mardi 2 octobre 2007

Jouer (acte 1)

Enfin, c’est commencé. J’ai eu mes trois premiers cours de théâtre. Ça faisait partie de mes projets depuis plusieurs mois – si je ne peux pas dire plusieurs années déjà – et j’ai enfin décidé à me lancer dans le vide. Parce que c’est un peu comme ça que je voyais ça : un saut dans l’abîme. Maintenant que j’ai plongé, je respire mieux et j’apprend à nager.

Et je réalise que je ne m’étais pas trompé : « jouer » est l’une des façons les plus efficaces d’augmenter la confiance en soi, d’améliorer l’affirmation de soi et par conséquent, de rehausser l’estime de soi. Michel Paquin (notre prof du Café-Théâtre de Chambly), même s’il n’est pas un psychologue ou un intervenant psychosocial, nous fait faire des exercices de jeu dignes des meilleurs thérapies de groupe de croissance personnelle ou d’entraînement aux habiletés de communication et d’affirmation de soi.

Jusqu’à maintenant, nous avons dû nous mettre dans la peau de multiples personnages (enfant, vieillard, policier, schizophrène, prêtre, etc.), exprimer différentes émotions avec notre corps (joie, colère, honte, peur, etc.), expérimenter des pôles relationnels extrême (jouer l’agresseur ou la victime), se mettre dans la peau d’un aveugle et faire confiance à soi-même et aux autres (un guide qu’on connaît à peine), se pratiquer à prendre beaucoup de place (jouer de façon ouverte plus expensive) ou moins de place (jouer de façon fermée, plus introvertie), etc.

Sur un plan psychologique, tout cela nous a permis de faire des « jeux de rôle » (une technique behaviorale-cognitive) qui permettent, entre autre chose, l’intégration des habiletés générales de communication, particulièrement celle qui consiste à faire en sorte que notre communication non-verbale appuie et renforcisse notre communication verbale. Cette habileté est essentiel autant pour un comédien que pour toute personne désirant développer une communication plus efficace. Si notre ton de voix, la position de notre corps ou les gestes que l’on fait illustrent parfaitement nos paroles, nous avons plus de chance de nous faire comprendre.

De plus, le fait de côtoyer régulièrement un groupe d’inconnus dont le seul point commun est de vouloir faire du théâtre, nous permet de vaincre une partie de notre gêne sociale : en effet, cette anxiété qui se caractérise par une peur de se sentir ridicule ou d’être jugé par les autres disparaît rapidement à force de faire, avec et/ou devant les autres, des choses complètement… ridicule! C’est une véritable désensibilisation systématique ou une exposition in vivo (d’autres techniques behaviorale-cognitive que je décris ailleurs) à toutes les situations sociales pouvant être anxiogène : parler en public, commencer, entretenir ou terminer une conversation, dire non, répondre ou faire des critiques, exprimer clairement ses émotions, donner spontanément son opinion, être observer par quelqu’un, communiquer avec des inconnus, etc.

Et que dire de cette possibilité de rencontrer de nouvelles personnes intéressantes et de partager avec eux de nouvelles expériences enrichissantes.

Que dire, enfin, de cette merveilleuse opportunité de se révéler… à soi-même.

Personnellement, je me suis surpris à songer – à espérer même – jouer un grand rôle comme celui de Cyrano de Bergerac. Je peux toujours rêver… ça ne me motive que davantage à continuer.

Merci Michel, merci Vincent, merci la gagne, pour tous ses bons moments passés, présents et à venir… Je ne peux souhaités, à tous mes psycopains anxieux, qu’une aussi belle et enrichissante expérience d’actualisation de soi.

dimanche 19 août 2007

Un pont à franchir pour un peu mieux s'affranchir

Je pleure, chaque fois que j’y pense. C’est plus fort que moi. Mon petit garçon s’en va. C’est vrai maintenant. Il fait le grand saut et ce soir, il dormira chez lui, dans son appartement, avec quelqu’un d’autre que son père. C’est lui qui part et c’est moi qui pleure parce que je ne serai plus là, à ses côtés, pour le protéger et le voir se réaliser au fur et à mesure de sa croissance. Je ne serai plus un témoin privilégié de ses découvertes, de ses éclairs de génie ou de ses gaffes. Dorénavant, je devrai me contenter d’épisode isolé ou différé, quand il fera une apparition la fin de semaine et qu’il aura envie de me raconter les aventures rocambolesques d’un jeune cégépien explorateur théâtrale.
J’me suis toujours dit que ça ne devrait pas être si triste ou aussi déchirant de le voir partir, mais je me trompais. C’est comme si on était en train de m’extirper une partie de moi, de mes tripes, et tout ça sans anesthésie.
« Je ne m’enfui pas je vole » chantait Sardou à une autre époque, et j’aimais bien cette chanson là quand c’était moi l’ado qui rêvait de liberté. Elle a maintenant un arrière goût un peu amer. Mais en la réécoutant, question de me faire pleurer un peu plus, je dois avouer que son départ n’a rien d’aussi tragique que celui de la chanson. Mon fils s’en va seulement étudier à St-Hyacinthe, à 40 minutes de la maison, et il emménage avec des amis, pas loin du CEGEP.
Le voilà donc qu’il franchit une étape de plus dans l’agrandissement de son carré de sable…
Que devrais-je lui dire ? Bravo mon fils, je suis fier de toi. Je suis heureux que tu puisse entreprendre une telle expérience : vivre en appartement, cohabiter avec de vieux et de nouveaux amis, étudier un domaine qui te passionne…
Je me demande juste si pour toi, c’est aussi déchirant. J’aimerais que ce le soit un peu, parce que ça voudrait dire que tu es aussi attaché à moi que je le suis à toi. En même temps, j’aimerais que tu le vives pleinement, avec joie et enthousiasme, parce que cela confirmerait que nous ne nous sommes pas trompé, que c’était le bon temps pour faire cette transition, de ma vie, de notre vie familiale, vers ta propre vie…




