Je pleure, chaque fois que j’y pense. C’est plus fort que moi. Mon petit garçon s’en va. C’est vrai maintenant. Il fait le grand saut et ce soir, il dormira chez lui, dans son appartement, avec quelqu’un d’autre que son père. C’est lui qui part et c’est moi qui pleure parce que je ne serai plus là, à ses côtés, pour le protéger et le voir se réaliser au fur et à mesure de sa croissance. Je ne serai plus un témoin privilégié de ses découvertes, de ses éclairs de génie ou de ses gaffes. Dorénavant, je devrai me contenter d’épisode isolé ou différé, quand il fera une apparition la fin de semaine et qu’il aura envie de me raconter les aventures rocambolesques d’un jeune cégépien explorateur théâtrale.
J’me suis toujours dit que ça ne devrait pas être si triste ou aussi déchirant de le voir partir, mais je me trompais. C’est comme si on était en train de m’extirper une partie de moi, de mes tripes, et tout ça sans anesthésie.
« Je ne m’enfui pas je vole » chantait Sardou à une autre époque, et j’aimais bien cette chanson là quand c’était moi l’ado qui rêvait de liberté. Elle a maintenant un arrière goût un peu amer. Mais en la réécoutant, question de me faire pleurer un peu plus, je dois avouer que son départ n’a rien d’aussi tragique que celui de la chanson. Mon fils s’en va seulement étudier à St-Hyacinthe, à 40 minutes de la maison, et il emménage avec des amis, pas loin du CEGEP.
Le voilà donc qu’il franchit une étape de plus dans l’agrandissement de son carré de sable…
Que devrais-je lui dire ? Bravo mon fils, je suis fier de toi. Je suis heureux que tu puisse entreprendre une telle expérience : vivre en appartement, cohabiter avec de vieux et de nouveaux amis, étudier un domaine qui te passionne…
Je me demande juste si pour toi, c’est aussi déchirant. J’aimerais que ce le soit un peu, parce que ça voudrait dire que tu es aussi attaché à moi que je le suis à toi. En même temps, j’aimerais que tu le vives pleinement, avec joie et enthousiasme, parce que cela confirmerait que nous ne nous sommes pas trompé, que c’était le bon temps pour faire cette transition, de ma vie, de notre vie familiale, vers ta propre vie…

Tu ne le sais peut-être pas encore, mais tu es en train de traverser tout un pont entre les rives de l’enfance sécuritaire, sans soucis, sans grandes obligations, et celle de la vie adulte, autonome et pleine de responsabilités… et dire qu’on parle d’un pas vers la liberté !
Ça me rappelle mon propre envol, j’avais 22 ans – et dire que toi tu en as 17... J’étais assis sur le balcon de mon nouvel appartement, juste après mon déménagement, et je pleurais à chaude larmes mon enfance que j’avais abandonné de l’autre côté du pont. Et j’ai fais ce dessin de ce que je voyais de mon balcon. Et ma vue se brouilla à ce moment là, comme maintenant, emportée par des tourbillons émotionnels annonciateurs d’une tempête transformationnelle…
J’espère que tes tourbillons t’amèneront comme il l’ont fait pour moi, aussi loin que tu en aura envie tout en restant aussi proche de toi-même…
Et de moi, peut-être.