jeudi 1 septembre 2016

Ma soif de jouer



Quand j’écris ces lignes, je réalise que je suis à un jour de mes deux dernières représentations de « Les Noces de Tôles[1] », à trois jours du neuvième camp de sélection de «La Soiphe[2]» et à deux semaines du début de mon cours sur le processus créateur[3]; pas étonnant que je me demande pourquoi j’aime tellement faire de l’art dramatique ou de l’art visuel.

Pourquoi participer à une pièce de théâtre ? Pourquoi prendre une demi-heure par jour pour apprendre un texte et participer à des répétitions trois heures par semaine, pendant environ six mois ? Pourquoi me compliquer la vie à apprendre à parler avec un accent italien ? Pourquoi mémoriser une suite de déplacements, développer une attitude physique ou veiller à bien rendre dans mon jeu les intentions du personnage ? Pourquoi s’exposer devant un public et risquer d’avoir l’air ridicule ? Et pourquoi faire de l'improvisation ? Pourquoi se lancer sur la glace sans aucun texte pour faire du patinage de haute voltige verbale ? Pourquoi prendre le risque de n'avoir rien à dire devant une foule en attente ? Pourquoi tenter de donner la réplique à des joueurs plus expérimentés et talentueux ?

Parce que j'aime ça, quitte à souffrir un peu, comme un « maso » aime se torturer…

Comme je n’étais pas convaincu par ma première réponse, j'ai voulu pousser ma réflexion plus loin en faisant de l'écriture automatique sur le sujet, dont voici le résultat :

·         Pour le plaisir de montrer qui on est, d’être dans la peau de nouveaux personnages, de vivre la vie d’un autre, de suivre ses pulsions ou de découvrir des facettes cachées, de soi ou des autres.

·         S’exposer aux autres et prendre des risques ; risquer d’être rejeté en prenant une chance d’être accepté.

·         Recevoir de l’approbation, des félicitations, de l’amour, pour qui on est ou pour ce qu’on est capable de faire ressentir aux autres.

·         Provoquer une émotion chez les autres ou chez soi.

·         Vivre du succès, être applaudi, se faire dire qu’on est bon, qu’on a fait rire ou pleurer.

·         Être vivant et rendre les autres vivants, ressentir et faire ressentir en s’exprimant de toutes les manières possibles.

·         Jouer des rôles qu’on ne joue pas souvent dans la vie de tous les jours, pratiquer de nouvelles attitudes, habiletés sociales ou de communication.

·         Partager nos plaisirs et nos passions, en toute complicité.

·         Rire avec les autres, des autres et de soi.

·         Combattre la peur du ridicule, de se tromper, de faire des erreurs, d’être pris en défaut.

·         Jouer avec son corps, ses émotions, sa bouche, sa voix, son âme.

·         Vivre le trac de la vie, se sentir sur un plongeoir, prendre une bonne respiration et sauter.

·         Vivre pleinement le théâtre de la vie et l’improvisation du moment présent.

·         Avoir la liberté et le plaisir de changer notre prestation selon notre humeur et les occasions du moment.

·         S’épanouir, laisser vivre des facettes de soi qui trouvent rarement leurs occasions.

·         S’exprimer à travers nos voix ou nos voies intérieures.

·         Se découvrir soi-même et affronter nos peurs.

·         Être admiré par ceux qu’on admire.

·         Être aimé pour des parties de soi qui ont été rejetées trop souvent, être aimé pour ma folie, mon enfant intérieur, mes côtés masculin et féminin.

·         Soulager mes blessures du passé.

·         Faire la paix avec mon Ombre, le côté obscur de ma personnalité.

Finalement, peu importe mes raisons, l’important est que ça ait du sens pour moi. Et tant que cela en aura, je continuerai de monter sur les planches, de descendre dans l’improvisoire, de m’étendre sur des feuilles et de pianoter mon clavier.  L’art, sous toutes ses formes, me permet de me sentir pleinement vivant. Et le processus de création, impliqué dans toutes les formes d’art en particulier et dans la vie en général, me permet de me recentrer sur ma vraie nature, de suivre davantage mon élan intérieur qui guide mes pas lorsque je prends le temps de l’écouter, de me rapprocher de mon âme bien connectée à mon corps et à ma psyché, ou à ce qu’il y a de plus vaste en moi comme en chacun de nous.

Je pense que notre « soif de jouer » est ce qu’il y a de plus vrai ou de plus authentique en nous. Dès sa naissance, l’enfant joue.  Il se laisse aller à ses envies de vivre, toucher, être touché, s’exprimer, ressentir, découvrir, etc.  Il suit ses élans du cœur, simplement, spontanément, sans aucun jugement, complètement libre d’entrer en relation avec l’univers, à sa manière qui lui est propre, en suivant son tempérament, ses pulsions et ses instincts…  Jusqu’à ce que, pour les protéger (au début), les adultes provoquent la « domestication » de nos instincts et, par conséquent, de notre énergie créatrice.

« Des enfants pleins d’énergie et de projets se mettent tout à coup à dire qu’ils n’ont pas d’idées ou qu’ils n’aiment pas ce qu’ils font. Ils sont passés du simple plaisir de jouer et de créer au jugement sur ce qui est beau et ce qui ne l’est pas, sur ce qui est acceptable ou pas. Ils se comparent aux autres, se demandent s’ils ont du talent et tirent fréquemment de tristes conclusions, bien souvent sans que personne vienne remettre les pendules à l’heure, leur donnant la permission de s’exprimer librement, d’essayer, de se tromper, de suivre avec confiance le flot de leurs inspirations. » [4]

La pratique de n’importe quelle forme d’art m’apparaît donc être une forme de résistance à cette domestication de l’énergie créatrice. En fait, je pense qu’en tant qu’adulte, nous devons apprendre à assouplir toutes les règles qu’on s’impose depuis le début de notre domestication.  Je ne dis pas qu’il faut enfreindre toutes les règles ou laisser tomber toutes nos croyances, je dis simplement que nous devons les assouplir parce qu’elles ont été créées quand nous manquions de moyens pour faire face à la vie. En tant qu’adulte, nous devons nous faire davantage confiance.  Nous sommes davantage capables d’assumer toute cette énergie créatrice de l’enfant en nous. Plonger dans l’art et la création sous toutes ses formes permet de le faire, un pas à la fois, pour découvrir ce qui compte vraiment pour nous.