Tu ne le sais peut-être pas encore, mais tu es en train de traverser tout un pont entre les rives de l’enfance sécuritaire, sans soucis, sans grandes obligations, et celle de la vie adulte, autonome et pleine de responsabilités… et dire qu’on parle d’un pas vers la liberté !
Ça me rappelle mon propre envol, j’avais 22 ans – et dire que toi tu en as 17... J’étais assis sur le balcon de mon nouvel appartement, juste après mon déménagement, et je pleurais à chaude larmes mon enfance que j’avais abandonné de l’autre côté du pont. Et j’ai fais ce dessin de ce que je voyais de mon balcon. Et ma vue se brouilla à ce moment là, comme maintenant, emportée par des tourbillons émotionnels annonciateurs d’une tempête transformationnelle…
J’espère que tes tourbillons t’amèneront comme il l’ont fait pour moi, aussi loin que tu en aura envie tout en restant aussi proche de toi-même…
Et de moi, peut-être.

mardi 17 juillet 2007

Petits commentaires sur un grand vide

Commentaires sur le net au sujet du roman Le Vide (Patrick Senécal, 2007, Alire).

Je ne suis pas un amateur de thriller, mais je ne peux résister à l’univers de Patrick Senécal. Je me fais toujours une joie de découvrir ce qu’il a de nouveau à nous offrir. Plonger dans ses romans comprend toujours une part de risque pour le lecteur qui n'en sort jamais tout à fait indemne. Celui-ci ne fait pas exception à la règle, même que... Disons, que j'étais content de le terminer ce matin, question de respirer un autre air moins vicié. (…)
À part une scène particulièrement dérangeante vers la toute fin qui m'a presque fait vomir, c’est surtout l’aspect psychologique qui est poussé à sa puissance maximale plutôt que l’action en elle-même. Il prend le temps d’installer lentement les ficelles de son intrigue. Non seulement ça fonctionne, mais c’est nécessaire dans les circonstances. Senécal réussit excessivement bien à cerner ce vide existentiel que nous ressentons tous un jour ou l’autre. À la lecture du roman, le vide s’insinue en nous presqu’à notre insu. Plus on avance dans la lecture, plus on sent un certain vertige qui peut se transformer en angoisse profonde si on est moindrement vulnérable. Les âmes fragiles ou dépressives doivent vraiment s’abstenir de lire ce livre car le portrait qu'il brosse de l'existence, de l'être humain et de nos sociétés est loin d'être reluisant.
[Éric Simard
]

Avec « Le Vide », son œuvre la plus ambitieuse, il propose une réflexion percutante sur l'inquiétante superficialité de notre monde et de nos habitudes de vie. Le Vide traite d'un mal qui s'attaque à un très grand nombre d'individus de nos sociétés modernes qui, même s'ils se disent «branchés», «in» ou «cool», même s'ils sont instruits, bardés de diplômes ou hyperinformés... n'en éprouvent pas moins un jour ou l'autre un terrible sentiment de mal-être, de désespérance face à la vie, une terrible sensation de... vide. [canoe.ca]

Commentaires personnels

C’était le deuxième roman de Patrick Sénécal que je lisais, et ce ne sera certainement pas le dernier. Je n’ai vraiment pas l’habitude de ce genre littéraire à frisson, thriller ou horreur, mais l’écriture de Senécal me fait vivre des émotions si fortes, si dérangeantes, que je ne peux faire autrement, que d’y réfléchir. Ça fait déjà un mois et j’en suis encore tout bouleversé. J’ai la tête pleine de pensées et de réflexions provoquées par Le Vide

Pourquoi ? Peut être parce que son auteur dépeint trop bien ce que j’observe tous les jours dans mon bureau ou dans la société en générale. Cette espèce de façon qu’ont les gens de consacrer du temps et de l’énergie sur des futilités et de passer à côté de l’essentiel. Cette tendance à rechercher compulsivement le bonheur au mauvais endroit : dans le sexe, la drogue, le vedettariat, la réussite ou la fortune à tout prix, la gratification immédiate, la quête absolue du bien paraître, l’attachement aux différents symboles de pouvoir (richesses, possessions et postes de direction), la recherche d’adrénaline à travers les sports extrêmes (il existe même du power-yoga !), les activités dangereuses et stupides (on a qu’à penser au phénomène Jackass ou au Darwin awards)…

