Quand j’explique aux parents que les règles qu’on met en place doivent évoluer au même rythme que l’enfant grandit, j’utilise la métaphore du carré de sable qui devient de plus en plus grand.
Au début, l’enfant n’a pas un pouce carré de sable pour jouer : il est constamment dans nos bras ou attaché sur une chaise. Il n’a aucune liberté et aucune responsabilité (0%) et nous assumons et contrôlons tout (100%). Et à la fin (entre 18 et 25 ans – je sais, c’est plus long que vous espériez !), il doit se retrouver avec 100% de liberté et assumer 100% des responsabilités, alors que nous nous retrouvons avec 0% de contrôle sur sa vie.
Évidemment, cette transformation ne peut pas se faire d’un coup; l’enfant ne peut pas passer, du jour au lendemain, d’un pouce carré de poussière à la Terre entière… Il va voir son carré s’agrandir progressivement, d’abord restreint par la longueur – et la force – de nos bras, il a droit d’être, tour à tour, derrière les barreaux de sa basinette, le filet de son petit parc et la barrière qui l’empêche de débouler l’escalier. Puis son carré devient un véritable carré de sable duquel il ne peut ressortir sans notre aide avant de s’agrandir à la cour entière, en autant que les clôtures soient bien fermées.
C’est dans cette cour que va s’installer une transformation majeure dans notre façon d’exercer notre surveillance, on va lui permettre d’être seul partout où il veut, en autant qu’il reste dans notre champ de vision. On va ainsi pouvoir lui permettre de rester sur le trottoir et de courir jusqu’au Stop! C’est là qu’on va commencer aussi à utiliser la méthode de sécurisation la plus évoluée : lui faire confiance. C’est-à-dire qu’on va lui demander de s’entendre avec nous et de s’engager à respecter lui-même les limites du carré de sable. Et s’il ne va pas dans la rue comme on lui a demandé, il pourra enfin faire son premier tour du bloc – hors de vue de ses geôliers – pour ainsi passer du carré au pâté !
Hélas, ça ne lui suffira plus, il voudra se rendre tout seul à l’école, au dépanneur ou chez ses amis, pire, il voudra coucher ailleurs ! Il finira même par vouloir prendre un autobus ou le taxi, pire, conduire lui-même la voiture ! D’ententes en ententes – d’harcèlements en négociations – il pourra même partir à l’aventure pour se rendre à une ville voisine, ou pire, visiter Montréal, la nuit ! Et le sable du carré se transformera peut-être en d’autres substances possiblement illicites – au mieux, seulement lors de ses partys de fête – et le château en d’autres projets plus ou moins réalistes – comme un voyage en Europe ou pire – mieux ! quant à lui – un premier appartement. « Ça ne finira donc jamais » aurez vous envie de dire avec raison, car le carré s’étendra à toutes la Terre sans que vous puissiez y faire grand'chose – vous avez essayé de stopper un ado qui tchatte !
Personnellement, je suis en train de faire face à ce genre de carré de sable qui prend à mes yeux une sur-dimension inquiétante. Demain, mon fils fait un voyage scolaire en Belgique, pays de ses ancêtres, et en septembre, il fera un retour aux sources, là où il a fait sa maternelle, à St-Hyacinthe, où il emménagera pour compléter ses études collégiales. Ça donne le vertige ! C’est le vrai Syndrome du nid vide comme dirait Erma Bombeck.
Mais comme elle, je pense qu’il faut prendre ça avec philosophie, car si vous avez fait votre job de parent du mieux que vous puissiez le faire, c’est à vous qu’il racontera en premier ses nouvelles découvertes : combien de merveilleux trésors il a déterrés de son carré de sable; comment il a trouvé sous votre plus gros meubles de la maison, un vieux livre égaré depuis longtemps; combien de sous la Fée des dents est capable de lui donner pour la même dent qu’il a retrouvée dans les affaires de sa mère; comment, lorsque vous piler sur un nid de guêpe, elles vous attaquent vraiment et à quel point ça peut faire mal; que lorsqu’il grimpe dans la tour la plus haute d’un parc, j’ai l’air d’une fourmi; que dans les petits boisés de chaque côté de l’autoroute, on peut rencontrer de vrais chevreuils; à quel point la pizza, la crème pâtissière, les fraises et la bière ne font pas bon ménage; qu’il est extrêmement important de se battre pour la justice sociale et la sauvegarde de la nature; que votre cœur bat la chamade quand celle que vous aimez vous frôle innocemment; que Bruges est la plus belle ville qu’il ait jamais vue de sa vie…
Au début, l’enfant n’a pas un pouce carré de sable pour jouer : il est constamment dans nos bras ou attaché sur une chaise. Il n’a aucune liberté et aucune responsabilité (0%) et nous assumons et contrôlons tout (100%). Et à la fin (entre 18 et 25 ans – je sais, c’est plus long que vous espériez !), il doit se retrouver avec 100% de liberté et assumer 100% des responsabilités, alors que nous nous retrouvons avec 0% de contrôle sur sa vie.