Personnellement, je découvre peu à peu ce qui m’allume vraiment, la vie que j’aime, et j’essaie de la créer pour qu’elle me ressemble pleinement. Quand je relis ma liste de raisons de faire de l’art (du théâtre et de l’improvisation en particulier), je réalise que certaines sont plus proches de l’essentiel que d’autres.  J’ai encore tendance à utiliser les arts pour satisfaire des besoins de l’égo (valorisation, approbation, succès), ces besoins créés par la domestication.  Ça nous semble tellement rassurant d’être aimé par les autres, à un point tel que parfois on peut s’éloigner de notre vraie nature.  Car cette tendance bloque notre processus naturel, nous empêche de nous laisser aller vraiment. À vouloir plaire à tout prix nous ne prenons plus de risque, nous demeurons conventionnels, nous risquons de ne plus surprendre et de ne plus provoquer d’émotion forte chez les autres, notre public, ceux qui s’intéressent à ce que l’on crée.


À force de vouloir plaire à tout le monde, on n’intéresse plus personne.


Quand j’ai commencé à écrire un roman à l’adolescence, je voulais que mon récit devienne aussi populaire que le premier film de Star Wars l’était à l’époque.  Je voulais que mes histoires soient lues ou vues par l’humanité au complet.  Je voulais, à travers ma création, briller de mille feux. Je voulais émerger de la masse humaine pour les illuminer de ma beauté, de mon imagination, de mon savoir, etc. 


J’ai découvert beaucoup plus tard combien ce désir d’illumination avait nui à ma créativité, car à l'âge de 25 ans, j’avais presque complètement arrêté d’écrire et de dessiner, parce que, d’une certaine façon, j’étais trop déçu de ne pas être déjà aussi remarquable que tous ceux que j’admirais.


« C’est un paradoxe : si je veux rayonner davantage, je dois relâcher le désir de rayonner. Nous savons que ce qui optimise le flot de l’énergie créatrice, c’est de travailler avec ce qui est, et cela est fait de tout, ombre et lumière, difficultés et moments de grâce. Les moments lumineux sont une partie délicieuse du processus, ils nous font sentir tout le potentiel de vie qui nous entoure et que nous portons, ils nous font nous dépasser, nous nourrissent profondément et parfois nous guérissent. Cependant, à un moment donné, ils ne deviennent qu’un autre phénomène qu’il faut laisser aller pour suivre le rythme naturel des choses. » [5]
 

Je suis présentement en train de vivre l’un de ces beaux moments d’illumination avec « Les Noces de Tôles », mais ça n’a pas grand chose à voir avec les éloges que l’on m’a faites pour mon rôle ou le succès qui a permis de jouer devant des salles combles. Ce qui est lumineux, c’est le plaisir que j’ai de partager la scène avec mes amis théâtreux.  C’est la complicité que nous avons eue pour créer ensemble, soir après soir, la belle folie de nos personnages et de leurs interactions.  C’est pour cette complicité créative, cette co-création que j’aime faire du théâtre ! 


Merci mes amis « tôleux » de m’avoir permis de vivre cette belle aventure avec vous, car c’est ensemble que nous sommes lumineux ! Et même si je sens que la fin est proche et que notre dernière sera émouvante, je sais que ce sera pour notre bien, car cela aussi fait partie du processus créateur et de la vie.  Comme disait Maude[6], dans une autre pièce : « Cela aussi passera…. »


Jusqu’à la prochaine inspiration. Car il y aura toujours une prochaine fois…


J’ai hâte à mon prochain rendez-vous avec le plaisir de jouer.



[1] Les Noces de Tôle, comédie de Claude Meunier. Présentée au Café-Théâtre de Chambly, du 12 août au 3 septembre 2016. Mise en scène de Karine Melançon, assistée de Jonathan Gervais, avec : Luc Fréchette, Cindy Hunter, Sophie Lapointe, Benoît Melançon, Anne Paquin, Chantal Pinard et José St-Louis.

[2] La SOIPHE : La Super Organisation d'Improvisation Pour Humains Exceptionnels. Ligue d'improvisation de Chambly, co-fondée en août 2012 par Charles-Aubey Houde, Alexandre Boutin-Labonté et Vincent Michaux-St-Louis. Les matchs ont lieu les dimanches soirs au Café-Théâtre de Chambly.

[3] Cours ATH2016: Le processus de création artistique en art-thérapie. Donné par Mme Johanne Hamel. Dans le cadre du Microprogramme de 2e cycle en art-thérapie.

[4] Jobin (2013), Créez la vie qui vous ressemble, Le jour, p. 28-29

[5] Jobin (2013), Créez la vie qui vous ressemble, Le jour, p. 133.


[6] Dans : Harold et Maude, une comédie dramatique de Colin Higgins.

samedi 31 août 2013

Psy'tes opinions politiques Facebookienne

N'ayons pas honte !
(3 mai 2011)

Si les Québécois ont de quoi avoir peur, ils ne doivent pas avoir honte.

Ça prenait beaucoup de courrage pour laisser tomber notre chien de garde depuis 20 ans et accorder notre confiance à un parti fédéraliste qui nous ressemble juste un peu pour tenter de mettre fin à un gouvernement qui nous ressemble pas du tout...  Et nous avions raison d'essayer !

Mais le ROC (Rest of Canada) a maintenu ses chiens de garde en place, nous offrant une fois de plus, une belle preuve de nos deux grandes solitudes.  Et encore une fois, l'Ontario n'a pas saisi le bras tendu..  Avez-vous remarqué dans les sondages pré électoraux que chaque fois que le NPD faisait un gain au Québec, les Conservateurs en faisait un en Ontario... Et dire qu'ils auraient pû créer un réel changement.

Ce n'est que partie remise car le ROC vient de donner à Harper toute la corde qu'il faut pour... relancer le mouvement souverainiste au Québec !

