre certitude : je suis soulagé d’être encore en vie, en partie, parce que ça me permet de partager une autre de mes petites expériences personnelles avec vous…
Vous tous – certains plus que d'autres – qui me rendez tellement heureux de vivre !

vendredi 29 août 2008

Je n'ai pas envie des "il faut"

Une des distorsions cognitives (ou erreurs de pensée) la plus courante est sûrement celle de toujours motiver nos actions par des impératifs : il faut que je… ; je dois absolument faire… ; je devrais… ; je n’ai pas le choix de faire… ; etc. À la longue, cette façon de penser nous enlève le moindre plaisir qu’il pourrait y avoir à faire certaine chose. En fait, on se retire à soi-même le plaisir et le droit de choisir volontairement ce qui nous ferait du bien. On perd notre liberté, on finit par se soumettre à des obligations qu’on n’a pas réellement choisies ou qui ne font plus de sens pour nous.

Certains diront que c’est normal, que personne n’a envie de faire son ménage mais qu’il faut le faire quand même. Moi, je dirais que, si on n'aime pas faire son ménage, c’est parce qu’on le fait par obligation. Car si on a des motivations plus pertinentes pour faire son ménage, on le fait avec plaisir. Se dire « j’ai envie que mes amis se sentent bien chez moi » est une motivation beaucoup plus efficace que de se dire « il faut absolument que je fasse mon ménage avant que le monde arrive ». Je joue juste sur les mots ? Peut-être, mais ce sont ces mots qui vont donner du sens à nos choix.

Faire quelque chose qui n’a pas de sens, autre que parce qu’il faut le faire, est bien plus épuisant et déprimant qu’on ne le pense; c’est une des premières causes du « burnout ». Sans entrer dans les détails du processus, disons que c’est comme si vous donniez le pouvoir à une espèce de petit tyran intérieur qui vient vous forcer à faire certaines choses, souvent contre votre gré. À la longue, vous allez vous comporter comme un véritable esclave, soit complètement soumis (la dépression), soit totalement révolté (la rébellion). Et peut importe le résultat, au bout du compte, vous ne serai pas plus heureux : obéir au chef de la rébellion sans tenir compte de ce qu’on a réellement envie n’est pas mieux que de se soumettre à notre tyran. C’est changer un « il faut » contre un « je dois »… Arrêter de motiver nos actions par des impératifs n’a rien avoir avec « faire le contraire de ce qu’il faut ». Parfois, « faire ce que j’ai envie » va correspondre, à peu de chose près, à « faire ce qu’il faut ».

Une cliente m’a dit un jour : « Voyons donc, ça ne marche pas de même ! Quand ton bébé pleure parce que sa couche est pleine, il faut bien la changer !!! » Et moi de lui répondre : « Non ! Tant que tu n’es pas capable de dire j’ai envie de la changer, ne la change pas… Mais je te jure qu’après un certain moment, tu vas avoir envie de la changer !»

« Chuis fatigué de devoir,
fatigué d'entendre tout l'monde me dire
Comment respirer, comment j'devrais agir
J'ai envie de r'trouver c'que j'étais,
tout de c'que j'voulais devenir
R'trouver la sainte paix
juste une bonne fois pour de vrai »

Est-ce que cette chanson de Kaïn (Embarque ma belle) vous parle autant qu’à moi ? Pas étonnant qu’aussi-tôt avoué, il suggère à sa belle de partir, de se libérer de tous ses il faut…

« Awèye embarque ma belle, j't’amène n'importe où
On va bûcher du bois, gueuler avec les loups ouais...
J'veux jamais t'entendre dire jamais
Ma vieille Volks m'appelle, viens donc faire un tour
On va faire les fous on va faire l'amour
Pis j'te jure qu'on va vivre vieux
»

Effectivement, se libérer des impératifs peut être un gage de longévité.

Et où en est l’autodiscipline dans tout ça ? Car certains confondent « soumission aux impératifs » à « discipline personnelle ». On en a autant besoin, sinon plus. Ça prend beaucoup de discipline pour assumer ses choix complètement et tout faire parce qu’on en a le goût, par ce qu’on l’a réellement choisi, parce qu’on répondait à notre envie personnelle. C’est très difficile de s’assumer complètement, d’être fidèle à soi-même, d’être authentique, d’être responsable de ses besoins, d’affirmer ce qu’on pense et ce qu’on ressent. Au début, faut se pratiquer maladroitement, faut peut-être même exagérer un peu, en changeant volontairement notre discours extérieur pour que le discours intérieur change vraiment. À force d’essayer de dire, pour motiver tout ce qu’on fait, « j’ai envie », « j’ai le goût », « j’aimerais que », « j’ai fais le choix de », on va finir par découvrir nos véritables motivations dans la vie et se réapproprier le contrôle de notre vie ; ce n’est pas de l’autodiscipline ça ?

* * * * *

Exercice 1 : « J’ai envie » de quoi aujourd’hui ?

Pour changer les impératifs en choix, c’est pas mauvais de faire une liste de nos envies. Une fois par jour au début, de temps en temps par la suite. Essayons voir :

Aujourd’hui j’aimerais, je voudrais, j’ai le goût de , j’ai envie de :
  • Recevoir un bon massage
  • Écouter mon fils me raconter sa journée
  • Recevoir des nouvelles de Cindy (je n’ai pas de contrôle là-dessus, mais j’ai le goût; par contre, si j’en ai tellement envie, je peux la solliciter…)
  • Apprendre un peu plus le texte de Louka pour les Bas-fonds
  • Faire une petite sieste près de ma fenêtre
  • Jouer encore au badminton avec Marie-Pascale, Vincent, Marcel, Yvan, Sandra, Mika, Donald, Véronique, Cindy et les autres… (je devrai attendre à demain mais j’ai déjà le goût)
  • Battre Marcel au badminton (ça fait longtemps et je devrai probablement attendre encore longtemps, mais j’ai toujours le goût)
  • Parler à Benoît (mais ça aussi ça va attendre demain et dimanche, on aura l'occasion de le faire en masse)
  • Écrire quelque chose, juste pour le plaisir (c’est ce que je suis en train de faire)
  • Faire l’amour (Encore ! Oui, tous les jours… on est obsédé ou on ne l’est pas)
  • Regarder la suite de Kaamelott (on vient de finir la saison 5 et on panique un peu parce qu’on se demande si la saison 6 existe déjà…)
  • Prendre un bon bain chaud en lisant un bon livre
  • Trouver un bon livre à lire
  • Lire autre chose de Wajdi Mouawad (ça fait trois fois que je lis sa pièce Incendies et elle me bouleverse toujours autant)
  • Écrire un premier dialogue de la pièce de théâtre que j’essai d’écrire
  • C’est tout je pense… le reste sonne trop comme des « il faut »

* * * * *

Exercice 2 : Qu’est-ce que j’aimerais qu’il soit fait ?

Parfois on a envie que quelque chose soit fait mais on n’a pas envie de le faire. J’ai tendance à dire qu’il faut attendre d’avoir envie de le faire avant de le faire, mais il y a une autre stratégie qui peut nous aider. On peut se dire : « j’ai envie que cela soit fait parce que… » On énumère alors les vraies raisons derrière cette envie. Par exemple : « J’ai envie que mon ménage soit fait parce que j’ai envie que mes visiteurs se sentent bien chez moi et parce que je pense que présentement, entre les crottes de la perruche, les mouchoir qui traîne, la porte d’armoire non réinstallée et les vêtements non rangés, ils auraient de la misère à circuler librement». Ce genre de verbalisation va finir par se transformer en « j’ai envie de faire mon ménage » parce que je sais exactement pourquoi je le fais, c’est à dire pour une autre envie qui est très personnelle.

Voici ma liste de « j’ai envie que ce soit fait » pour aujourd’hui, il me reste à trouver mes raisons pour transformer cela en « j’ai envie de faire… » (me connaissant, ce n'est pas demain la veille) :

  • Tondre mon gazon
  • Arracher des mauvaises herbes
  • Poser ma porte d’armoire
  • Poser ma plaque de numéro civique (ça fait deux ans que l’adresse est indiqué sur un bout de papier collé)
  • Téléphoner ma masso pour prendre un rendez-vous
  • Prendre un r-v chez le dermatologue aussi
  • Téléphoner des nouveaux clients pour leur donner un r-v
  • Finir un court rapport synthèse et le poster à un client
  • Faire des changements sur mon site qui décrit mes services professionnels
  • Vider complètement mon bureau de Marieville que je n'occupe plus à partir du premier septembre
  • Aménager l’ancienne chambre de mon fils en bureau plus fonctionnel pour mon travail à la maison et mes projets créatifs
  • Monter dans ce bureau : filière, table à dessin, boîte de dossiers et de matériel…
  • Réaménager le sous-sol en un atelier pour ma femme et une salle familiale pour mon fils
  • Passer l’aspirateur partout
  • Poser des cadres (mes propres œuvres) dans ma chambre
  • Scanner et rééditer le texte des Bas-fonds pour faciliter sa lecture
  • Finir de lire tous les documents nécessaire à ma compréhension d'une OBNL
  • Faire une mise à jour complète de mon site de M. Psytami
  • Dessiner une nouvelle planche de la BD de M Psytami
  • Voir Sébastien pour comprendre comment il dessine avec ses gadgets électroniques
  • Trouver un façon de sauver les petits arbres qu’on a mis en pot sur notre patio
  • Reteindre notre patio
  • Jeter aux poubelles, faire un ménage par le vide, de tout ce qu’on n'utilise pas vraiment

Je pourrais continuer comme ça longtemps… mais j’ai trop de chose que j’ai réellement envie de faire aujourd’hui… Donc, à la prochaine !