Je me suis lancé dans Le Vide à une vitesse folle – j’ai bien droit à mon sport extrême moi aussi – parce que cela rejoignait si bien mes préoccupations existentielles du moment, et je l’ai dévoré sans être capable de m’arrêter avant la fin. Je devais être affamé, mais j’ai quand même réussit à déguster ce copieux repas (642 pages) que je n’ai, comme vous voyez, pas encore finis de digérer (j’arrive difficilement à lire autre chose depuis)…

Il était temps qu’un auteur s’attaque avec autant de justesse et de fracas à cette dévotion de la superficialité au détriment des véritables valeurs humaines. Mon fils, un ado un peut naïf – il va me tuer quand il va lire ça ! – pense que ce livre « coup de poing » va suffire à faire bouger les choses dans notre société. Personnellement, ma propre naïveté m’amène à croire qu’après avoir secouer les gens, il faut leur offrir un modèle à suivre, un guide vers un renouveau des valeurs humaines et sociales qui favorisera le bonheur ; ce livre n’est pas encore écrit mais il ne serait tardé…

Réactions en chaîne.

Je me suis mis à relire un livre au titre évocateur : À la recherche d'un sens dans un monde confus (de Léopold Lanteigne, 1995, Éditions de Mortagne). On y parle du sens de la vie et de son manque de sens (le vide) en faisant un bilan de tous les courants philosophiques et religieux qui nous influencent depuis le début de notre histoire. Et l’auteur nous donne de bonnes pistes de réflexion pour construire un monde meilleur, qui serait moins vide de sens.

Un monde où la personne et l’amour responsable sont les valeurs premières semble pouvoir s’harmoniser avec les visions orientale et occidentale. Ces deux types de visions ne sont pas opposées et irréconciliables, mais plutôt complémentaires. La primauté de la personne et l’amour de soi assurent les droits alors que l’amour responsable permet l’insertion dans l’ensemble et justifie les devoirs.(…)[p.285]
Il n’est pas possible de vivre sans valeurs communes, comme il n’est pas possible de vivre sans valeurs personnelles. (…)[p.201]
Seul un monde construit sur ce qui rend les êtres humains semblables est à même de répondre aux exigences du monde actuel. Celui qui repose sur ce qui les rend différents – race , nation, état, langue, culture, religion – n’est plus à même de survivre. (…)[p.287]
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Je souhaite ce genre de monde à ce pays où les viaducs tombent parce que nos élus sont trop préoccupés par leur image, leur argent et le maintien de leur pouvoir sur les autres, ce pays où les lacs sont infesté d’algue bleu parce que d’inconscients citoyens ruraux tentent d’installer la ville à la campagne ou parce que des adeptes de sensations fortes modifient leurs embarcations pour faire de plus grosse vagues tripantes, cool, hot, et in qui brassent les fonds marins et les rivages à la recherche de nouvelles toxines…

J’ai aussi eu le goût de revoir Le déclin de l’empire américain, un film de Denys Arcand qui illustrait déjà en 1986 cette montée de l’individualisme au détriment du bien commun.

C’est un livre qui part de l’hypothèse que la notion de bonheur personnel s’amplifie dans le champ littéraire en même temps que diminue le rayonnement d’une nation, d’une civilisation. (Et qu’entendez-vous par bonheur personnel?) L’idée de recevoir de sa vie quotidienne des gratifications immédiates et que la mesure de ses gratifications constituent le paramètre normatif du vécu. (…)
Par exemple : le mariage. Dans les sociétés stables, le mariage est un mode d’échange économique ou politique ou encore une unité de production (…). Ce qui veut dire que le mariage n’a rien avoir avec le bonheur personnel. Comme si une société en développement se préoccupait davantage du bien être collectif ou d’un bonheur hypothétique futur plutôt que de satisfaction immédiate. (…)
Je pose la question paradoxale : cette volonté exacerbé de bonheur individuel que nous observons maintenant dans nos sociétés n’est-elle pas en fin de compte historiquement lié au déclin de l’empire américain que nous avons commencé à vivre ?
[Dominique St-Arnaud, jouée par Dominique Michel]

Réflexions en cascade.

« Quand j’étais petite et qu’on me demandait ce que je voulais faire plus tard, je répondais toujours que j’allais devenir comédienne… » J’ai entendu cela à la télévision, par une actrice dont j’ai oublié le nom, qui disait pourtant quelque chose d’encore plus important : « Mais maintenant, quand je fais le tour des écoles pour parler de mon métier, il m’arrive de poser la même question aux enfants et presque immanquablement, on me répond : Je veux être une star ! »
N’est-ce pas là le résultat pervers de nos fameuses télé-réalités ? Car les jeunes, plus que les autres peut-être, semblent en être rendue à cette recherche insensée : devenir quelqu’un d’important, instantanément, sans délais, sans effort et sans déplaisir. D’où le surnom que je leur ai donné : la génération cheatcode – vous connaissez sûrement cette tendance à utiliser des codes qui permettent de donner à leur personnages le maximum de points de vie ou d’habiletés et les meilleurs armes, tout ça pour éviter ce qui, dans la vraie vie, est inévitable : la fameuse game-over ! Pourtant, loin de moi l’idée de rejeter la faute sur les jeux vidéo car mes expériences personnelles avec mon fils m’ont souvent démontré qu’à peu près n’importe lequel d’entre eux pouvaient être utiliser de façon éducative ou pour transmettre nos plus belles valeurs : comme le plaisir d’apprendre, l’importance de faire des efforts, survivre à un échec ou résoudre des problèmes. C’est seulement dommage qu’on accorde autant d’importance au fait de gagner et qu’on oublie d’appliquer la petite phrase qu’on répète pourtant si souvent : « l’important c’est de participer ! » Plus personne n’y croit vraiment.