Je pense que pour les 4 prochaines années, le BLOC Québécois n'aura pas besoin de se faire à Ottawa...  parce qu'il se fera dans nos rues !

Désobéissance
(20 mai 2012)

Lire le texte de la Loi 78, c'est comme lire des pages de 1984... un roman écrit en 1948...

Moi qui a toujours été contre la moindre censure, sur le plan artistique, au niveau des idées, de l'expression des émotions... Je n'ai jamais lu quelque chose d'aussi à l'opposé de moi et du genre de société dans laquelle j'ai envie de vivre...

Doit on dire Adieu à notre démocratie ? Doit-on nous battre et... tous nous faire enfermer parce qu'on ne veut pas accepter la légitimité d'une loi aussi absurde ?

C'est révoltant pour un rebelle de salon comme moi... Et j'ai juste envie de dire, comme Lise Payette ose le dire: Jean Charest est le pire Premier ministre du Québec des 80 dernières années (minimum !)...

Ça me donne juste le goût de la désobéissance civile...

Allez-y, faisons tous notre devoir de citoyen : disons-non à ce bâillonnement !

Et pour ceux qui sont aussi peureux que moi voici quelques suggestions QUI NE SONT PAS des incitations à la désobéissance civile :

Continuons d'afficher notre carré rouge mais en faisant une légère inclinaison de 45 degré avec la mention "ceci n'est pas un carré rouge, c'est un losange Calliss !"

Au lieu d'une manifestation de 200 000 personnes, faisons 4 000 manifestations de 50 personnes, et envoyons pour chacune d'elle un avis avec notre trajet... On peut aussi en faire 4 081 de 49 personnes sans avoir à avertir personne mais attention il faut s'assurer du nombre exacte et d'être bien visible parce qu'on est pas sûr du "savoir-compter" de certains...

Va falloir user d'imagination et de créativité pour se faire entendre parce qu'il y en a qui manque de gros bon sens pour nous faire taire.

lundi 18 octobre 2010

Roger

Il s'arrêtait souvent, je dirais même plusieurs fois par semaine depuis notre ouverture. Il prenait un petit café et mangeait volontiers une gaufre ou un muffin quand il en restait. Et il parlait à tout le monde, en fait, il parlait surtout à nous, les bénévoles d' Osmose – Café des Arts, parce qu'il était vite devenu, un de nos deux clients réguliers.

Lors de notre première rencontre, il s'était montré intéressé par tout ce que je faisais… Je me souviens lui avoir laissé feuilleter mon cahier de dessin dans lequel je griffonnais. Il avait eu de bons commentaires. Et je lui avais demandé s'il était artiste. Il m'avait alors raconté qu'il créait surtout des sculptures. J'appris plus tard qu'il avait même commencé un projet pour Osmose, la sculpture d'un petit arbre qu'on pourrait mettre devant la porte. Et il me parla de dessins par ordinateur, de différents logiciels de dessins et d'infographie… Je lui montra mon affiche du Deus et il se mit à me dire combien de calques j'avais dû utiliser pour la faire. Il était capable d'apprécier tout le travail que j'y avais mis.

Par la suite, il est revenu à tous nos "Dimanches créatifs" : la première fois comme observateur, la dernière comme dessinateur… Il disait qu'on lui avait redonné le goût de dessiner. Je me souviens qu'une fois, il était resté assit toute la journée derrière moi, et comme si mes dessins l'inspiraient, il s'était mit à tracer des courbes au fusain… Il avait remarqué mon obsession pour les lignes courbes, semblable à des cheveux et les yeux qui revenaient souvent dans mes dessins… Et là, il dessinait des courbes d'où finit par émerger un œil d'oiseau… En plein le genre de dessin que j'aimais.

Il m'a parlé plusieurs fois de son logiciel d'architecture avec lequel il travaillait avant mais que, là, il utilisait pour faire de l'art. Et il a reconnu tout de suite l'objet que j'utilisais pour gratter ma peinture, un ustensile pour faire de la céramique ou des sculpture en terre glaise. Il me confia qu'il était en train de faire un bas relief du visage de sa fille en glaise… Visage qu'il allait par la suite couler avec une sorte de plastique dont j'ai oublié le nom. Il avait le projet de faire celui de son fils par la suite… Il pourrait même amener sa glaise chez Osmose, un de ces dimanches…

Puis, en ce beau dimanche après midi, je l'ai attendu, en me demandant avec quoi il allait arrivé, sa tablette ou sa terre glaise… Mais il ne revint jamais.

C'est mon fils qui me sidéra par la nouvelle après le passage d'une dame que je croyais être une cliente… Roger est mort vendredi dernier, le 15 octobre 2010.

J'ai continué à peindre en pleurant.

Étrange la vie parfois. Je ne pensais pas pouvoir m'attacher si vite à un monsieur d'une soixantaine d'années que je connaissais à peine… Pourtant, c'est bien ce qui s'est passé, et j'ai l'impression de pleurer un ami maintenant.

Mais je pense que ce qui me fait le plus de peine, c'est de penser qu'il ne pourra pas terminer les oeuvres qu'il avait l'intention de faire, surtout le portrait de son fils… Et cela me ramène à ma propre vulnérabilité…

On peut mourir, comme ça, soudainement, et laisser inachevé un tas de projets et de rêves merveilleux… Ça fait réfléchir… Ça me donne le goût de me lancer dans l'achèvement de tous mes projets en même temps… Mais je réalise que ce n'est pas possible… On a beau essayé de réaliser nos rêves les plus fous, je pense qu'on meurt toujours inachevé… Et, finalement, ce n’est peut-être pas si triste que ça… L'important, ce n'est pas d'avoir achevé tous nos projets avant de mourir, c'est de mourir en étant toujours en train d'en inventer de nouveaux…

Roger était heureux et souriant à chacune de mes rencontres. Je ne savais pas qui il était, ou ce qu'il faisait comme travail, ou si même il travaillait encore… Je sais juste qu'il aimait bien faire du bénévolat pour les plus démunies, encourager la relève artistique, parler et faire de l'art sur plusieurs formes, et aussi, qu'il aimait ses enfants… Jamais il ne m'a semblé malade et jamais il ne m'a dit mot sur un quelconque problème de santé…