jeudi 28 août 2008

Les amis de passage - 2

La solitude me pèse. Je me suis toujours fait croire que j’aimais ma solitude, parce que mes hobbies sont principalement, depuis toujours, solitaire et contemplatif : écrire, dessiner, faire des montages photos, audio ou vidéo, écouter de la musique, inventer des jeux de société, rêver tout éveillé, jouer à des jeux d’ordi, rouler les fenêtres ouvertes sur une route de campagne, observer les fleurs pousser, faire une sieste bercé par le souffle du vent, le crépitement d’un feu ou la cadence des vagues sur une plage de la Gaspésie…

J’aime encore toutes ces activités, mais aujourd’hui je réalise qu’elles n’ont de sens que si un(e) ami(e) est là pour : lire, contempler ou commenter mes œuvres, frissonner avec moi, en même temps que moi, en se laissant émouvoir par la même scène d’un film ou le même passage d’une chanson, jouer avec moi pour tester mes jeux au fur et à mesure de leur évolution, me permettre de les regarder, de les admirer et de m’inspirer de leur beauté, de leur humour et de leur intelligence, m’accompagner dans mes trips de char, les cheveux au vent et une main sur ma cuisse, poser leur tête sur ma poitrine et dormir comme un bébé sous mes ailes protectrices, ou faire l’amour sauvagement, tendrement ou en riant, en suivant le rythme des vagues ou la symphonie matinale des oiseaux « corde-à-linge »…

Nos amis, nos amours, même s’ils ne sont que de passage dans notre trop courte vie, constituent la réelle richesse de celle-ci ; même si, c’est une certitude, ils vont tous, tôt ou tard, s’éloigner de nous, leur présence multiplie nos petits bonheurs de la vie. Comprenez-moi bien, je ne dis pas que rien n’est intéressant dans la vie, je dis que de partager nos expériences avec nos amis les rendent encore plus riche et savoureuse – comme la crème fraîche ! C’est le message que je cherchais à exprimer dans mon premier textes sur Les amis de passage. Malheureusement, c’est la mélancolie et la nostalgie qui ont pris toute la place et certains de mes amis ont bien cru, en me lisant, que j’étais dépressif.

Je ne suis pas vraiment dépressif, sauf que je traîne depuis des années de vieux sentiments de tristesse, dû à des deuils moins bien résolu qu’il ne le faudrait… Seul, je suis plutôt mélancolique. J’ai déjà dis, quelque part : « Je suis nostalgique d'une enfance que je n'ai jamais eue ». Je n’ai qu’à regarder mon fils vivre pour me dire que j’aurais aimé vivre sa vie, son enfance, son adolescence... J’aimerais revenir en arrière et recommencer avec tout ce que je sais maintenant sur la vie, l’amitié, l’amour… Et oui ! Le fait d’avoir côtoyer de si belles jeunes femmes dans la troupe de théâtre m’a donné le goût d’avoir 20 ans de moins. J’ai fantasmé, forcément, sur ce que pourrait être ma vie actuellement si, plus jeune, j’avais fais ceci ou cela… ou si mes parents auraient été ceci ou cela… De ce temps-ci, j’ai de la difficulté à faire le deuil de ce genre de rêverie.

Ma femme m’a demandé l’autre jour : « Et toi José, qu’est-ce que t’aimerais faire quand tu seras grand ? » Il est peut-être temps que je grandisse un peu. Depuis le mois de mai, je me comporte comme Peter Pan au pays imaginaire. Ma première vraie expérience de théâtre m’a fait complètement décrocher de ma vie, comme si ce que j’y vivais, était du domaine du rêve, plutôt que de celui de la réalité. Et maintenant que c’est fini, je trouve difficile de retourner dans mon quotidien, ma routine, mon travail... C’est un peu ça aussi la cause de ma nostalgie. Et j’avoue avoir le réflexe de m’enfermer dans mon monde imaginaire, dans cette mélancolie d’une vie que je n’ai pas eu, autre qu’en rêve, de m’isoler, même quand je suis avec les autres, de retourner à cette solitude que je croyais aimer.

Parfois, je déprime parce que je me dis, comme plusieurs de mes clients, que j’aurais aimé ne jamais avoir toucher au bonheur, ne jamais avoir rencontrer telle ou telle personne qui me fait du bien… parce que tôt ou tard, le bonheur s’estompe et les personnes disparaissent de notre vie. C’est tellement ridicule de penser comme ça. C’est comme une femme qui m’a avouer, un jour, adorer les chats, mais s’empêcher d’en avoir par peur que, par accident, il quitte sa maison et ne revienne jamais.

Bien au contraire, si tu aimes les chats, tu dois prendre le risque d’en avoir. Si tu es en amour, tu dois prendre le risque de t’engager, même si on ne peut rien garantir sur la longévité de la relation. Si tu aime tes amis, tu dois oser leur dire, les fréquenter et prendre le risque qu’il s’éloigne de toi un jour… ça ne sert à rien d’anticiper leur départ, il est de toute façon inévitable. Il faut plutôt se concentrer sur chaque instant passé en leur compagnie, savourer chacun de leurs sourires, câlins, caresses, compliments, être là quand ils ont envie de te voir, les solliciter quand tu veux partager ou échanger avec eux, et surtout : vivre pleinement ! Pour être heureux, continuer à les intéresser et avoir quelque chose à partager.

Finalement, vivre, aimer, s’engager, c’est comme plonger dans une piscine, on ne peut pas se contenter de tremper son gros orteil de temps en temps et attendre que l’eau soit toujours à la température idéale.

Je vous aime beaucoup mes amis : j’espère que vous vous reconnaissez ! J’ai décidé de grandir et de plonger pour de bon. N’hésitez pas à plonger vous aussi, car au pire, on devra juste suivre quelques cours de natation ensemble…

En conclusion, les chansons que j’écoute de ce temps-ci sont, je vous l’accorde, plutôt mélancolique. Par contre, certaines sont vraiment des « réveils-vie » parce qu’elles décrivent bien pourquoi les amis sont aussi importants, malgré leur départ inévitable. Et pour être honnête, les larmes qu’elles m’arrachent sont souvent des larmes de joies. Et j’en écoute d’autres aussi qui me rappelle l’importance des amis, la beauté de la vie, et l’espoir que, malgré tout, la vie vaille vraiment la peine d’être vécu…

* * * * *
C'est un beau roman, c'est une belle histoire
C'est une romance d'aujourd'hui
Il rentrait chez lui, là-haut vers le brouillard
Elle descendait dans le midi, le midi

Ils se sont cachés dans un grand champ de blé
Se laissant porter par les courants
Se sont racontés leur vie qui commençait
Ils n'étaient encore que des enfants, des enfants
Qui s'étaient trouvés au bord du chemin
Sur l'autoroute des vacances
C'était sans doute un jour de chance
Qui cueillirent le ciel au creux de leurs mains
Comme on cueille la providence
Refusant de penser au lendemain

Si je m'arrête un instant
Pour te parler de la vie
Juste comme ça, tranquillement
Pas loin du Carré Saint Louis
C'est qu'avec toi je suis bien
Et qu'j'ai pu l'goût d'm'en faire
Parce que tsé voir trop loin
C'pas mieux qu'd'regarder en arrière

Je me souviens d'un rêve
Je me souviens d'un roi
D'un été qui s'achève
D'une maison de bois
Je me souviens du ciel
Je me souviens de l'eau
D'une robe en dentelle
Déchirée dans le dos

Ce n'est pas du sang qui coule dans nos veines
C'est la rivière de notre enfance

Hakuna Matata,
Mais quelle phrase magnifique !
Hakuna Matata,
Quel chant fantastique !

Ces mots signifient
Que tu vivras ta vie,
Sans aucun souci,
Philosophie

Baigné dans la lumière d'une aurore boréale
Réaliser que la beauté est sidérale
Ralentir le rythme de la course folle
Folâtrer un instant sans but, sans boussole

Rester allongé sur le sable donner des sourires sur la plage
S'amuser à perdre le temps laisser l'été avoir 15 ans
Passer ses journées en ballades sous la pluie goûter les nuages
Braver sur ma moto le vent laisser l'été avoir 15 ans

Sentir le vent caresser son visage
Ajuster sa mire, se fondre au paysage
Ajouter des secondes au film de sa vie
Vidanger son cerveau, tomber endormi

Pour la peine il y a le soleil l'été sur mes jours
Y'é jamais pareil c'est un gros câlin pour guérir nos chagrins
Pour l'amour il y a les étoiles tombées dans nos yeux
Jamais malheureux quand d'un gros câlin on guérit nos chagrins

Laisser la poésie décider de son sort
Sortir au matin et accepter la mort
Mordre dans la vie sans penser à demain
Maintenir le cap tout droit vers son destin...

Partir, bon Dieu ! partir
Sans savoir où l'on va,
Faire de la planche à voile
Au détour d'un delta,
D'accord, on prend la fuite :
Imaginons la suite,
Pour un mois pour un an,
J'sais pas.

Awèye embarque ma belle, j'amène n'importe où
On va bûcher du bois, gueuler avec les loups ouais...
J'veux jamais t'entendre dire jamais
Ma vieille Volks m'appelle, viens donc faire un tour
On va faire les fous on va faire l'amour
Pis j'te jure qu'on va vivre vieux

Je t'aurai vue nager
Sous un ciel d'occident,
Rêver tout éveillée
Devant un océan,
Un été éternel
D'un amour aquarelle,
C'est pas original
C'est bleu carte postale.

À mort la mornitude, viens t'coller dans ma solitude
On pourrait prendre la route, jusqu'à temps qu'on trouve le boute
On va s'creuser un trou, perdu quelque part au bout du monde
On n'aura pas d'argent, on fera pousser des enfants

Et si l'on revient moins riches,
Qu'est-ce que ça peut faire ?
D'ailleurs qui seront les riches ?
C'est pas notre affaire.
Je rêve d'une route en plein soleil,
D'île aux oiseaux
Où nous aurions toujours sommeil.