Nous semblons souffrir d’un problème majeur de conjugaison : à force d’être si attaché au verbe « paraître » (pas-être) et au verbe « avoir » (à voir), nous ne savons plus « être » ou « faire » quelque chose qui a du sens.

Et cette recherche du paraître me fait aussi penser à la sexualisation de nos jeunes filles qui s’accentue de plus en plus, à un point telle que si on ne voit pas leur visage – et encore même si on le voit parfois – il est extrêmement difficile de différencier le corps d’une fillette de 10 ans de celui d’une jeune femme de 25 ans… Et on se demande comment expliquer la montée en flèche de la pédophilie.

Je suis tanné de cette course folle à l’image qui nous pousse tous à jouer à qui est-ce qui pisse le plus loin. Comme par exemple, dans ma rue, on jurait qu’on participe tous à un concours célèbre : « Qui aura le plus beau terrain de golf ?» Et pour cela, ils sont prêt à réveiller leur voisin à 7 heure le dimanche matin et à aller contre toutes les réglementations sur les herbicides. Et il y a ceux qui, pas content de gaspiller l’eau pour arroser leur gazon à des heures interdites, en profite pour laver leur asphalte ou le recouvrement encore tout neuf de leur maison.

Ça me fait penser à la chanson Train de vie de Mes Aïeux qui nous sert la légende d’Alexis le Trotteur comme une fable sur notre façon de vivre.

« La gloire est un train qui file à vive allure
La crinière au vent, le pied dans l'tapis
C'est sûr, tu vas finir par frapper ton mur (…)

On court pis on s'énerve comme des p'tites fourmis
On s'épivarde, on s'éparpille comme des vraies queues d’veaux
Hey, on court après quoi, on court après qui ?
On s'essouffle pour épater la galerie
Hey, on se prend pour quoi, on se prend pour qui ?
On court après nos vies, ça en vaut-tu le prix ? »

Conclusions sans fin.

« L’être humain est un mauvais comédien qui répète la même pièce, et c’est à croire que nous faisons des enfants pour qu’ils la poursuivent jusqu’à la fin des temps ! » [Le vide, p.147].

C’est le psychologue désabusé – celui du roman – qui dit cela et j’avoue avoir dû lutter – pendant une période de déprime – contre cette simple idée au conséquence dangereuse qui dit que la vie n’a pas de sens, qu’elle est vide de sens… Plusieurs personnages du roman ne luttent plus, eux, et finissent par faire remonter d’une façon record – seulement dans l’histoire heureusement – le taux de suicide du Québec – qui n’avait pas besoin de ça ! Par précaution, les personne dépressive devrait s’abstenir de lire se livre ou du moins ne pas le faire sans un accompagnement professionnel – et je ne cherche pas par là à augmenter ma clientèle.

Pourtant, je pense que le roman se termine malgré tout – non je ne vous dirai plus rien sur ce tout ! – par de jolies touche d’espoir – que je n’élaborerai pas non plus ! On est loin du happy end américain (on ne l’aurait jamais pardonné à Patrick Senécal) mais la conclusion ne m’a pas déçu car ce qui me semblaient être les éléments les plus sensés, c’est-à-dire ceux qui pourraient remplir ce vide, quoique malmenés tout au long du roman, sont épargnés et semblent renaître à la toute fin.

C’est ce qui m’a intéressé le plus comme psychologue : tout au long du roman, les personnages principaux passent à côté de l’essentiel, et Patrick en fait une démonstration à chacune des interactions sociales, comment chacun d’eux ne disent pas ce qu’ils ressentent, ne partagent pas leur sentiment avec leurs proches, focalisent sur des choses sans importance comme sur ce qui passe à la télévision (toujours omniprésente), comment ils évitent de se parler, fuient la possibilité de conflit, ne règlent pas leurs problèmes. Et toutes les valeurs essentielles comme l’amour, le partage, l’empathie, la coopération, sont chassé au profit de la superficialité et autres gestes insensés…

C’est Chloé qui se présente comme un vent de fraîcheur avec son scrapbook personnel rempli d’espoir – non je ne vous dévoilerez pas le punch ! – digne d’être parmi mes psybonheurs.

Finalement, après avoir été ému, troublé, horrifié même, j’ai laissé traîner le bouquin dans la maison pour que d’autres soient tenté de le lire… Puis, j’ai regardé pousser mon gazon quitte à ce qu’il soit trois fois plus long que celui du voisin, j’ai écouté mon garçon me raconter sa journée en partageant ses fous rires et ceux de ma blonde. Je leur ai dis que je les aimais et finalement… nous avons fait une grosse boule d’amour.

vendredi 22 juin 2007

Je me souviens

Ça fait plus de deux mois que je me demande quoi écrire sur ce blog et voilà que notre fête nationnale se pointe. Ce qui m'a fait penser à un texte que j'aie écrit il y a deux ans (publié sur un autre blog à ce moment-là, le 24 juin 2005) et je me suis dis que je pouvais le partager à nouveau en le publiant sur ce blog ouvert au grand public.