Je garde donc de lui l'image de notre dernière rencontre. C'était jeudi dernier, à notre vernissage des "Dames de l'art". Je lui ai mit une main sur l'épaule en passant près de lui pour le saluer. Il m'avait sourit en me disant que c'était une belle exposition… Et toute la soirée, il s'était promené d'une artiste à l'autre pour commenter leurs œuvres ou questionner leurs façons de faire…

Je ne sais pas qui était vraiment Roger, mais mon Roger à moi était un confrère artiste bien sympathique qui m'encourageait à poursuivre ma démarche artistique… J'espère que votre Roger l'était autant que le mien. Si c'est le cas, je vous dis mes plus sincères sympathies…

[À la mémoire de Monsieur Roger Michaud]

samedi 24 octobre 2009

Pourquoi me faire vacciner ?

Je me pose la question depuis longtemps déjà… depuis qu’on parle de pandémie… avec le premier réflexe de dire non à la vaccination. Pourquoi non ? Pour être honnête, je pense que c’est par rébellion… Quand tout le monde semble pousser pour que j’aille dans une seule direction, j’ai tendance à résister. Surtout si ce "tout le monde" suit les recommandations d’une autorité quelconque, surtout celles des médecins et du gouvernement, encore plus celles des compagnies pharmaceutiques… Je résiste aux pressions sociales, comme celles que je vois dans les yeux de mon voisin quand il reluque mon gazon…

Je me suis dit que tous les biens pensants de ce monde étaient encore en train de nous faire peur avec des riens, de provoquer une phobie collective, une peur irrationnelle "pandémique"… Et mon premier remède contre la peur déraisonnable, en fidèle comportementaliste cognitiviste, c’est l’exposition (j’ai peur d’attraper la grippe : je m’expose à la grippe et prouve que je n’avais pas raison d’avoir peur). Je me suis dit – et je le pense encore – que tous les adeptes du "Purell" sont une "gagne" d’anxieux obsessif-compulsif au prise avec une paranoïa collective qu’il faudrait soignée en priorité au lieu de dépenser l’argent des contribuables pour remplir les poches de la petite mafia de la santé…

Puis j’ai aussi réalisé que j’avais peur d’être vacciné. Comme plusieurs, j’ai peur d’être le "chanceux" à qui le vaccin fera plus de mal que de bien. Et au lieu de penser à l’exposition comme méthode pour me défaire de cette peur toute aussi déraisonnable (la loi de la probabilité nous l’indique clairement – si vous ne le croyez pas, c’est que vous êtes probablement de nature anxieuse, ce qui vous fait confondre "possibilité" et "probabilité"), au lieu d’affronter ma peur en décidant de me faire vacciner, j’ai résisté en essayant de me convaincre que cette peur était totalement justifiée…

C’est donc armé de mon opposition à l’autorité et de ma conviction que le vaccin représente un danger bien réel que j’ai entrepris de suivre le débat d’un peu plus prêt (journaux, télé, web…).

Et c’est là que je suis tombé sur le discours décrivant la grande conspiration mondiale… Wow ! Moi qui se pensait parano… Un peu plus et les extra-terrestres sont impliqués – jusqu’aux oreilles de "Spoke" – pour faire de nous des mutants en vue d’une opération de métissage trans-humanitaire associée à leur prochaine invasion…

Ça m’a permis de réaliser que je me retrouvais devant un autre groupe de biens pensants – faut le dire vite – qui cherchait, avec la même conviction – et peut-être les mêmes objectifs mercantiles – à me pousser dans une autre direction… Et encore une fois, j’ai eu envie de résister… de me rebeller contre la non-vaccination.

Y a vraiment des moments où s’opposer pour s’opposer, ou s’exposer pour s’exposer, ne mène nulle part… J’ai donc essayé de faire appel à mon gros bon sens pour faire face à ce dilemme.
Qu’est ce que je gagne et qu’est-ce que je perd à me faire vacciner ou à ne pas me faire vacciner ? Conclusion : le vaccin peut me permettre d’échapper à la grippe H1N1, donc de ne pas être malade comme un chien pendant des mois… Au mieux, le prendre me donne une forte probabilité de ne pas être malade ; au pire il existe une possibilité que le vaccin me rende malade. Mais ne pas le prendre provoque seulement : une forte probabilité d’être malade. Parce que, même si je ne suis pas dans la catégorie "risque élevé", je côtoie des gens tous les jours dans mon travail et dans mes loisirs – et j’aime particulièrement embrasser mes p’tit(e)s copain(ine)s.

Mais ce qui m’a fait changer d’idée finalement, c’est la perspective de faire du mal à mes proches – qui en passant, étant donné que " qui s’assemble se ressemble ", sont aussi rebelles que moi… Et parmi eux, il y en a plusieurs qui sont à risque élevé… Ma femme et mon fils, par exemple, sont dans cette catégorie. Et si je peux leur éviter d’être malade, je vais le faire… Et parmi les autres amis qui me sont cher, j’ignore qui d’entre eux sont à risques ou qui d’entres eux fréquentent des gens à risques…

Je vais écouter MA propre petite voix intérieure et suivre MA propre petite voie extérieure, celles de MON GROS BON SENS… Je vais me faire vacciner pour éviter de contaminer mes proches, mes amis, mes clients et mon public… Je pourrais ainsi rester fidèle à ma réputation du plus grand "postillonneur" (je suis en nomination à la soirée des "Caf’arts" – les "Oscar" du "Café-Théâtre de Chambly") sans provoquer de pandémie… ou de paranoïa collective ! Tant pis si le consortium pharmaceutique en profite un peu (me rendre malade les aurait avantagés aussi de toute façon) ou que les extra-terrestres fomentent leur invasion (moi je sais, de toute façon, en grand adepte de "X-Files", qu’elle est commencée depuis fort longtemps), mais je vais continuer à emmerder mon voisin avec mon gazon trop long, mes jolis pissenlits et autres merveilles de la nature… Faut choisir ses batailles !


lundi 13 avril 2009

De solitaire à solidaire

D’aussi loin que je me souviennes, j’ai toujours été un grand solitaire, introvertie, que l’on traitait de « sauvage » parce que trop souvent renfermé dans sa chambre, isolé des autres… bien à l’abrie des autres. Ma chambre était un refuge, mes loisirs se pratiquaient en solo et mes amis… essentiellement imaginaires. Ça me rend triste aujourd’hui d’écrire ça et de penser à tous ces moments où je versais des larmes, recroquevillé sous mes draps, à prier Dieu, mon plus grand ami imaginaire, pour que quelque chose se passe, pour que quelqu’un vienne vers moi, pour qu’enfin… on m’aime !