Et si l'on revient moins riches,
C'est peut-être mieux.
Avant que l'on en finisse,
Avant d'être vieux,
On aura eu des souvenirs,
Des nuits entières
A rêver sans dormir

Chuis fatigué de devoir, fatigué d'entendre tout l'monde me dire
Comment respirer, comment j'devrais agir
J'ai envie de r'trouver c'que j'étais, tout de c'que j'voulais devenir
R'trouver la sainte paix juste un bonne fois pour de vrai

Malgré les vieilles amertumes
Et les amours qui passent
Les chums qu'on perd dans brume
Et les idéaux qui se cassent
La vie s'accroche et renaît
Comme les printemps reviennent
Dans une bouffée d'air frais
Qui apaise les coeurs en peine

Icitte à soir, y mouille à siot
On a donné un pas pire show
Le motel est pas vraiment swell
Une chance t'es là pis qu'j'te trouve belle...

Et puis toé ma p'tite soeur
Es-tu toujours aussi perdue?
C'est ti encore la grande noirceur?
Ou ben si t'as r'pris le dessus?
Tsé qu'la vie est parsemée de p'tites misères
Faut pas t'en faire...

Anyway chu content que tu r'viennes
T'arrives en même temps qu'l'automne
Tsé qu'ça m'a fait ben d'la peine
De t'voir partir ma mignonne...

Sais-tu au moins qu'tu m'as fait croire
Qu'il est encore possible d'être heureux ?
Pis ça c'est c'qu'on appelle d'l'espoir

Espérer, parce que ça vaut la peine
C'est pas toujours la haine, c'est aussi de l'amour
Espérer, parce que tu es en vie
Même si t'as pas choisi, ni l'endroit, ni le jour

Ça fait que si à soir t'as envie de rester
Avec moi la nuit est douce on peut marcher
Et même si on sait ben que tout dure rien qu'un temps
J'aimerais çà que tu sois pour un moment
Mon étoile filante

Espérer, et encore et encore
A fatiguer la mort, à la faire hésiter

Espérer, parce que la terre est belle
Quand une étoile s'éteint, elle n'éteint pas le ciel

Hakuna Matata !

[Titre (interprètes) : Une belle histoire (Michel Fugain), Les étoiles filantes & Ces temps-ci & Toune d’automne (Les Cowboys Fringants), La rivière de notre enfance (Garou et Michel Sardou), Hakuna Matata (du Roi lion), Le repos du guerrier (Mes Aïeux), Laisser l'été avoir 15 ans (Claude Dubois), Espérer & Si l’on reviens moins riche (Michel Sardou), Embarque ma belle (Kaïn)]

mercredi 27 août 2008

Les amis de passage

De ce temps-ci, je pense beaucoup à mes amis, les nouveaux, les anciens, ceux que je côtoie régulièrement, ceux que je ne vois pas assez souvent, ceux qui me font terriblement du bien, les gars qui ont remplacer mon père, mes frères cosmiques, les filles qui provoque chez moi plein de tendresse, mes petites sœurs d’adoption, celles qui m’ont fait naviguer entre l’amour et l’amitié, tous ceux et celles que je ne veux désespérément pas perdre de vue…

Et j’ai le cœur gros… Triste de constater que certains sont disparus de ma vie, sans raisons, juste comme ça, parce que leur route divergeait de la mienne… Peur que cela se reproduise avec ceux qui me font du bien aujourd’hui, ceux qui me permettent de croire au bonheur, comme les autres l’ont fait dans le passé, avant de disparaître… Comme lorsque j’étais ados, je me dis aujourd’hui naïvement la même chose : « je serai là, pour eux, avec eux, toute ma vie… » Mais l’expérience passé ne me permet pas de m’accrocher aveuglément à ce souhait. Comme d’autres, ils s’éloigneront un jour… pire, je prendrai moi-même mes distances, sans raisons, parce que la vie m’amènera ailleurs… Je lutte contre cette réalité, mais ça ne sert à rien… c’est la vie un point c’est tout !

Et je me mets à écouter des chansons nostalgiques sur les amis et les amours d’une vie, et sur le temps qui passe, et qui change tout…

* * * * *

Y m'semble qu'on est dû pour se boire
une couple de verres dans le blanc des yeux
Se dire qu'on s'aime après queq'bières,
j'mennuie de nous deux, de toé mon vieux

Comme dans le temps

Comment ça va ta vie ?
La job pis ta p'tite famille
Moi j'suis devenu c'que j'ai voulu
J'chante ma vision d' l'affaire
Pour c' qu'y est d' l'argent pas d' commentaires !

Mais parle moé pas des femmes
Non c'est l' plus grand mystère
Que Dieu a mis s’a terre
Je les aime mais j' sais pas comment faire
Pis parle moé pas d'amour
De tout c' que tu veux
D' n'importe quoi mais pas d'amour
J'te jure que j' saurais pas quoi t' dire
Non c'est vrai j' saurais pas quoi t' dire...

Souviens-toi, c'était le grand jour
Le grand pas vers le grand amour
C'était encore mieux que ça
C'était nous deux il était une fois

C'est un beau roman, c'est une belle histoire
C'est une romance d'aujourd'hui
Il rentrait chez lui, là-haut vers le brouillard
Elle descendait dans le midi, le midi

Aller viens-t-en on part autour du monde
Ensemble sur mon cheval de fer
On va descendre la butte ronde
Pour atteindre la vitesse de la lumière

Ils se sont quittés au bord du matin
Sur l'autoroute des vacances
C'était fini le jour de chance
Ils reprirent alors chacun leur chemin
Saluèrent la providence en se faisant un signe de la main

On s'accroche comme on peut
Le vent qui berce tes longs cheveux
La vie nous porte sur la route
Je t'aime. Ça n'fait aucun doute

Mais au bout du ch'min dis-moi c'qui va rester
De la p'tit'école et d'la cour de récré ?
Quand les avions en papier ne partent plus au vent
On se dit que l'bon temps passe final'ment
Comme une étoile filante

On a pris le quatorze au hasard,
Un peu gênés
Puis ta robe a glissé dans le noir
On s'est aimés
Quand plus tard le garçon est venu
Nous apporter
Deux cafés, d'un sourire entendu
Tu t'es cachée
Il n'a pas vu que tu pleurais
L'enfance qui s'en allait

T'étais peut-être en train de jouir
Ou peut-être en train de muer
Quand tu m'as dit : Ça fait plaisir
D'savoir que l'on est le premier

Souviens-toi, c'était le grand jour
Le grand pas vers le grand amour
C'était encore mieux que ça
C'était nous deux il était une fois

On est sorti de nos trentaines
On a rechaussé notre jeunesse
Dans une voiture qui était la tienne
On s'est aimé à toute vitesse

T'étais peut-être en train de jouir
Ou peut-être en train de pleurer
Quand tu m'as dit : Ça ferait plaisir
D'savoir que je serais le dernier

J'veux pas vieillir
Avoir la vie en avant d'moi
Sans être pressé
Sans rides et sans rien à cacher
Sans trop souffrir
Sans voir mes amis me quitter
Et puis mourir
J'veux pas vieillir

Quand tes cheveux te laisseront tomber
J't'aimerai quand même
Si tes rides s'empilent pour me regarder
J't'aimerai quand même
Si tes mains ne tremblent plus juste pour moi
J't'aimerai quand même
Et si t'oublies qu'il faut que tu t'souviennes
J't'aimerai quand même

Aujourd'hui j'apprends dans l'journal
Que tu t'es tuée en moto
Dans mon cœur ça fait un peu mal
J'ai le souvenir de ces mots:

On s'accroche comme on peut
Le vent qui berce tes longs cheveux
La vie nous porte sur la route
Je t'aime....

Mais au bout du ch'min dis-moi c'qui va rester
De not' p'tit passage dans ce monde effréné
Après avoir existé pour gagner du temps
On s'dira que l'on était final'ment
Des étoiles filantes

Je sais qu'y s'passera jamais rien
Qu'entre toi pis moi ç'a pas d'allure
Quand j'vas r'partir au p'tit matin
On va se dire à la r'voyure...

Sais-tu au moins qu'tu m'as fais croire
Qu'il est encore possible d'être heureux ?

Comme dans le temps

J'veux pas vieillir
Retourner sur les g'noux de mon père
Les samedis soirs durant l'hiver
Jouer à cachette dans cour d'école
Jouer à me prendre pour mes idoles
Jouer au hockey dans mon quartier
Aimer l'hiver autant qu'l'été
Retrouver l'esprit de noël
Tous mes souvenirs et mes bébelles
J'veux pas vieillir
Trouver une cabane dans les bois
La barrer pis m'enfermer là
J'veux pas partir
J'veux pas mourir

T'étais sûrement pas rien qu'un kik
Mais là c'pas mal trop compliqué
Si dans vie y faut prendre des risques
Faut savoir aussi s'en aller

Ça fait que j'vas m'fermer la gueule
Et continuer mon ch'min tout seul
Avec mon p'tit coeur dans les shoe-claques
Pis ton sourire dans mon pack-sack
Mais tsé tu peux m'rappeler pareil
T'es comme mon p'tit rayon d'soleil
Dans ce monde complèt'ment fucké
Où j'aurais p't'être eu besoin d'toé

Ça fait que si à soir t'as envie de rester
Avec moi la nuit est douce on peut marcher
Et même si on sait ben que tout dure rien qu'un temps
J'aimerais çà que tu sois pour un moment
Mon étoile filante

Comme dans le temps

Il rentra chez lui, là-haut vers le brouillard
Elle est descendue là-bas dans le midi
C'est un beau roman, c'est une belle histoire
C'est une romance d'aujourd'hui

Mais au bout du ch'min dis-moi c'qui va rester

Que des étoiles filantes

[Titre (interprètes) : Comme dans le temps & Parle moi d’toi (Kaïn), Il était une fois nous deux (Joe Dassin), Une belle histoire (Michel Fugain), Cheval de fer (Okoumé), Les étoiles filantes & Ces temps-ci (Les cowboys fringants), La lune et le miel (Lynda Lemay), J'veux pas vieillir (Boom Desjardins), J't'aimerai quand même (Andrée Watters)]

* * * * *

Toutes ces chansons réussissent à m’arracher une larme ou deux pas jour. Et je les réécoute à tous les jours. Suis-je maso pour autant ? Non ! Ce sont mes « réveils-vie ». Elles sont là pour me sortir de ma solitude, pour me ramener à la vie, pour me rappeler que j’aime et que je suis aimé, qu’il y aura toujours près de moi quelqu’un pour échanger, rire, pleurer, jouir… quelqu’un à protéger, dorloter, admirer, seconder, taquiner, séduire… Rien n’a de sens dans ma vie si je ne peux pas le partager, le communiquer, l’exprimer à quelqu’un de confiance qui saura y réagir avec authenticité.