Évidemment, cette transformation ne peut pas se faire d’un coup; l’enfant ne peut pas passer, du jour au lendemain, d’un pouce carré de poussière à la Terre entière… Il va voir son carré s’agrandir progressivement, d’abord restreint par la longueur – et la force – de nos bras, il a droit d’être, tour à tour, derrière les barreaux de sa basinette, le filet de son petit parc et la barrière qui l’empêche de débouler l’escalier. Puis son carré devient un véritable carré de sable duquel il ne peut ressortir sans notre aide avant de s’agrandir à la cour entière, en autant que les clôtures soient bien fermées.
C’est dans cette cour que va s’installer une transformation majeure dans notre façon d’exercer notre surveillance, on va lui permettre d’être seul partout où il veut, en autant qu’il reste dans notre champ de vision. On va ainsi pouvoir lui permettre de rester sur le trottoir et de courir jusqu’au Stop! C’est là qu’on va commencer aussi à utiliser la méthode de sécurisation la plus évoluée : lui faire confiance. C’est-à-dire qu’on va lui demander de s’entendre avec nous et de s’engager à respecter lui-même les limites du carré de sable. Et s’il ne va pas dans la rue comme on lui a demandé, il pourra enfin faire son premier tour du bloc – hors de vue de ses geôliers – pour ainsi passer du carré au pâté !
Hélas, ça ne lui suffira plus, il voudra se rendre tout seul à l’école, au dépanneur ou chez ses amis, pire, il voudra coucher ailleurs ! Il finira même par vouloir prendre un autobus ou le taxi, pire, conduire lui-même la voiture ! D’ententes en ententes – d’harcèlements en négociations – il pourra même partir à l’aventure pour se rendre à une ville voisine, ou pire, visiter Montréal, la nuit ! Et le sable du carré se transformera peut-être en d’autres substances possiblement illicites – au mieux, seulement lors de ses partys de fête – et le château en d’autres projets plus ou moins réalistes – comme un voyage en Europe ou pire – mieux ! quant à lui – un premier appartement. « Ça ne finira donc jamais » aurez vous envie de dire avec raison, car le carré s’étendra à toutes la Terre sans que vous puissiez y faire grand'chose – vous avez essayé de stopper un ado qui tchatte !
Personnellement, je suis en train de faire face à ce genre de carré de sable qui prend à mes yeux une sur-dimension inquiétante. Demain, mon fils fait un voyage scolaire en Belgique, pays de ses ancêtres, et en septembre, il fera un retour aux sources, là où il a fait sa maternelle, à St-Hyacinthe, où il emménagera pour compléter ses études collégiales. Ça donne le vertige ! C’est le vrai Syndrome du nid vide comme dirait Erma Bombeck.
Mais comme elle, je pense qu’il faut prendre ça avec philosophie, car si vous avez fait votre job de parent du mieux que vous puissiez le faire, c’est à vous qu’il racontera en premier ses nouvelles découvertes : combien de merveilleux trésors il a déterrés de son carré de sable; comment il a trouvé sous votre plus gros meubles de la maison, un vieux livre égaré depuis longtemps; combien de sous la Fée des dents est capable de lui donner pour la même dent qu’il a retrouvée dans les affaires de sa mère; comment, lorsque vous piler sur un nid de guêpe, elles vous attaquent vraiment et à quel point ça peut faire mal; que lorsqu’il grimpe dans la tour la plus haute d’un parc, j’ai l’air d’une fourmi; que dans les petits boisés de chaque côté de l’autoroute, on peut rencontrer de vrais chevreuils; à quel point la pizza, la crème pâtissière, les fraises et la bière ne font pas bon ménage; qu’il est extrêmement important de se battre pour la justice sociale et la sauvegarde de la nature; que votre cœur bat la chamade quand celle que vous aimez vous frôle innocemment; que Bruges est la plus belle ville qu’il ait jamais vue de sa vie…
1 commentaire:
Très touchant. J'aime beaucoup. Peut-être un de tes meilleurs.
MPM
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