Ah ! Non… N’allez surtout pas vous imaginer que j’étais dépressif et suicidaire, bien au contraire ! J’étais un enfant souriant, ricaneur, curieux, émerveillé par la beauté du monde, admirateur de tous ces grands hommes qui avaient fait une différence dans l’histoire de l’humanité et véritable adorateur de la femme, avec un grand F… Mon imaginaire était peuplé d’héros qui surmontaient tous les obstacles et de déesses lumineuses inatteignables qui finissaient toujours dans leurs bras… dans mes bras. Ah ! Oui ! Mes rêves ont toujours fait de moi quelqu’un d’heureux… bien plus que la réalité.

En fait, mon imaginaire m’a tout simplement sauvé, mais j’ai dû en payer le prix. Car en réalité, je ne suis pas un solitaire, j’ai même un grand doute sur ma soi-disant introversion. C’est juste pour me protéger, par peur, que je m’y suis réfugié, que je suis passé d’un enfant extraverti, exubérant, loufoque, rassembleur – je me souviens avoir même été un leader, en maternelle – à un ado inhibé, apathique, lunatique, évitant – je marchais entre la peinture et les murs de la polyvalente… J’ai dû attendre d’être entre ceux de l’université pour comprendre enfin que je souffrais tout simplement « d’anxiété sociale » et – ça je l’ai compris ou accepté bien plus tard – de « carence affective ».

Je suis donc devenu un homme assez ambivalent… D’un côté, j’ai une faim inassouvie, irascible, qui me pousse à aller vers les autres, surtout vers les femmes, encore plus vers toutes ces muses qui me rappellent les déesses de mon monde imaginaire, à rechercher leur attention, à boire leur parole, à goûter leur tendresse, à deviner dans leurs yeux tout l’amour qu’elles ont pour moi… De l’autre côté, j’ai de vieux réflexes d’anxieux, automatiques, incontrôlables, qui me poussent à éviter les autres, surtout ces déesses toutes puissantes qui ont le pouvoir de me blesser, à me cacher de leur regard, à me taire pour ne pas dire de bêtises, à ne rien faire pour ne pas être pris en défaut, à rechercher dans leurs yeux la présence du mépris qu’elles ont pour moi…

Les gens qui me connaissent ont beaucoup de difficulté à croire que j’ai été, ou que je suis encore parfois, ce genre d’homme. Faut me connaître un peu mieux encore pour être témoin des quelques manifestations de celui qu’une bonne amie a rebaptisé, il n’y a pas si longtemps, « José l’angoissé ».

C’est que j’ai beaucoup changé, surtout depuis que je suis entré dans la quarantaine, il y a déjà 5 ans. C’est drôle d’avouer ça aujourd’hui, alors que, comme psychologue, je traite, de façon efficace même, tous les problèmes reliés de près ou de loin à l’anxiété sociale ou à la carence affective… Comme on dit, les cordonniers sont souvent les plus mal chaussés. En fait, je crois simplement que ça ne suffit pas d’avoir en main tout ce qui faut pour guérir, s’améliorer, se transformer, changer, évoluer, grandir… On a parfois besoin d’électrochoc, de câble à « bouster » pour recharger une « batterie » épuisée ou un moteur paralysé. Je suis un partisan de la thérapie d’impact !

Les événements dramatiques agissent souvent comme des défibrillateurs sur notre cœur dormant. Pour moi, c’est d’avoir perdu, coup sur coup, à un an d’intervalle, ma mère et ma belle-mère. La secousse sismique que leur mort a déclenchée vibre encore sous mes pieds ; pas étonnant que je sois parfois si hésitant et maladroit dans mes premiers pas de nouveau rené…– Si marcher était trop facile, on ne goûterait pas au plaisir de ramper.

J’ai donc pris, à ce moment-là, la décision de faire quelque chose pour vaincre mon anxiété sociale, ce qui s’est concrétisé à petits pas : je me suis inscrit à un cours de théâtre en septembre 2007 et j’en suis rendue maintenant à courir pour monter deux pièces en même temps.

De me retrouver sur scène, devant une foule, 12 fois de suite, m’a permis, comme toute bonne technique d’auto-exposition, d’avoir raison rapidement de l’anxiété sociale que j’éprouvais lorsque j’étais en public. Le fait, aussi, de côtoyer, d’une façon si rapproché, autant de personnes, tout âge et sexe confondu, pendant autant de temps, m’ont complètement débarrassé de l’anxiété provoqué par l’intimité des relations interpersonnelles. Je n’arrête pas, depuis un certain temps, d’inviter mes clients anxieux sociaux à suivre des cours de théâtre…

Personnellement, j’y ai retrouvé ma nature un peu plus extravertie, histrionique même, celle qui aime attirer l’attention, qui aime faire rire, celle qui va vers les autres, qui provoque des discussions, qui dit haut et fort ce que j’aime et ce que je n’aime pas, qui crie sa joie de vivre et qui, pour la première fois, se nourrit de tout l’amour qu’on lui donne…

Mais comme un assoiffé qui découvre un oasis dans le désert, je m’y suis quasiment noyé… Je me suis littéralement gavé de toute l’affection qu’on me donnait, oubliant que la source pouvait se tarir, jusqu’à ce que je redevienne cruellement conscient de ma carence, alors même que je n’avais jamais été autant et aussi bien entouré de toute ma vie.