Alors, je les écoute encore, parce que chacune d’elles me rappellent un(e) ou plusieurs ami(es).

Elles me rappellent aussi que je ne peux pas stopper le temps et, mieux encore, que le changement est souhaitable et nécessaire : parce que la vie, « c’est un beau roman, c’est une belle histoire » ; parce que nous croiserons toujours, en alternance, de véritables perles rares, «des étoiles filantes », qui passeront rapidement dans notre firmament pour, l’espace d’un bref instant, nous permettre de réaliser nos souhaits les plus fous…

Merci à toutes ces constellations d’étoiles qui m’ont émerveillé, de l’ado anxieux que j’étais à l’enfant spontané que je suis redevenu en vieillissant, en passant par l’adulte qui essai de maintenir tout ça en équilibre et de vous le rendre au centuple…

Merci Jean-Pierre, Frédéric, France, Sylvie, Robert, Alain, Daniel, Nancy, Danielle, Sylvie, Hélène, Martine, Thérèse, Hélène, Marie-Claude, Dominique, Dany, Sophie, Marie-Pascale, Vincent, Lucienne, Michelle, Sandra, Nathalia, Dominique, Louise, Jean-Marc, Dany, France, Robert, Patricia, Caroline, Sonia, France, Christian, Réjean, Natalie, Gilles, Doris, Marcel, Patricia, Yvan, Benoît, Marie-Christine, Cindy et tous les autres que j’ai oublié ou que je ne connais pas encore…

J’ai hâte de vous voir ou de vous revoir, de vous connaître ou de vous redécouvrir, comme si chaque instant passé avec vous était un véritable privilège, un moment unique, même si mille fois répétés...

jeudi 14 août 2008

Le bon moment

Ce soir, j’ai vu une chorale de camp de jour aux Fêtes de quartier de Chambly.

Imaginez, une trentaine d’enfant, probablement entre 8 et 12 ans, toutes des petites filles, à part trois, les plus rouge du groupe, entassés sur une petite scène, au milieu d’un grand parc, devant, au minimum, une trentaine de parents…

J’étais là, parmi le public, et je ne pouvais m’empêcher d’observer autant les jeunes choristes que les vieux spectateurs. J’allais des yeux apeurés, presque terrorisés, d’une petite fille dans la première rangée, à ceux rempli d’espoir, d’un père de la dernière rangée.

J’y ai vu plusieurs enfants moins concentrés sur les paroles de leur chanson que sur la recherche active de leur famille dans la foule. Parmi eux, des regards inquiets qui deviennent soulagés dès qu’ils reconnaissent un visage familier; alors que d’autres deviennent tristes, parce que le visage recherché n’est pas là…

J’y ai vu des enfants donner tout ce qu’ils étaient capable de donner tandis que d’autres se contentaient de parader fièrement, comme si déjà on pouvait différencier ceux qui rêvaient de faire une carrière artistique de ceux qui espérerait devenir une star…

J’y ai vu des parents très attentif à la performance de leur enfant, s’efforçant de conserver un grand sourire d’encouragement, malgré les cafouillis évident de leur progéniture; et d’autres, plus intéressé par le ciel, les oiseaux, les décolletés plongeants ou leurs appels téléphoniques.

J’y ai vu et entendus des enfants chanter avec cœur, comme s’ils écoutaient ce genre de musique à tous les jours, de vieilles chansons de Michel Fugain et de Joe Dassin; et des parents enthousiaste fredonner toutes les chansons comme si chacune avaient été choisit pour leur faire personnellement plaisir. J’ai même eu droit à Bravo monsieur le monde, l’une de mes préférées.

J’avoue avoir eu une larme à l’œil, comme si j’étais témoin d’une des plus belle scène qui m’est été donner de voir. Comme si j’avais saisi intérieurement toute l’importance du spectacle qui se déroulait devant moi. C’était là, toute la démonstration de l’amour inconditionnelle entre un parent et son enfant. Imaginez vous comment j’étais ému quand j’ai vu la petite fille terrorisée du début, courir vers son père qui allait déjà à sa rencontre, les bras grands ouverts, lui sauter au coup et là enfin, sourire de toutes ses dents, soulagée que l’épreuve soit terminée.

Ému, j’ai essayé de me rappeler si j’avais déjà vécu ce genre d’expérience. Au début, je ne me souvenais de rien, mon père n’a jamais pu venir me voir en spectacle, puis, tranquillement, je me suis rappelé… Ma mère était toujours là, chaque fois qu’on lui donnait le droit d’être là. À mon show de musique de première année, elle m’avait même aidé à fabriquer une espèce de batterie avec un vieux cendrier sur pieds, des casseroles et des assiettes en aluminium ; et à ma première pièce de théâtre en cinquième année où j’acceptais de recevoir le ballon en pleine face pour faire rire tout le monde… Et j’ai réalisé que c’est grâce à elle que j’ai aimé faire le clown, jouer la comédie, tenter de faire rire les gens… simplement parce qu’elle était là, au bon moment.

Les parents ignorent trop souvent à quel point ils ont une influence sur le développement de leur enfant. Leur simple présence, au bon moment…

Et je me suis rappeler pourquoi j’étais là, parmi les spectateurs. Parce que mon fils montait sur scène juste après la chorale. Et c’est moi qui avais, pendant toute sa prestation, un sourire béat d’admiration, les yeux brillants de fierté…

En constatant l’aisance qu’il avait sur scène, un simple reflet de celle qu’il a dans la vie, j’ai compris qu’on ne s’était jamais déplacé pour rien… toutes ces fois où nous avons été là, ont servis à faire de lui l’homme qu’il est devenu.

Il a beau être un adulte depuis peu, il demeurera toujours mon enfant, et j’espère bien être encore là au prochain bon moment de sa vie…

samedi 26 juillet 2008

Un anniversaire comme les autres

Mon petit garçon a 18 ans, demain.

C’est fou comment, tout à coup, je me sens bouleversé. J’ai l’impression que le temps s’est écoulé beaucoup trop vite, comme à chaque fois qu’on franchit une étape importante.

Il n’y a pas si longtemps encore : le bout de son cordon ombilical se détachait de son nombril, il balbutiait ses premiers « papa », faisait ses premiers pas au milieu de la cuisine devant nos yeux ébahis, découvrait le plaisir de la crème fouettée et du chocolat, escaladait ses premiers sofas, escaliers, monticules, châteaux ou autres constructions de plus en plus élevées dans des parcs ou des carrés de sable de plus en plus grands. Ah ! Vincent ! Je me rappelle tes premières chutes en vélo, tes premières semi-noyades contrôlées, nos joutes de « hockey » sur bois franc, au milieu du couloir, nos tiraillages de gars ou du « monstre des couvertures » au milieu du lit, les histoires que tu me racontais à l’aide de tes figurines médiévales et celles que je perturbais à l’aide de mes gigantesques marionnettes animales, tes rires, tes pleurs, tes réflexions philosophiques précoces, ta façon d’affirmer tes valeurs et tes croyances qui te donnait un peu l’air du « Schtroumpf à lunettes »… Et il y a tes premières présences sur scène, en chevalier qui chantait « Belle » à son Esméralda, et tes premières amours qui ont entraîné tes premières lettres poétiques signées « L’Aigle noir », tes premiers duels d’échecs avec tes rivaux pour déterminer qui allait gagner le cœur de la belle, suivis de la première fois ou tu as réalisé que les filles n’ont rien à voir avec un trophée et qu’elles décident bien toutes seules de ce qu’elles vont faire avec ton petit cœur…

C’est drôle comment, parfois, malgré le temps qui passe, les choses se répètent et se ressemblent. En cinquième année, tu jouais déjà « Pantalon » pour le Café-Théâtre de Chambly et nous étions déjà pâmés par ton talent qui émergeait doucement, émerveillés par l’aisance que tu avais déjà sur une scène, soulagés de constater que rapidement, cette aisance s’était généralisée dans toute ta sphère sociale. Ça ne date pas d’hier d’être la coqueluche de ses dames, d’improviser ta vie avec une simplicité déconcertante, de faire rire l’entourage par tes réparties cinglantes ou complètement absurdes, de créer et de mener à terme plusieurs projets en même temps… 100 Visages en est un des plus beaux exemples.

Quand je pense à toi, je ressens une admiration sans borne qui efface d’un coup, tous ces petits défauts dont je n’arrive plus à me souvenir.

Avoir 18 ans. Qu’est-ce que ça va changer dans ta vie ? « Pas grand chose » que tu nous réponds. Tu vas avoir le droit de gaspiller ton argent durement gagné en t’achetant des « gratteux » et décider de l’avenir du Québec en allant voter… Évidemment, tu pourras circuler dans les bars sans avoir peur de te faire carter, mais du même coup, tu devras apprendre à te défendre de toutes ses vieilles filles pré-trentaines qui se retenaient jusque- là, de peur d’être accusées de détournement de mineur. Vas-tu plus te sentir adulte ? Ça fait déjà longtemps que tu te comportes en adulte, ce n’est pas pour rien qu’on te traite souvent de « vieille âme ».