Bonne St-Jean à tous !

* * * * *

Je ne me souviens pas de l'année. Probablement entre 1976 et 1980, après la prise du pouvoir du PQ et avant le référendum, au beau milieu de mon adolescence.
Les préparatifs de la St-Jean allait bon train sur la rue Des Érables, à Montréal. C'était probablement un 23 ou un 24 juin, le matin, et deux bénévoles étaient entrain d'accrocher à notre balustrade une superbe banderole de petits drapeaux du Québec, qui de notre balcon du deuxième étage jusqu'à celui de notre voisin d'en face, allait faire une arche inversée au-dessus de la rue. La rue était déjà décorée du coin Rachel et allait l'être jusqu'à Marie-Anne. Nous étions tous heureux de participer à la fête, nous étions même fière d'être de ceux qui avaient l'honneur de porter les couleurs du Québec (nous étions simplement chanceux, une maison sur deux portait une banderole).

Soudain, sans prévenir, les bénévoles durent faire face à une attaque carabinée (armée d'un balais) d'une vieille sorcière qui criait à tue tête, rouge de colère, des sons incompréhensibles, en postillonant vers eux. Surpris (désagréablement surpris), ils hésitèrent avant de descendre nos marches de peur de se mettre dans la trajectoire des postillons ou dans le rayon d'action du balais furieux. Ils prirent un temps fou à comprendre que notre vieille fille de charmante propriétaire leur interdissait d'accrocher une banderole à sa maison. Une foule composée de voisins et autres bénévoles éberlués s'était déjà rassemblée sur le trotoir ou dans la rue, à bonne distance des projectiles, lorsqu'un responsable de la fête arriva comme négociateur pour dénouer l'impasse. Finalement, après un dialogue de sourd, – nous le devenions tous quand la proprio criait – c'est la banderole qui fut dénouée, malgré les protestations de toute une rue.

Nous nous retrouvâmes donc avec une rue drôlement décorée : une banderole à toutes les deux maisons, l'absence de banderole pour quatre maisons, puis l'alternance aux deux maisons qui se poursuit jusqu'au bout de la rue. Nous faisions tache au milieu de la fête. Nous devenions différents des autres mais d'une différence que nous ne voulions pas vivre. Nous avions tous le coeur à la fête, le goût d'exprimer notre vraie différence, d'affirmer notre identitée. Nous sommes Québécois...

Ma mère décida une fois de plus de braver l'interdit. Je n'ai jamais sû si c'était juste pour faire plaisir à ses enfants, ou pour affirmer son patriotisme, ou pour le simple plaisir de braver l'interdit. Peu importe pourquoi, elle règla le problème d'une drôle de façon. Pour pas que nous soyons la maison différente des autres (celle qui manque une banderole), elle en fit celle qui était différente des autres (avec une banderole unique en ce monde). Quant à être différent, aussi bien choisir sa différence!

Nous avons passer la matinée à découper des bandes de tissus de toutes sortes (jeans finis, draps déchirés, vieilles robes démodées depuis cent ans) pour composer, en les nouant bout à bout, la corde de notre nouvelle banderole. Des triangles et des fleurs de lys improvisées furent découpés et attachés à notre corde pour mettre la touche finale à la plus belle banderole de la rue – seulement selon ma mère, je pense, du moins c'est ce qu'elle nous disait.

Évidemment, le début d'après-midi fut couronné par une sortie en règle de la sorcière mal-aimée mais celle-ci s'époumona pour rien. Les organisateurs de la fête ne pouvaient – ou ne voulaient – rien faire contre nous, et nous n'avions pas l'habitude d'obéir à notre propriétaire. Elle n'osa jamais sortir de sa cour et monter notre grand escalier pour décrocher elle-même la banderole, trop effrayée par mon grand frère aux cheveux longs et à la cigarette au bec qui veillait sur notre trésor national avec un petit sourire malicieux. On ne la revit pas de la journée, ni de la soirée, ni de la nuit...

Parce qu'en ce soir de fête, mon frère avait décidé de transformer notre balcon en discothèque. Lui et ses amis avaient instalé leurs plus grosses colonnes de son pour faire jouer tous les hits de l'époque. Il s'y connaissait en musique, si bien que notre partie de la rue, juste devant la porte de la propriétaire, devint noire de monde. La circulation routière avait été bloquée pour la journée. La fête officielle se déroulaient près du coin de Rachel alors que nous étions plus près de Marie-Anne. Ce soir là, il y eut deux sites pour le prix d'un. Et celui de mon frère se termina plus tard que l'autre, au grand dam de la sorcière.

C'est comme ça, et de bien d'autres façons encore, que ma mère m'a donné le goût d'affirmer ma fiertée d'être québécois... à moins que ce soit le goût d'affirmer mon droit d'être différent et de choisir ma différence.

vendredi 30 mars 2007

Après Minuit, le soir.