C’est un paradoxe humain qui se résume en une phrase : « On ne se sent jamais aussi seul que dans la foule. » Une maxime que mon fils a brillamment – c’est mon fils après tout ! – et élégamment modifié : « On ne se sent jamais aussi seul que lorsqu’on est aimé de tous ! » Ne vous en faites pas, ça m’a pris un moment pour bien comprendre ce qu’il voulait me dire. En fait, de sa longue expérience de vie – 18 ans, mon dieu que je l’envie ! – il a tiré une leçon toute simple : d’être aimé de tous ne fait pas qu’on se sent mieux ou satisfait dans la vie, on peut se sentir profondément seul devant tous ces gens qui nous aiment si dans le fond, ils ne nous intéressent pas. Ce qui fait la différence, c’est comment on aime les autres et non pas comment on nous aime.

Ça m’a fait repenser à un film que j’ai vu il y a quelques années : Adaptation, un film réalisé par Spike Jonze (en 2003) et écrit par Susan Orlean et Charlie Kaufman. Une comédie qui m’a pris par surprise même si je ne l’ai pas aimé du début à la fin et que je trouve si difficile à raconter que j’aime mieux vous citer le synopsis :

« Charlie Kaufman (Nicolas Cage), un scénariste marginal mais talentueux, doit adapter "The Orchid Thief" pour le grand écran. C'est un roman de Susan Orlean (Meryl Streep) inspiré d'une histoire vraie de John Laroche, un botaniste qui cultive des clones d'orchidées rares pour les vendre à des collectionneurs. Mais Charlie ne voit pas comment il pourrait rester fidèle au livre en recadrant l'intrigue dans un format hollywoodien. Parallèlement, Donald, son frère jumeau, rédige son propre scénario sans aucune difficulté. Découragé par son attitude, Charlie lui demande conseil pour son adaptation. Il pense également à Susan qui pourrait sûrement lui être une aide précieuse, mais il n'ose la rencontrer. »

En fait, sous prétexte de parler de l’adaptation cinématographique d’un roman, c’est de l’adaptation à la vie dont il est question. Les deux frères ont une façon très différentes de composer avec la vie : Charlie est anxieux, inhibé et malheureux alors que Donald est insouciant, expressif et joyeux… Ça prendra une fin tragique pour faire comprendre au premier tout l’enseignement qu’il pouvait tiré du second. À la fin, Charlie est libéré de ses peurs paralysantes et le générique se déroule sur la chanson « Happy Together ! » des Turtles

« Imagine me and you, i do,
I think about you day and night, it`s only right
To think about the girl you love and hold her tight,
So happy together … »


Vers la fin, Charlie raconte à son frère une anecdote tirée de leur adolescence : il avait vu la fille de qui son frère était amoureux rire de celui-ci avec ses amis après l’avoir hypocritement embrassé. Il avait ressenti une telle rage envers la fille et tellement de pitié pour son frère… Mais Donald lui explique que ça ne changeait rien, il connaissait très bien les moqueries à son propos mais cela n’avait pas d’importance… Personne ne pouvait l’empêcher de ressentir ce qu’il ressentait pour cette fille, même pas elle.

Et il lui dit une petite phrase qui m’a frapper droit au cœur, des mots défibrillateurs : « On est ce qu'on aime, non pas ce qui nous aime…»

C’est dernièrement que j’ai pu enfin expérimenter tout ce qu’il y a derrière des paroles aussi sages. Depuis, je ne recherche plus l’affection des autres comme un affamé et je n’évite plus de faire quelque chose ou d’entrer en relation avec quelqu’un par peur du ridicule ou de ne pas être aimé… J’essai de faire et d’aller strictement vers ce qui fait battre mon cœur… Et il bat tellement vite de ce temps-ci que je me suis rebaptisé « José l’excité, l’enthousiaste, l’enchanté… »

Je capote – et recapote comme dirait un chum ! – à tous les jours, juste en me donnant le droit d’aimer et en exprimant cette affection à ceux que j’aime… Essayez cette attitude et vous l’adopterez ; et dire que mon vieil ami imaginaire se tuait à me le répéter… « Aimez-vous les uns les autres ! » qu’il disait…

Paradoxalement, depuis que je ne cherche pas à inhiber mon petit énervé intérieur et que j’arrête de courir après l’affection des autres, je n’ai jamais été aussi comblé sur le plan affectif, jamais été aussi heureux et plein de sérénité. Désormais, je ne me sens plus jamais seul ou en manque d’amour, parce que j’aime comme un fou toutes ses personnes autour desquelles je gravîtes…

C’est ce qui m’arrive avec notre projet Osmose – Café des arts. Je me suis entouré des personnes que j’aime le plus au monde de ce temps-ci pour monter un projet qui me tient à cœur et faire certaines des choses que j’aime le plus faire dans la vie : jouer sur une scène, parler d’art, rencontrer des artistes de toute discipline confondue, soutenir des gens dans leur démarche artistique ou leur développement professionnel, partager avec les autres mes propres expérimentations en écriture et en art visuel, valoriser la culture québécoise, donner la chance à la relève artistique de se produire et d’être diffuser, et déguster des petites gourmandises autour d’un bon café… équitable, bien sûr !

Voilà, de solitaire, je suis enfin passé à solidaire… solidaire d’une même cause oui, mais aussi solidaire du plaisir qu’on semble tous éprouver d’être simplement ensemble…

Merci ma belle gang d’Osmosiens, c’est vous autres qui faites ce que je suis aujourd’hui… Car je suis vraiment ce que j’aime, et je vous aime vraiment très fort. Évidemment, avec une maxime comme celle-là, je suis aussi un gros biscuit aux pépites de chocolat, mais ça, c’est une autre histoire…

dimanche 21 décembre 2008

Jouer (acte 6: hommage à une mère des bas-fonds)

Eh oui ! Encore une fois, votre humble serviteur monte sur les planches du Café-Théâtre de Chambly… C’est reparti pour 14 représentations, du 9 janvier au 21 février 2009. Et j’ai encore la chance de jouer un rôle de taille – je sais, j’ai le casting pour jouer des rôles de taille (XXXL) – et de partager la scène avec mon fils – la scène est assez grande pour deux vedettes telles que nous… :)D

Ce texte se veut un rappel, pour que vous ne manquiez pas de venir nous voir pour vous divertir et nous encourager. Parce que sans vous, cette aventure n’aura jamais la même saveur… le même sens… Pour moi, ce texte a aussi un autre sens, celui d’un hommage à ma mère, parce qu’en lisant la pièce des Bas-fonds, j’y ai reconnu un milieu familier et des personnages que j’ai côtoyés quand j’étais enfant, et en interprétant Louka, j’y ai découvert de grandes similitudes avec ma mère, une mère des bas-fonds.