J’ai l’impression que c’est bien plus pour moi que tes 18 ans sont significatifs. C’est moi qui me sent un peu mal de ne pas avoir fait de ce passage un moment magique et historique. J’aurais voulu te louer une grande salle avec une grande scène, inviter tous tes amis et toute la famille à te faire un petit numéro d’humour, un match d’impro, un extrait de pièce, une toune à la guitare ou au piano, pendant qu’aurait été diffusé en continu sur un écran géant, un vidéo regroupant les meilleurs moments de ta vie saisis sur le vif. On aurait retracé tes vieux amis, tes premières flammes peut-être, fait descendre la famille et tes amis de Belgique… Wow ! Je me serais senti si fière de t’offrir tout ça.

Mais ç’aurait été exagéré et inutile en réalité. Tu sais déjà l’importance que tu as à mes yeux, et je pense que tu trouveras bien tout seul une façon de fêter cette arrivée officielle dans le monde des adultes. Je pense que de passer une petite soirée en compagnie de ta famille qui t’aime beaucoup te satisfera bien assez pour le moment.

Si je me sens un peu « cheap » de ne pas avoir préparé un super party c’est parce que d’un côté, tu le méritais amplement, de l’autre, c’est peut-être parce qu’en réalité je n’ai pas envie de te voir grandir si vite. De te voir devenir adulte, c’est réaliser que tu vas de plus en plus t’éloigner de moi. J’ai beau magouiller pour continuer à faire des choses avec toi (on est parti pour jouer deux autres pièces de théâtre ensemble), tu voles de tes propres ailes, de plus en plus…

Bientôt, tu vas vraiment libérer ta chambre pour emménager dans ton nouvel appartement ce qui va me faire vivre encore un peu plus le syndrome du nid vide. Ton premier départ m’avait fait réaliser que tu étais en train de franchir un pont pour mieux t’affranchir, là je réalise que c’est fait, que tu es en train de t’installer sur une autre rive que la mienne et j’ai tellement peur que ce pont, qui relie toujours nos deux rives, ne s’écroule un jour.

C’est toi qui as 18 ans, mais c’est moi que ça fait grandir. Il faut que je cesse d’avoir peur des distances physiques et avoir confiance aux rapprochements du cœur. Plus que la filiation familiale, ce sont les joies et les peines que l’on partage, l’admiration mutuelle qu’on se voue, les idées et intérêts en commun, qui maintiennent notre lien affectif. Peu importe où tu seras, peut importe où je serai à l’avenir, il y aura toujours une part de toi en moi.

Ne te surprends pas si encore une fois, je parle de toi comme de mon frère ; c’est un lapsus que je trouve révélateur. Ça signifie que je te vois davantage comme mon égal, comme le genre de frère que j’aurais voulu avoir, comme un ami. Désolé si parfois j’ai des relents de paternalisme aigu, je reste ton père, celui qui te fait encore dire parfois, j’espère : « Ah ! Mon père, ce héros ! »

Te voilà donc en train de faire tes premiers pas dans le monde des adultes, mais j’ai la nette impression que tu y cours déjà. Chaque jour, j’ai hâte de voir où te mèneront tes nouvelles aventures. Même si parfois, j’ai l’air de n’y rien comprendre, je continue de suivre chacun des épisodes quotidiens, en espérant que la série ne sera jamais retirée de l’horaire. Et heureusement, quand j’ai l’air d’avoir raté un épisode, je finis par l’écouter en différé.
J’ai l’impression que tu as accompli tellement de choses en 18 ans que j’ai un peu le vertige en pensant à tout ce que tu pourras accomplir dans l’avenir. J’espère juste être assez en forme pour t’accompagner quand tu le désireras ou te suivre de loin quand tu auras moins besoin de moi.

Je réalise finalement que de te voir grandir, de te voir évoluer comme tu le fais, est le plus beau cadeau qu’un fils peut faire à son père. J’imagine, un peu naïvement peut-être, qu’un témoignage d’affection et d’admiration tel que je suis en train de faire, est le plus beau cadeau qu’un père puisse faire à son fils.

Bonne fête mon Grand !

mercredi 25 juin 2008

Jouer (acte 5: Évolution)

15 juin 2008. J’écris un courriel.

Dimanche 4hr30 du matin...

Je suis seul, la larme à l'oeil...

J'ai dormis une petite heure seulement...

mais, je ne suis pas capable de le faire en cet instant...

Je suis trop bouleversé par les émotions.

Un peu plus, puis je pleure vraiment...

J'aurais envie que vous soyez à mes côtés là, pour vous faire une étreinte tellurique d’intensité apocalyptique.

En pensant à vous tous, je me sens gonflé (comme si j’avais besoin de ça) de joie et envahit par une admiration sans borne à votre égard, je suis rempli d’extase, de fierté, d’envol, de lyrisme, de pittoresque, de somptuosité, d’étincelle… J’ai jamais été aussi fier de faire partie de notre joyeuse bande de malade…
Je crois sincèrement que nous avons donné ce soir une prestation ou plutôt la prestation la plus MAGISTRALE de toutes, et que notre première ovation de la fin était totalement mérité. En fait, je crois qu’elle comptait pour les trois représentations que nous venions de vivre dans des conditions à décourager n’importe quel optimiste ou motivateur de psychologie savon dans le monde.

Nous avons sues, cette semaine, ensemble, braver tous les obstacles à cet apothéose : public restreint à sa plus simple expression (et je ne parle pas du Q.I. de notre seul vrai spectateur), public amorphe, endormit ou trop introvertie, l’absence de climatisation, une panne d’électricité, la peur de ne pas avoir nos masques… Et nous avons réussis.

Je voulais vous en remercier.

Sur ce, je retourne au lit, avec ma femme, plus heureux que jamais…

Dimanche 5 hr 00, si je pleure, c’est de joie…

* * * * *
Salut José et les autres,

Moi j'ai très bien dormi cette nuit. Ce matin, je me suis levé avec une parole de chanson dans la tête. Et quand j'y pense, je crois qu'elle résume ce qui s'est passé sur scène hier et qui a fait en sorte que le spectacle a pris la tournure qu'il a pris. C'est au-delà de la performance et ça se situe dans l'intangible. Mais c'est aussi dans l'intangible que tout le monde a puisé le plaisir que nous avons eu a jouer hier. Et je crois sincèrement, pour reprendre les consignes de Michel, que nous avons eu du plaisir à la jouer tous ensemble malgré tout les petits pépins qui ont pu se produire. C'est, à mon humble avis, ce qui a fait que nous avons obtenu le résultat que nous avons eu.

Et tu vois, la parole de la chanson que j'ai en tête en ce moment, elle rejoint en quelque sorte le sentiment qui t'anime ce matin. Je vous laisse le soin de trouver d'où elle est tirée! Les plus vieux comme moi devrait la reconnaître:

« Le ciel bleu, sur nous peut s'effondrer...»

Et pour ceux qui l'on reconnu, vous savez qu'elle se termine sur ces autres paroles : «Dieu réunit ceux qui s'aiment ». Voilà, moi je crois que c'est là que notre pièce se joue !

Bonne semaine tout le monde !

Yvon

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Bonjour à tous et à toutes.
Je prends mes courriels une dernière fois avant de quitter pour 3 jours, hsitoire de récupérer (surtout) et d'écrire les 3 dernières Fêtes de Quartier que doivent attendre Émily et Vincent.
Et, dans ces courriels, celui de José, puis Yvon. Et j'ai compris que j'avais manqué quelque chose de magique hier soir. Il y a une dicton au café-théâtre, et au théâtre en général, que je m'amuse à répéter souvent: "C'est dans les difficultés, les malheurs et les misères qu'on reconnaît les grandes équipes." Et j'ajouterais que "c'est dans les difficultés, les malheurs et les misères qu'on forme et qu'on crée les grandes équipes et les grandes prestations."
J'ose simplement espérer que j'aurai droit, à mon retour avec vous, samedi prochain, à un tel déploiement d'énergies, de folie et d'intensité. Vous n'avez pas atteint la perfection hier soir (elle n'existe pas au théâtre). Mais vous vous en êtes juste rapprochés un peu plus. Et la semaine prochaine sera encore mieux. C'est Ginette Reno, dans une de ses chansons qui dit "Un peu plus haut, un peu plus loin." C'est ça le théâtre. Et le théâtre, c'est aussi ça la vie.
Bonne semaine à tous. Je suis tellement fier de vous. Je suis tellement fier pour vous. Vous avez tellement travaillé pour en arriver là.
Michel.
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Bon matin chère troupe!

Je bois mon premier café de la journée et c'est à votre santé que je le savoure pleinement, après notre si formidable prestation.

En effet, je me suis réveillée en pensant fièrement à cet épisode là que nous avons vécu tous ensemble hier soir.

Moi, ce qui m'a fait réfléchir le plus, c'est que chacun a apporté avec lui le mot CROIRE... soit dans ses poches, soit dans sa tête, peu importe, mais j'ai senti une détermination à ne pas se laisser abattre pour un troisième soir par quelques soucis ou perturbations qui puissent exister. Bravo à chacun d'entre vous !

Les événements de la vie m'ont souvent sensibilisé sur le fait que nous avons deux choix dans la vie: soit nous sommes malheureux, soit nous sommes heureux. Dans notre situation au théâtre, soit nous échouons et sommes malheureux ou soit nous réussissons et sommes heureux. Moi, j'ai fais mon choix. Mais des efforts il faut en faire pour aspirer la réussite, car c'est pas mal le point de mire que l'être humain normal et sain d'esprit choisit dans sa vie.

J'ai senti l'esprit d'équipe régné à travers l'entraide, j'ai perçu des étincelles dans les yeux, car tous voulaient en faire voire encore et encore plus à nos spectateurs, j'ai senti l'égalité, car chacun prend la place qui lui revient, j'ai senti la rigueur, car malgré la fatigue physique qui se fait sentir et la chaleur accablante, le goût de se dépasser était présent...