Hier. 10 heures, le soir. Je suis en état de choc ! Quelle finale ! Le générique n’a jamais été suivi d’un silence aussi long. Je suis confus dans ma tête et dans mon cœur. Pourquoi une telle fin alors que tout se dirigeait vers un happy-end bien mérité. Après tant de noirceur, on nous avait promis de la lumière. J’avoue avoir été choqué contre les auteurs Claude Legault et Pierre-Yves Bernard. Me disant qu’ils n’ont pas le droit de me faire subir une telle déception après m’avoir fait vivre autant d’émotions pendant trois ans. Je me suis couché fâché et déçu, en me demandant même si je n’avais pas surestimé cette série extraordinaire.
Hier. Minuit, le soir. Je me réveille en larmes. C’est trop injuste pour Marc, Fanny et les autres. J’ai du mal à l’accepter, à commencer le deuil. Peut-on traverser un si long désert parsemé d’embûches, être submergé d’espoir à la vue d’une oasis et mourir en constatant que ce n’était qu’un mirage ? Eh bien oui. Et c’est la raison de l’émotion qui m’envahit : le bonheur est si fragile et fugace qu’il faut le saisir en plein vol et espérer le ressentir encore lors de notre dernier souffle. Je comprends pourquoi je pleure, et pourquoi ça me fait paradoxalement du bien.
Aujourd’hui. 8 heures, le matin. J’ai le goût de partager mes impressions sur cette superbe série. Ça faisait du bien d’entendre parler pour une fois des vrais hommes : de chairs, de larmes et de sang. On n'a jamais décrit et dépeint aussi bien les hommes de ma génération. Merci aux deux auteurs de génie pour leurs trouvailles exceptionnelles : je pense au psy de service qui m’apparaissait particulièrement compétent malgré ses conditions de pratique, la façon de donner un nom aux animaux et la malédiction qui planait sur ceux-ci jusqu’à la fin (comme tout le monde je ne pensais qu’à la vie du chiot avant le drame), et surtout pour quelque chose que j’aimerais bien partager avec les trois mousquetaires de Minuit, le soir : une grosse boule d’amour ! Merci à vous quatre (tout le monde sait que les trois mousquetaires sont toujours quatre) : le p’tit (Marc Legault), bon comme toujours, que ce soit à bord d’un vaisseau, au milieu d’une patinoire de la LNI ou à la porte d’un bar ; le gros (Louis Champagne), acteur magnifique qui gagne à être connu ; le vieux (Julien Poulin), qu’il a fait bon de voir dans un rôle à mille lieues de son célèbre Bob ; et la fille (Julie Perreault), toujours aussi belle et sensuelle, forte et fragile à la fois. Merci pour votre jeu impeccable et troublant. Merci aussi à Podz, ce grand réalisateur qui a su, avec originalité et innovation, illustrer à la perfection grâce à ses jeux d’ombres et de lumière, ses pas en avant et ses retours en arrières, la complexité des tourments intérieurs de chacun des personnages et des situations qu’ils devaient rencontrer.
Aujourd’hui. 9 heures, le matin. Je n’en peu plus d’attendre. Je rêve d’avoir en cadeau un coffret de la trilogie aussitôt qu’il sortira (je l’espère !). Je ne peux qu’encourager tout les hommes de quarante ans (et des piges) à se procurer les trois saisons de la série qui, si vous les regardez en rafales, vous feront vibrer du cœur et songer de la tête bien au-delà de Minuit, le soir.

mercredi 14 mars 2007

Dire NON !

Ma femme est une monitrice d’affirmation de soi exemplaire comme en témoigne cet entretien téléphonique :

  • Bonjour ! Je suis M. Untel de Tel & Tel et associés. Puis-je parler à M. St-Louis ?
  • C’est madame
  • Vous êtes Mme St-Louis ?
  • Elle-même ?
  • Bonjour Mme ! Pouvez vous me dire si vous êtes propriétaire du … ?
  • Non.
  • Comment ça non, je voudrais juste savoir si vous êtes propriétaire…
  • Pourquoi ?
  • Parce que je suis curieux.
  • Ce n’est pas une raison valable.
  • Comment ça ? (il commence à s’énerver le monsieur) Qu’est-ce que ça peut faire de me dire si vous êtes propriétaire ou non ?
  • Ça ne vous concerne pas. Je ne vous connaîs pas après tout.
  • Mais voyons, c’est juste pour savoir. Est-ce que c'est si grave de me le dire ?
  • Oui, c'est grave. C'est une invasion de ma vie privée et je ne suis pas obligée de vous répondre.
  • He… (c’est pas clair ce qu’il a marmonné, disons seulement qu’il était à court d’arguments intelligents). Vous ne voulez pas me répondre ?!
  • Non !

Il a fini par raccrocher. Une chance que c’est elle qui répond le plus souvent au téléphone. Grâce à elle, nous ne sommes pas les nouveaux heureux propriétaires d’une thermo-pompe ou autre bidule de chauffage révolutionnairement inutile pour nous, ou d’une nouvelle protection anti-toutes-possibilités-insécurisantes, ou d'abonnement à 56 magazines et journaux, ou de …

jeudi 1 mars 2007

Le carré de sable

Quand j’explique aux parents que les règles qu’on met en place doivent évoluer au même rythme que l’enfant grandit, j’utilise la métaphore du carré de sable qui devient de plus en plus grand.