* * * * *
LES BAS-FONDS
de Maxim Gorki
Mise en scène de Jean-Alexandre Côté
Assisté de Lucie Éthier

Avec, la vraie distribution :

José St-Louis, Francis Chaput, Daniel Boutin,
Jean-François L'Allier-Roussin, Vincent Michaux-St-Louis,
Patrice Gallant, Chantal Reichel, Kevin Turcotte,
Éliane D'Anjou-Dumas, Marc-André Lapointe,
Grégoire Cloutier, Krystiane Hamel, Annie Lampron,
Joël Hogue, Martin Leduc, Émily Gervais, et Nicolas Beauchemin.

Dans une maison de chambres, des gens paumés, des gens de la rue, tentent d'oublier leur condition de misère en s'appuyant les uns sur les autres. L'arrivée de Louka, un pèlerin plein de bonté, leur fera voir une dimension de la vie qui ne sera pas partagée par tous. Une pièce dure, jouée dure.

* * * * *

D’une certaine façon, je viens des bas-fonds… Bon, d’accord, disons que j’exagère quand même un peu… à peine. Ma mère, veuve avec trois enfants sur les bras, était plutôt pauvre. Elle avait beau s’enrichir aux frais de l’état, comme disent certains – elle était sur le BS ! – et voler des jobs à d’autres en travaillant au noir, – elle faisait des ménages plusieurs jours par semaine – elle avait de la difficulté à rejoindre les deux bouts et notre vie était plutôt modeste.

Je me souviens que chez nous, les murs étaient jaunis par le temps – j’y ai vécu 20 ans et je pense que ça n’a été repeint qu’une seule fois. C’était des vieux murs avec une espèce de toile peinte et tapissée à plusieurs reprises, bien avant nous, qui recouvrait le plâtre. Je me souviens aussi qu’à force de frapper dessus, le plâtre s’égrainait et tombait entre les cloisons, et que le mur devenait comme tout souple, presque mou au toucher, sans vraiment céder… Je me rappelle aussi m’être lavé dans une cuvette, une espèce de grand évier dans le shed, près de la fournaise qui puait le mazout, parce que le bain était monopolisé par quelqu’un d’autre. Il faut dire qu’il y avait toujours plein de monde chez nous.

Mon royaume d’enfant et d’adolescent était peuplé de cette faune typique des bas-fonds : des cousins et leurs amis qui venaient se dessaouler chez nous ou se faire tirer aux cartes, – autre source de revenu pour ma mère – des étrangers rencontrés je ne sais où, des enfants immigrés que ma mère gardait en attendant qu’on leur trouve une place plus appropriée, une famille complète de voleurs qui repartait, chaque fois, avec nos jouets plein les poches, – la mère aussi, merde ! – des marxistes-léninistes qui traçaient les plans de leur prochaine révolution prolétaire, et – un peu plus tard – de jeunes délinquantes que mon frère ramenait à la maison pour leur éviter le centre d’accueil, des chums toxicomanes que d’autres parents avaient foutu à la porte… Ma mère les accueillait tous, sans exception, en se disant, probablement : « Est-ce qu'on abandonne ainsi un être humain ? Quel qu'il soit, il vaut toujours son prix.* »

Comment parler des Bas-fonds sans penser à ma mère. Elle y a vécu toute sa vie et y nageait comme un poisson dans l’eau. Elle souriait toujours, malgré tout, malgré la pauvreté – « vaut mieux être pauvre et en santé, que riche et malade » – malgré les risées – « quand on ne vaut pas une risée, on ne vaut pas grand chose ! » – malgré le manque de moyen pour nous nourrir – « une banane équivaut à un steak ! » – ou nous habiller – « l’habit ne fait pas le moine ! ». Elle était imperturbable, il n’y avait rien à son épreuve, rien pour lui enlever l’espoir d’une vie meilleure, son amour de la nature ou sa foi en l’homme…

Si elle pleurait, c’était en cachette, comme dans la Lune pleure d’Okoumé :

Alors elle dit tout va bien
Elle n'a pas peur de s'enfoncer plus loin
Alors elle pleure et dans ses yeux
Une lueur plus brûlante que le feu

Pourtant, je vous jure qu’elle vivait, parfois, comme une misérable : elle faisait des bouillis de bœuf et de légumes pour nourrir tout le monde et se contentait de tartines de margarine et d’oignon cru ; elle préparait des chambres pour les invités ou improvisait des lits de fortune avec les sofas et les chaises pour nos visiteurs inattendus et elle se contentait de dormir dans la cuisine, à même le sol, devant le four ouvert – « Pour un vieux, la patrie, c’est là où il fait chaud.*
»

Comment ne pas m’inspirer d’elle pour jouer Louka : petit, je la voyais forte, comme la Femme forte de l’évangile, et un peu plus tard, altruiste, comme Mère Thérésa, mais surtout, elle était profondément humaniste, comme je le suis devenu, je pense. Et elle disait souvent – en ses propres mots – comme Louka : « L'homme peut tout, il n’a qu'à vouloir.*
»

C’est grâce à elle que j’ai fini par sortir des bas-fonds, même si elle, paradoxalement, elle y est restée, pour continuer de prendre soin de tout le monde… pour poursuivre sa mission. Elle m’a poussé hors de ce milieu, consciemment ou inconsciemment peut-être, en nourrissant mon esprit d’idées farfelues, en stimulant mon monde imaginaire et ma créativité, en me faisant découvrir un univers merveilleux, à travers les livres… Elle se débrouillait pour que j’aie accès à des encyclopédies comme « Tout connaître » ou « L’histoire du monde »… Et j’ai découvert par la suite les aventures de Bob Morane, les récits fantastiques de Jules Verne, Agatha Christie, Victor Hugo, Nelligan… Et j’ai tout de suite aimé l’école. Aimé apprendre, étudier, pour accéder à un peu plus que ce que les bas-fonds pouvaient m’offrir… Je m’en suis sorti, comme elle l’espérait pour moi. Pas en devenant tellement plus riche, ce n’était pas ça le plus important finalement, mais en devenant plus ouvert… Ouvert, disposé, prêt à vivre autre chose… Plutôt que de tourner en rond et de rester dans ma petite misère comme plusieurs autres se sont résignés à le faire.