Hier soir, notre paye a été notre première ovation. Quelle fierté ! Ce geste de la foule veut tout dire. C'est incroyable la sensation que j'en retire dans mon cœur !

Hier, nous avons reçu cette paye là de notre public. Savourons-la ! La semaine prochaine, notre public sera différent et il ne faut rien prendre pour acquis. Il nous faudra reconquérir à nouveau nos spectateurs. C'est le travail qui nous revient en tant que comédiens. Je crois fortement que tout ce que nous avons vécu au fil de nos trois derniers soirs de représentations nous servira à mieux gérer et canaliser certaines émotions et énergies qui se cachent à l'intérieur de nous tous. Maintenant, il faut juste s'en servir à bon escient !

Je vous souhaite une belle journée...de repos bien mérité !

Sylvie, dit Sonia, Brisaille et la dame de Benoit !

*Je vous apprécie énormément et merci d'être là dans cette expérience que je vis pleinement dans le bonheur !

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Que de beaux courriels qui viennent tellement rejoindre l'état d'esprit dans lequel je suis. Comme j'en parlais à certains d'entre vous, c'est pour des soirées comme çà qu'on fait du théâtre. Je suis exactement sur le même "high" que j'étais il y a une semaine. Décidément, j'adore les représentations du samedi !!!

On l'a pas eu facile cette semaine, mais quel feeling extraordinaire de voir qu'on s'est tous retroussé les manches pour en arriver au résultat que nous avons eu hier. Je suis tout à fait d'accord pour dire que ce "standing ovation", on ne l'a pas volé.

En vous lisant, j'ai bien aimé les allusions aux chansons (L'hymne à l'amour d'Yvon et Un peu plus loin, un peu plus haut de Michel) et là-dessus, il faut que je vous fasse une confidence.

Chaque jour où nous avons une représentation, je prends ma guitare et je me chante, je vous chante (rituel ou superstition ?) une chanson qui, à mon avis, est la plus belle du répertoire de Jean-Pierre Ferland et sûrement une des plus belle du répertoire québécois. Je vous en cite quelques passages qui viennent particulièrement me chercher par rapport à ce que nous vivons.

« Une chance que j't'ai, je t'ai tu m'as, une chance qu'on s'a...

...que personne vienne te faire d'la peine, sans d'abord me passer sur le corps...

...le paradis c'est ici y a pas d'autres vies... »

Çà fait quelques années que je chante cette chanson mais depuis quelques semaines, elle a pris une signification particulière pour moi à un point tel que même en la chantant tout seul dans mon salon, quand j'arrive à ces passages, j'ai des trémolos dans le gorge en pensant à vous.

Et pour rejoindre Yvon, vous connaissez tous le finale de cette chanson "une chance qu'on s'a... une chance qu'on s'aime..."

Je m'ennuie de vous et j'ai hâte de vous revoir jeudi

Ben
XXX

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Café-théâtre de Chambly.
Bonne première sortie pour la promotion 2007-2008.
Par André Corbeij (dans le Journal de Chambly).

Le mois de juin est synonyme d’un florilège des premières au théâtre. Le café-théâtre de Chambly a parti le bal le 5 juin avec une pièce entièrement jouée par les élèves adultes des cours de théâtre. Le pari a été remporté haut la main par la vingtaine de comédiens et comédiennes en herbe qui goûtent pour la première fois à la fébrilité des planches.La pièce en vedette, La même chose s’il vous plait, de l’auteur français Pascal Martin, est livrée dans une facture québécisée et propose, en plusieurs tableaux, la naissance de l’amour dans des rencontres fortuites entre couples complètement différents.
Cette trame centrale donne lieu à des rencontres plutôt inusitées, parfois très drôles et émouvantes, desquelles découleront des unions.
Parmi les scènes qui retiennent l’attention, on note celle du déploiement du plateau de tournage d’un film porno où «l’acteur» principal, qui rêve d’une vie de famille en banlieue, se lie d’amour avec la serveuse du bar. Le tout est livré avec bon goût et esprit (kitsch) dans le costume savamment étudié.
Le tableau sur les touristes est également fort réussi alors que deux personnes se trouvent des atomes crochus et fondent une agence de «non voyage», garantissant au client photographies et anecdotes sans avoir à se déplacer. Une idée géniale pour faire étalage de souvenirs de voyages fictifs.
Mais le clou de la pièce demeure sans conteste la reprise de l’acte 1de Cyrano de Bergerac, qui a été ajoutée par l’équipe qui jugeait la pièce trop courte.
«La thématique de Cyrano collait bien au thème de la pièce de Martin. L’idée de la jouer en comedia dell’arte a séduit l’équipe qui s’est donnée à fond. Les comédiens en ont travaillé une «shot» en répétition. On a ri comme vous ne pouvez l’imaginer», lance le metteur en scène Michel Paquin.
C’est à José St-Louis qu’incombe le rôle du poète au long nez. Il excelle dans sa mission de libérer le théâtre de cette «fluxion» de Montfleury, ce manieur de vers sans envergure.
St-Louis livre une très bonne performance, fort bien appuyée par toute l’équipe des 18 autres comédiens qui se retrouvent à ses côtés, donnant à ce tableau tout le faste et l’effet recherchés.
Cette pièce de théâtre tient l’affiche du jeudi au samedi jusqu’au 28 juin à 20 h. Renseignements : www.cafe-theatredechambly.com.
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Mercredi, 18 juin, 9hr34 (extrait d’un courriel à Cindy).

(…) Merci de me féliciter pour mon rôle de Cyrano, j'avoue qu'avec la critique dans le journal, ma tête passe plus dans porte... sans blague, ça me fait tout bizarre. Je ne suis pas habitué de prendre les compliments. Mais comme je cherche à regarder la réalité en face, je commence à croire que je suis vraiment bon. Ça me rend hyper heureux, mais hyper stressé (j'ai eu de la misère à dormir).
Maintenant, la barre est haute, et je ne veux pas décevoir personne. Je trouve qu'on a tous tellement travaillé sur ce show là, qu'on mérite tous notre heure de gloire.
Ils ont parlé de moi dans l'article, mais j'aurais aimé qu'il te nomme aussi, car sans toi pour m'inspirer et pour tenir le fort, ce ne serait pas aussi réussi. Et sans l'expérience de Vincent ou la présence de Benoît, ça ne marcherait pas autant. Et sans le dépassement et l'évolution évidente de chacun, nous aurions l'air véritablement de débutant dans un théâtre amateur... ;)
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Vendredi, 20 juin, 8hr30. (extrait de courriel, après la septième représentation)
Je me suis levé ce matin, fatigué mais plein de fierté !
Quelle soirée ! De l'avis de tous ceux qui m'ont fait des commentaires, c'était vraiment notre plus grande performance. Marie-Pascale qui a vu le show pour la quatrième fois je pense, est plein d'éloge à notre égard. Elle constate avec plaisir que nous habitons totalement nos personnages, que nous sommes tellement à l'aise avec chacun d'eux, que nous les amenons effectivement, un peu plus haut, un peu plus loin... Nous nous amusons entre nous et nous interagissons de mieux en mieux avec la foule, ça aide quand on a un bon public. Elle est particulièrement fière de moi, de voir à quel point je peux me permettre de varier les émotions du personnage, de m'amuser avec les autres, d'avoir autant de complicité dans notre jeu... elle n'arrête pas...
Ça me fait tout bizarre. Y a mon fils aussi que j'adore et que j'admire et qui est tout fier de moi. Qui se fait dire par de vieux copains que maintenant ils comprennent d'où vient son grand talent. Comme si j'en étais responsable. Il me dit des choses qu'on lui disait quand il était jeune, au primaire, genre: "t'a beau faire n'importe quel personnage sur scène, on te remarque, du détonne par rapport aux autres". Pourquoi ça m'ému à ce point ?
Ce n’est pas facile à prendre tous ces compliments en même temps. Pourtant, en partie, je pense les mériter. Mais quand même, y a encore une partie de moi qui doute toujours de tout… Tu n’as pas une recette secrète pour éliminer le doute ?
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Vendredi, 20 juin, 16hr30. (Réponse de Cindy)
Ta femme a raison (c'est une femme!! ;-), c'est vrai qu'on est de plus en plus à l'aise sur scène et dans nos personnages. Le plaisir de jouer croît au fil des représentations.
Ma recette pour éliminer le doute:
Tu prends tes doutes, tu les mélanges avec l'angoisse, tu fais une grosse boule avec et tu mets ça au four à 550 degrés jusqu'à ce qu'il en reste que des cendres. Ensuite, tu me sacres ça au poubelle en te disant: Ben voyons, c'est pas bon ça... Je laisserai pas des doutes venir ternir la saveur des plaisirs de la vie !! Pffff... gang de cendres inutiles qui pourrissent la vie de ceux qui leur en laissent le pouvoir !
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Dimanche, 22 juin, 8hr46.
Encore une fois, on a que des bons mots à me dire concernant ma performance d’hier soir.
Ma belle-soeur était subjugué par mon jeu, mon beau frère renversé par ma capacité de parler devant un public. C'est drôle, ils disent que ça ne doit pas être facile de crier comme ça devant autant de gens, moi, c'est une des choses que je trouve tellement facile. Mon Ramon est tellement libérateur, je pense que c'est lui qui me permet de prendre mon pied avec Cyrano (ça fait cochon ce que je dis là, le réalisateur porno qui me permet de prendre mon pied avec le bonhomme au long outil).
Et encore une fois, même si je me suis laissé distraire par ma ceinture qui ne tenait plus, et que j'avais l'impression que cela enlevait toute la magie à mon jeu, les gens n'ont rien remarqué, et plusieurs personnes (en plus de ma femme) qui voyait le spectacle pour une deuxième fois, m'ont félicité avec un enthousiasme renouvelé, prétendant même que ma performance était encore plus éblouissante.
Avec tous ces commentaires positifs, le four à 550, et les menaces de plumes dans le cul, je pense que le doute est mort.
Je suis fier de jouer avec moi-même (il n'y a pas d'allusion tordue et sexuelle ici là !) et je le sens aussi vrai que lorsque je dis que je suis fier de jouer avec Vincent, ou avec Cindy, ou avec Benoît, où avec Gabrielle, ou avec Donald, ou avec…
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Mercredi, 25 juin, 8hr30.
Il suffit que je croie réellement en quelque chose pour que cela arrive. C’est de croire réellement qui est plus rare chez moi, malheureusement. Ma femme dit souvent que je suis une personne qui peut réussir dans n’importe quoi, si j’y crois.