Au début, l’enfant n’a pas un pouce carré de sable pour jouer : il est constamment dans nos bras ou attaché sur une chaise. Il n’a aucune liberté et aucune responsabilité (0%) et nous assumons et contrôlons tout (100%). Et à la fin (entre 18 et 25 ans – je sais, c’est plus long que vous espériez !), il doit se retrouver avec 100% de liberté et assumer 100% des responsabilités, alors que nous nous retrouvons avec 0% de contrôle sur sa vie.

Évidemment, cette transformation ne peut pas se faire d’un coup; l’enfant ne peut pas passer, du jour au lendemain, d’un pouce carré de poussière à la Terre entière… Il va voir son carré s’agrandir progressivement, d’abord restreint par la longueur – et la force – de nos bras, il a droit d’être, tour à tour, derrière les barreaux de sa basinette, le filet de son petit parc et la barrière qui l’empêche de débouler l’escalier. Puis son carré devient un véritable carré de sable duquel il ne peut ressortir sans notre aide avant de s’agrandir à la cour entière, en autant que les clôtures soient bien fermées.

C’est dans cette cour que va s’installer une transformation majeure dans notre façon d’exercer notre surveillance, on va lui permettre d’être seul partout où il veut, en autant qu’il reste dans notre champ de vision. On va ainsi pouvoir lui permettre de rester sur le trottoir et de courir jusqu’au Stop! C’est là qu’on va commencer aussi à utiliser la méthode de sécurisation la plus évoluée : lui faire confiance. C’est-à-dire qu’on va lui demander de s’entendre avec nous et de s’engager à respecter lui-même les limites du carré de sable. Et s’il ne va pas dans la rue comme on lui a demandé, il pourra enfin faire son premier tour du bloc – hors de vue de ses geôliers – pour ainsi passer du carré au pâté !

Hélas, ça ne lui suffira plus, il voudra se rendre tout seul à l’école, au dépanneur ou chez ses amis, pire, il voudra coucher ailleurs ! Il finira même par vouloir prendre un autobus ou le taxi, pire, conduire lui-même la voiture ! D’ententes en ententes – d’harcèlements en négociations – il pourra même partir à l’aventure pour se rendre à une ville voisine, ou pire, visiter Montréal, la nuit ! Et le sable du carré se transformera peut-être en d’autres substances possiblement illicites – au mieux, seulement lors de ses partys de fête – et le château en d’autres projets plus ou moins réalistes – comme un voyage en Europe ou pire – mieux ! quant à lui – un premier appartement. « Ça ne finira donc jamais » aurez vous envie de dire avec raison, car le carré s’étendra à toutes la Terre sans que vous puissiez y faire grand'chose – vous avez essayé de stopper un ado qui tchatte !

Personnellement, je suis en train de faire face à ce genre de carré de sable qui prend à mes yeux une sur-dimension inquiétante. Demain, mon fils fait un voyage scolaire en Belgique, pays de ses ancêtres, et en septembre, il fera un retour aux sources, là où il a fait sa maternelle, à St-Hyacinthe, où il emménagera pour compléter ses études collégiales. Ça donne le vertige ! C’est le vrai
Syndrome du nid vide comme dirait Erma Bombeck.

Mais comme elle, je pense qu’il faut prendre ça avec philosophie, car si vous avez fait votre job de parent du mieux que vous puissiez le faire, c’est à vous qu’il racontera en premier ses nouvelles découvertes : combien de merveilleux trésors il a déterrés de son carré de sable; comment il a trouvé sous votre plus gros meubles de la maison, un vieux livre égaré depuis longtemps; combien de sous la Fée des dents est capable de lui donner pour la même dent qu’il a retrouvée dans les affaires de sa mère; comment, lorsque vous piler sur un nid de guêpe, elles vous attaquent vraiment et à quel point ça peut faire mal; que lorsqu’il grimpe dans la tour la plus haute d’un parc, j’ai l’air d’une fourmi; que dans les petits boisés de chaque côté de l’autoroute, on peut rencontrer de vrais chevreuils; à quel point la pizza, la crème pâtissière, les fraises et la bière ne font pas bon ménage; qu’il est extrêmement important de se battre pour la justice sociale et la sauvegarde de la nature; que votre cœur bat la chamade quand celle que vous aimez vous frôle innocemment; que Bruges est la plus belle ville qu’il ait jamais vue de sa vie…

mardi 20 février 2007

Une grosse gaffe !

Le mieux est l’ennemi du bien ! C’est l’une des leçons que j’ai révisées en ce début d’année, un peu tard, puisque c’était après avoir commis l’irréparable.