Elle n’a pas tort et je commence à y croire. Je pense à mon talent de comédien. Je ne pensais jamais avoir autant de compliments, de façon répétés, par autant de monde différents. Dernier en datte : un parent de Martin croyait que j’étais un acteur habitué de jouer au café-théâtre qui était venu secourir la troupe de débutant en jouant le rôle de Cyrano (trop difficile pour des débutants).
Pas étonnant que je sois obligé de changer la grandeur de mes portes à la maison. Mais j’arrête ma fausse modestie et je commence à croire que je suis fait pour ça. D’ailleurs, à ma grande surprise, je sais déjà mon texte pour les scénettes historiques (nouveau projet qui commence dimanche le 29 juin).

mercredi 18 juin 2008

Le plaisir de la maîtrise

Le fait de maîtriser (notre corps, notre art, notre communication, etc.) pour atteindre nos buts dans la vie, pour nous dépasser, me semble bien à propos dans ce mois où je monte sur scène à douze reprises et où je dois maîtriser mon texte, mes déplacements, mon jeu, mes émotions, etc. Et ça semble fonctionner, cette maîtrise de soi est gage du plaisir de réussir.

Mais ce n’est pas de ce jeu dont je veux vous parler, c’est du badminton. J’ai lancé de gros défis à certains d’entre vous un jour, en disant que je pouvais vous battre n’importe quand, avec toute l’arrogance de Cyrano… et j’y crois ! En fait, je trouve ça amusant de vous provoquer ainsi, et je suis sûr que ça va donner des rencontres intéressantes.

J’ai fais ça avec mon fils, toute sa vie. Dans n’importe quel jeu, cartes, échec, Nintendo, je ne l’ai jamais laissé gagner. Il en a probablement pleurer un bon coup quand il était gamin. Et regardez ce qu’il est devenu : quelqu’un qui n’abandonne pas et qui est fier de ses réussites. C’est parce que je ne le laissais pas tomber. Je le rassurais en lui disant qu’un jour il allait me battre. Je l’encourageais à chaque rencontre. L’important, c’est de ne pas se défiler, de continuer à jouer avec son enfant même (surtout) quand il commence à être bon. Et accepter de se battre jusqu’au bout, même quand finalement, c’est lui qui gagne à tout coup. C’est ce qui m’est arrivé avec le Nintendo et autres jeux vidéo, il me déclasse complètement.

Au badminton, c’est autre chose. Malgré sa jeunesse, sa vigueur, son expérience du jeu de plus en plus grande, il ne me bat qu’une fois par année environ, et on joue toutes les fins de semaine. La dernière fois, vous auriez dû voir l’étincelle dans ses yeux au point de match. La fierté, la joie, le plaisir de la maîtrise !

Ça m’a fait penser à un texte que j’ai écris sur un autre blog, et j’ai décidé de le glisser sur celui-ci. J’y parle de mon propre combat pour gagner au badminton. En tous cas, j’espère que ça va vous donner le goût de venir essayer de me planter.

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11.6.06

Je suis fier de moi ! Imaginez-vous 300 livres de muscles (mmm...) en train de courir après un petit volant de badminton. Je le fais toutes les fins de semaines depuis plus de 5 mois environ. J'adore le badminton et, depuis toujours, je me suis habitué à la victoire (personne – que je connaissais – n'était de taille – croyez-moi, la taille ça me connaît), jusqu'au jour où un certain M (vaut mieux taire son nom pour l'instant) s'est joint à nous pour nos compétitions amicales – faut le dire vite – hebdomadaires.

Ce fut désastreux ! Pour mon petit orgueil. Pendant un peu plus d'un mois – peut-être même deux, allez soyons honnête – je suis allé de défaites en défaites, promenant mon âme en peine et ma carcasse endolori d'un bout à l'autre du terrain avec un balancement significatif de la tête de gauche à droite indiquant à quel point je n'y comprenais plus rien.

J'ai essayé une ou deux fois de le vaincre en simple face à face – faut le dire vite ça aussi car c'est loin d'être simple – mais ça ne faisait que m'humilier. Je me consolais en faisant des simples avec d'autres membres de ma famille (mon fils ou mon beau-neveu – quoi? C'est vrai qu'il est beau!) mais la victoire avait un goût trop commun (facile et sans saveur). Je me suis aussi contenté de victoire plus ou moins facile en double en me jumelant à l'autre meilleur joueur de la bande (mon fils !) et en jumelant M à un handicap de la bande (je ne nommerai personne...).

Comme vous voyez, tous mes subterfuges n'ont pas donné grand chose, ils ne pouvaient cacher à personne qu'une victoire contre le Prince du badminton ne semblait pas du tout à ma portée. Je m'étais même dis que je réussirai à le planter seulement si je perdais 200 livres et qu'il tombait malade...

Mais malgré tout, je n'ai pas réellement abandonné. J'ai décidé de persévérer quitte à être humilié une couple de fois – j'ai insisté la semaine dernière pour faire un dernier match avec lui à la fin de nos deux heures de jeu, match que j'ai perdu 11 à 0, il me semble.

Et finalement – roulement de tambour – j'y suis arrivé ! J'ai gagné 15 à 8 dans un simple avec M, l'ex-prince du badminton ! Imaginez ma joie... J'ai envie de le crier sur tous les toits, de me promener sur la rue avec des affiches géantes aux slogans révélateurs : “Détrônement du Prince du Badminton! Le Roi du Volant reprend son envol !” On devrait en faire une manchette sportive dans les journaux ou les bulletins télévisés... Mais je vais me contenter d'un message sur mon blog en espérant que la nouvelle se disperse un peu. Si j'ai le temps, ça ira même sur un de mes sites qui vise un plus large public.

Tout ça pour vous dire que la victoire est tellement belle pour celui qui sait persévérer. Il a fallu que je sois patient aussi. Tout au long du match, il faut savoir attendre, ne pas se précipiter sur tout ce qui vol, profiter des erreurs de l'autre, garder son souffle, prendre son temps avant de faire son service, briser le rythme de l'autre sans briser le sien... Il n'y a rien de facile à gagner dans de telles conditions. Et le tout était plaisant. On a fait des échanges plus long que d'habitude – j'avais de la difficulté à toucher au volant ou à rendre ses services il y a une semaine – et des coups remarquables – à deux poils de la ligne ou du filet.

Le plaisir est une drôle de chose. Souvent, on l'associe à un laissé aller caractéristique, comme lorsqu'on rit, qu'on mange ou qu'on jouit, mais il se vit aussi dans le contrôle de soi, la maîtrise de soi, chose qu'on a tendance à oublier.

Le 10 juin 2006 restera gravé dans ma mémoire parce que cette victoire inespérée fut pour moi un véritable orgasme de plaisir et un ode à la maîtrise de soi. Merci M pour m'avoir permis une telle apothéose de bonheur. J'espère pouvoir le renouveler, un jour – quoique j'ai bien l'impression que ce genre d'expérience paroxystique va devenir contagieux dans les semaines qui viennent. Car si d'autres amateurs de la bande jouent le jeu du plaisir de la maîtrise, c'est eux qui savoureront leur victoire comme jamais...

Et je serai heureux d'avoir fait grandir leur plaisir !

lundi 16 juin 2008

Gros comme un panda

Hier, pour me relaxer, c’était la fête des pères après tout, je me suis payé un bon repas au Bâton-Rouge (mon restau favoris, un restau de prédilection pour les gros qui s’assument : de belles banquettes capitonnées, un dégagement entre la table et le siège suffisant pour ne pas comprimer les bedaines, des assiettes copieuses pour les affamés, des entrées savoureuses qui peuvent servir de repas pour les moins affamés, un service impeccable ; ils ont bien compris que ce sont les gros qui maintiennent à flot leur entreprise…). Puis, pour couronner la soirée, nous sommes aller digérer lentement au cinéma (je vais peut-être vous surprendre mais on a même pas eu besoin de pop-corn ou autres croustilles pour se satisfaire…).

Je suis aller voir le dessin animée Kung-Fu Panda. Quel plaisir ! Je n’avais pas autant ris depuis mon premier Shrek. De voir ce gros bêta, bedonnant, gourmand et maladroit devenir le guerrier dragon qui sauve le monde, est tout à fait réjouissant. A la manière de Shrek (mon alter-égo – vous comprenez pourquoi, une fois que vous m’avez vu en bobette et en camisole), le film brise les préjugés concernant le surplus de poids. Pire, il amène presque le spectateur à le valoriser. Au minimum, il conscientise ou fait réfléchir sur l’obsession de la minceur et la trop grande importance qu’on accorde au paraître (« pas être ») au détriment du « être » dans notre société. Dans ce film, ce sont vraiment les caractéristiques personnelles du gros panda qui vont faire la différence dans son combat contre l’incarnation du mal. Sa force d’inertie, sa capacité d’absorption des coups, son intérêt pour la nourriture, son imagination, son sens de l’humour, sa grandeur d’âme, autant de caractéristiques qui seront faire la différence.

Il m’a fait penser à Cyrano (un autre alter-égo qui m’habite jour et nuit depuis quelques temps). Lui aussi doit se battre contre les préjugés sociaux, non pas parce qu’il est gros (sauf mon Cyrano à moi) mais parce qu’il est laid (sauf mon Cyrano à moi)…

« Moi, c' est moralement que j' ai mes élégances. Je ne m' attife pas ainsi qu' un freluquet, mais je suis plus soigné si je suis moins coquet ; Je ne sortirais pas avec, par négligence, un affront pas très bien lavé, la conscience jaune encore de sommeil dans le coin de son oeil, un honneur chiffonné ! Des scrupules en deuil. Mais je marche sans rien sur moi qui ne reluise, empanaché d' indépendance et de franchise ; Ce n' est pas une taille avantageuse, c' est mon âme que je cambre ainsi qu' en un corset, et tout couvert d'exploits qu' en rubans je m'attache. Retroussant mon esprit ainsi qu' une moustache, je fais, en traversant les groupes et les ronds, sonner les vérités comme des éperons. »

Quelqu’un m’a avoué cette semaine que la première fois qu’elle m’avait rencontré, mon apparence physique lui avait fait penser que j’étais une sorte de Bougon sur le BS. C’était amener gentiment avec des excuses sincères, convaincue qu’elle était de s’être trompée sur mon compte. Et moi, de lui répondre :
« Je pense que tu as en partie raison, je ne cache pas mon origine BS (ma mère là été toute sa vie après la mort de mon père), et peut-être même qu’inconsciemment, je cherche parfois à le valoriser, à l’élevé à un sommet dont je pourrais en être fier. C’est une sorte de flambeau qui sert à rappeler à tous que le monde des apparences, du paraître de notre société est complètement vide de sens. Mon apparence est aussi peu importante que celle de ma voiture, de mon gazon, de la décoration de ma maison... « Je m’en fous royalement ! Ça ne m’intéresse même pas... » Chaque fois que je m’intéresse aux apparences, c’est sur le coup de la culpabilisation sociale, les « je dois » et « il faut » de ce monde, pour avoir l’air correct aux yeux des autres... Ça me donne juste le goût de me rebeller, de m’habiller comme Ramon (un autre alter-égo de la pièce) et d’aller dîner au Reine-Élizabeth (pour comprendre faut voir la pièce)...


Comme psychologue, j’ai de la difficulté à répondre positivement aux personnes qui veulent, pour se valoriser, transformer leur apparence extérieur affin d’avoir une meilleure estime de soi. J’ai trop souvent vu des absurdités contre-nature être sanctionné par les spécialistes de la santé, au nom de l’estime de soi et la confiance en soi : brochage de l’estomac aux multiples effets secondaires (pour les gens trop gros), coupage et rallongement des jambes par processus de recalcification des os (pour les gens trop petit), chirurgie esthétique à répétition (pour les gens trop laid). Y a un problème de taille quand tu en es rendue à ta dixième chirurgie, qu’on ne voit plus que ta peau et tes os et que tu ne t’aime pas davantage… C’est pourtant ce qui se passe pour la majorité des cas.
Vous n’avez pas idée du nombre de belles femmes qui viennent me voir, qui sont bourrée de complexes et que malgré tous les efforts qu’elles font (suivre des régimes à répétition, fréquenter les centres sportifs, soignée leur apparence physique, se vêtir comme des cartes de mode, se lancer dans des défis de séduction pour prouver qu’elles sont des femmes sexy, développer leur gentillesse et leur délicatesse, améliorer leur efficacité au travail, à la maison, au lit), elles ont toujours une aussi faible estime de soi.
C’est parce que l’estime de soi est avant tout reliée à l’image intérieure. Tant que vous ne réussissez pas à valoriser cette image intérieure, la rénovation extérieure n’aura aucune valeur. Ceux et celles qui réussissent commence par un long processus de valorisation de soi à partir de ce qu’il sont vraiment (valoriser l’être avant de changer le paraître). C’est à mon avis, le seul gage d’une transformation à long terme. Et pour s’aimer vraiment, faut se libérer de la pression sociale.

Et c’est ça le plus difficile, la société pousse toujours dans le sens de la normalité; c’est la loi de la moyenne qui prime. Les extrêmes sont toléré ou valorisé en autant qu’elles correspondent à l’idéologie dominante qui fait la norme. C’est pour cette raison, que selon l’époque par exemple, la pondération acceptable n’est pas la même, parfois l’extrême minceur est valorisée, parfois elle est décriée. Un jour les grosses personnes sont un gage de santé, un autre jour elles sont le fléau responsable de la montée des coup de la santé… À quand la chasse aux gros pour avoir des déductions d’impôt ?


« Il faudrait peut-être commencer à prendre un peu de recul par rapport à la quête fébrile de la santé. Cette grande vague de folie est en train de nous rendre tous malades de honte et de culpabilité. Arrêtons de croire que notre valeur est inversement proportionnelle à la quantité de gras que nous mangeons et directement proportionnelle au nom­bre de kilomètres que nous «joggons». Quand donc cesserons-nous de nous juger et de juger les autres sur le fait qu'ils se préoccupent ou non de leur santé ? Le jugement des gens au nom de la santé constitue actuellement l'un des pires lieux d'intolérance dans notre société. Au Moyen Âge, les dominicains se sentaient tout à fait en droit de brûler sorcières et hérétiques au nom de la foi en un seul et vrai Dieu, une cause qu'ils considé­raient plus élevée que la vie elle-même. Les fanatiques de la santé semblent aujourd'hui avoir la même bonne conscience lorsqu'ils atta­quent et stigmatisent les gros et les pseudo-gros au nom de la lutte contre le diabète et les maladies cardio-vasculaires. Peu importe les blessures morales qu'ils infligent à travers leur guerre sainte contre la graisse, ils affirment agir pour le bien des gens. Ils luttent pour une noble cause, l'augmentation de la longévité de la population géné­rale, la petite coche statistique de plus. Au nom de l'augmentation de leur longévité, ils sont prêts à rendre infernale la vie de milliers de personnes.
Tenir compte de sa santé devrait être un choix et non un enjeu moral. La modification de ses habitudes de vie devrait s'appuyer sur des motifs comme la recherche d’un plus grand bien-être et non sur l’évitement de la réprobation sociale
» (À 10 kilos du bonheur, par Danielle Bourque, Les Éditions de l’homme, p.153).


Le gros panda m’a fait réalisé une des fonctions essentielles des tissus adipeux : la protection. Biologiquement, la graisse protège du froid, de l’invasion de certaine toxine et même de certaine blessure qui autrement pourrait être mortelle (faut enfoncer ses croc plus profondément pour blessé un gros)… Je pense que beaucoup de personne reste grosse parce qu’elle se protège des attaques extérieures, principalement des pressions sociales, des préjugées faciles, des regards désapprobateurs… C’est un beau paradoxe : plus on met de la pression sur un gros pour qu’il change, plus il va grossir. Peut-être que finalement, ce n’est pas si innocents que ça, ce processus. Parce que dans le fond, si les gros deviennent de plus en plus gros, notre vision de nous même risque de s’améliorer. Une cliente m’a déjà dit qu’elle avait un malin plaisir à faire grossir sa sœur pour se sentir plus mince; elle lui faisait des petits gâteaux tous les jours. « Que c’est gentil, ça ! »

« Si nous voulons parler des liens entre la santé mentale et le poids, je suggérerais qu’on prenne bien soin de replacer les choses dans l’ordre où elles apparaissent : en général, on ne devient pas gros parce qu’on a des problèmes psychologiques, mais si on est gros, on risque de développer des problèmes psychologiques parce qu’on vit dans une société qui nous renvoie une image négative de soi-même. Cet ordre n’est pas indifférent puisqu’il identifie la source du problème et, par le fait même, le sens des solutions à apporter : si les difficultés vécues par l’obèse ne proviennent pas d’une quelconque fragilité psychique mais plutôt d’une image négative, les solutions doivent aller dans le sens de l’organisation de groupes de support et de dénonciation des préjugés et de la discrimination plutôt que dans celui de la psychothérapie axée sur le renforcement du moi. De façon générale, l’obèse souffre moins d’un problème du moi que d’un problème du eux. » (p.174).

Sans les préjugés sur la beauté, à l’époque de Cyrano, Roxane serait bien tombée en amour avec lui, avant sa mort. C’est la force d’Edmond Rostand d’avoir montré toute l’absurdité de la force des préjugées qui favorise le paraître au détriment de l’être. Tout au long de la pièce, Roxane est en amour avec l’être profond que Cyrano met sur papier mais elle s’imagine qu’elle l’est avec cet imbécile de Christian qui n’a, à peu près, que la beauté comme qualité personnelle. Si elle avait vu chez Cyrano, autre chose qu’un homme à gros nez, elle n’aurait pas fini sa vie au couvent. Mais sa vison était entachée par le poids des préjugés.


L’obsession du monde médical pour l’amaigrissement relève, bien plus que de véritable considération de santé, de l’intégration du modèle esthétique actuel et de ce qu’il sous-tend comme valeurs morales. Vous avez un doute sur les préjugés véhiculez dans le réseau de la santé, demandé à un obèse ce qui se passe en consultation. Comme le dit Mme Bourque : « qu’il aille consulter pour un orgelet ou pour un mal de gorge, on lui expliquera (le plus sérieusement du monde !) que sa guérison passe par l’amaigrissement. » Si c’est pas ça être dominés par des préjugés valorisés par une société intolérante vis-à-vis des différences, je ne sais pas ce que c’est.

C’est ce que j’aime avec des films comme Kung-Fu Panda : à sa façon, en nous faisant rire et nous détendre, il contribue à modifier nos préjugés. Et nous avons biens besoin dans cette société de la valorisation du vide, de faire tomber les préjugés qui contribuent à nous faire passer à côté de l’essentiel : vivre ensemble, rencontrer des gens magnifiques, tisser des liens d’amitié et d’amour, profiter de chaque instant…

Je vous laisse sur une citation du film, elle vient du maître tortue du gros panda :

« Hier est l’histoire. Demain est un mystère. Aujourd’hui est un cadeau, c’est pour cela qu’on l’appelle le présent »