Je voulais faire un meilleur DVD maison de Pure Laine, une série sur l’identité québécoise que j’apprécie particulièrement. Le premier disque ne comptait que 11 épisode alors que j’en avais 13 sur mon disque dur du DVDR. Je me suis dit que je pouvais faire mieux. Je n’avais qu’à réduire chacun des épisode en enlevant les publicités et tout allait pouvoir entrer sur un seul disque DVD. Sûr de réussir mon œuvre, je décide de formater immédiatement le vieux DVD en espérant pouvoir réenregistrer par-dessus. J’en doute un peu mais voilà qu’en suivant les instructions à l’écran, je constate que tout se fait bien… Surpris et heureux, je clique sur tous les boutons qui me conduisent au formatage complet de mon disque DVD.
Devinez quelle était la gaffe ? J’ai remarqué trop tard que j’étais en train de formater le disque dur au complet. Pow ! Je me suis retrouvé en état de choc. J’avais plus de 120 heures d’enregistrement sur ce disque, que je venais de détruire en un seul clic (c’est le dernier qui compte!). « C’est pas vrai ! Pas possible… je ne pouvais pas avoir fait ça. » J’avais beau chercher à nier, l’écran m’envoyait toujours fièrement son message : « le formatage ne va prendre que 60 secondes environ »).
Au bout d’une minute, je dus commencer à faire mes Adieux à plusieurs épisodes de la série Poirot dont on n'avait pas terminé le premier visionnement. Fini tous les Astérix que je voulais ajouter à ma collection. Je ne les ai plus ces émissions spéciales comme le Bye Bye de RBO que je voulais revoir pour me bidonner. Ni les Charlots, Mr Bean, États humains et les Viens voir les comédiens que je gardais pour mon gars et son amour du théâtre et des clowns modernes… J’avais aussi des émissions sur la lutte au Québec et sur le hockey (Canada-Russsie), nos deux sports nationaux, ainsi que de nombreux films qui étaient passés à la télé et que je n’avais pas encore vus…
J’ai pleuré, pendant une bonne quinzaine de minutes et boudé, pendant une autre quinzaine. Au bout d’une heure, j’étais encore en train de me traiter de con, d’idiot, de stupide, et j’en passe. J’ai crié, frappé dans un mur, j’avais envie de tout casser. Je me suis dit que je venais de perdre une partie de ma vie, j’étais désespéré comme Gollum ayant perdu son précieux. « C’est trop injuste » me disait mon petit Caliméro intérieur. Je me suis même mis à me rappeler toutes les grosses gaffes de ma vie. Et évidemment quand j’ai recommencé à être un peu plus fonctionnel, je me suis senti persécuté : tout allait mal! Chaque patente que je touchais tombait, se brisait, volait en éclat. J’ai tout arrêté. J’étais en pleine dépression.
En fait, j’ai dû faire un processus de deuil en accéléré, avec ses nombreuses étapes dans l’ordre et dans le désordre : état de choc, déni, colère, tristesse, culpabilité, auto-critique, déprime et… enfin, l’acceptation. Et, comme pour mieux transcender ce petit malheur, dépasser cet état d’inconfort qui aurait pu se prolonger pendant plusieurs jours, j’ai écrit ce petit texte sans prétention. Et ça marche ! En écrivant, la catharsis a opéré, mon anxiété s’est évanouie et mes pensées se sont libérées de quelques distorsions cognitives (comme celle du « je suis bon à rien » ou du « je devrais me culpabiliser pour ne pas que cela se reproduise »).
Et finalement, cet accident a pris un tout nouveau sens : celui de l’acte manqué. En effet, je m’étais fait la réflexion un ou deux jours auparavant que la nouvelle saison de télé commençait et que j’avais besoin de place sur mon disque dur. Comme quoi un malheur n’arrive jamais sans son petit bonheur, pour qui sait attendre ou observer les deux côtés de la médaille.

jeudi 25 janvier 2007

Solidarité

Mon gars est un ado qui n’aime pas beaucoup ses cours d’éducation physique. Il trouve que le prof est trop bête et ne leur enseigne rien : il se contente de les laisser pratiquer des sports, sans leur apprendre de bonnes techniques et sans les motiver non plus. Seuls les règlements ont une place significative dans l’enseignement du prof, ce qui n’arrange pas la vie de mon petit rebel. Conséquences : lui et son prof semblent en guerre ouverte. Mon fils ne fait pas beaucoup d’effort, oublie son matériel, porte des souliers qui laissent des traces noires sur le plancher ou quitte le cours pour aller à des rendez-vous psychosociaux (il choisit ce cours là par exprès : « Je ne vais quand même pas sacrifier un cours de maths à la place ! »). Mais ce qui le fâche le plus, c’est qu’il est souvent le seul à subir les remontrances du prof, même si d’autres élèves contreviennent aux règlements.
Cela dit, un matin où il commençait sa journée par un cours d’édu, il était arrivé à une sorte de paroxysme dans le conflit avec son prof. Ce dernier avait insister pour qu’il arrive à son prochain cours avec des shorts (comme il était mentionné en toutes lettres dans le règlement de l’école), alors que la moitié de l’année (et tout son secondaire) s’était fait avec les mêmes pantalons de sport (oui, les mêmes… mais ça c’est une autre histoire). Il avait donc ce matin-là décidé d’affronter le prof quite à en subir les conséquences (il est toujours le premier pour dénoncer les injustices… ça aussi, c’est une autre histoire).
Quelle fut donc sa surprise quand il entra se changer dans le vestiaire : tous les membres de l’équipe de football de l’école était en train d’enfiler des pantalons de sport au lieu de leurs shorts habituels. Quel bel esprit de solidarité masculine ! Le prof n’est pas intervenu finalement et mon gars est encore motivé par cet appui à un point tel qu’il excelle comme jamais dans son cours d’édu.
Finalement, on devrait remercier ce prof qui a réussit mieux que quiconque à enseigner de belles compétences transversales…