C’est ce que Louka tente de faire dans les Bas-fonds. Apporter à tout le monde l’espoir d’une amélioration de leur condition humaine. Mais, comme dans l’Allégorie de la Caverne de Platon, une fois qu’on a vu la lumière, peut-on survivre à un retour dans la caverne ? C’est un peu la question que Gorky nous pose dans son drame, à laquelle il nous donne plusieurs réponses. Chaque personnage a sa propre façon de réagir à l’influence de Louka qui fait miroiter la lumière au bout du tunnel.

Quel beau personnage ! Quel petit vieux sympathique ! Quel beau rôle à jouer. Je me sens privilégié de pouvoir l’incarner et j’espère bien être à la hauteur. Pour l’instant, ça reste un rôle de composition, car même s’il ressemble à ma mère et que la pomme n’est pas tombée très loin de l’arbre, je dois travailler fort pour rendre toute cette sagesse et cette force dont il est capable… C’est un rôle qui me tient à cœur parce qu’il est porteur d’espoir et de sens, deux notions qui font cruellement défaut dans notre vie moderne. Et en plus, – comment ne pas l’admirer – il agit essentiellement comme un bon psychologue, qui écoute, compatit, reflète, provoque, suggère, encourage et pousse à l’action et à l’auto-développement tous ceux qu’il croise sur son chemin… Il ne montre pas nécessairement la direction à prendre mais il pousse à en prendre une, à faire des choix...

C’est fou comme le théâtre me fait voyager au cœur de moi-même. En tant que novice, je me trompe peut-être, mais à date, chacun de mes rôles me fait redécouvrir des facettes de moi-même. Louka m’a rebrancher à mes origines basfondesses, m’a fait penser à ma mère et à ce qu’elle m’a légué de plus précieux : un optimisme fondamental qui me pousse à faire confiance à la vie en général et à l’être humain en particulier, même si je sais que ce dernier est capable du meilleur et du pire.

* * * * *

Je vous invite donc, cher lecteur de ce modeste blog, à venir voir ce très beau drame russe avec l’esprit ouvert… C’est une pièce dure, jouée dure, comme on dit dans le synopsis. En fait, monter cette pièce a presqu’été aussi dur que l’ambiance de la pièce elle-même. C’est un vrai drame, comme celui qui nous est tombé dessus tout au long des répétitions : sept personnes ont dû abandonner leur poste, un record absolu au café-théâtre, pensons-nous… Mais sept autres comédiens et comédiennes se sont joints à nous pour relever le défi avec brio. Je suis fier du travail accompli et j’ai hâte de jouer devant vous, avec mes 16 comparses « basfondeurs ». Je vous promets une soirée pleine d’émotions, de frissons et de réflexions qui vous habiteront longtemps après la représentation. Les Bas-fonds, c’est un drame dur et beau, comme on n’en voit plus souvent. C’est une réflexion profonde et touchante sur l’homme et le sens même de son existence…

Qui sait ? Peut-être y trouverez-vous, comme moi, l’inspiration… Peut-être découvrirez-vous plusieurs autres Louka autour de vous, qui agissent comme autant de phares pour guider les marins égarés…

Car parfois, « Au cœur de la nuit, on ne voit pas de chemin…»*
____________________
* Maxim Gorky, Les Bas-fonds, acte 1 et 2 (pp 19, 20, 30 et 38).


lundi 15 septembre 2008

L'accident

C’était un vendredi, un peu pluvieux, comme tant d’autres. Sur la 227, une route que je prends plusieurs fois par semaine pour aller chercher mon gars à St-Hyacinthe. Je passais donc dans le petit village de St-Jean Baptiste pour une millième fois. Je roulais à 50 km heure environ, je venais d’entrer dans le village.

J’étais de bonne humeur malgré mes questionnements existentiels habituels. Cette fois là, je me demandais comment les gens arrivaient à optimiser leur temps. J’ai toujours le temps de penser que je n’ai pas le temps de faire tout ce que je pense que j’aimerais avoir eu le temps d'avoir fait… Et en particulier, quand on a beaucoup d’amis, comment réussit-on à passer un peu de temps avec chacun d’eux ? Doit-on faire des rotations à toutes les semaines de façon à ne pas s’ennuyer trop longtemps de l’un ou de l’autre ? C’est quoi une fréquence normale de rencontre ? Est-ce pareil pour tout le monde ? C’est quoi la longueur de temps maximal qu’on peut passer sans se voir et se considérer encore comme des amis ?

J’en étais là de mes réflexions quand la chanson Espérer de Michel Sardou a commencé. Et, je me suis dis que je m’en faisais trop pour rien, comme d’habitude. J’ai même pensé à une amie qui vit un deuil très difficile présentement, en me disant que si elle pouvait retrouver l’espoir, alors moi…

« Espérer, parce que la terre est belle
Quand une étoile s'éteint, elle n'éteint pas le ciel
Espérer, et encore et encore
A fatiguer la mort, à la faire hésiter… »

Ça m’a fait penser à mes propres deuils et à l’espoir que j’ai, qu’un jour, ils ne m’affectent plus autant. J’étais en train de me dire, que la vie était tellement belle. Avant d’entrer dans le village, je me souviens d’avoir pris le temps de regarder les champs, les arbres et le ciel et de m’être dit : « Que c’est beau la vie. Que ma vie est belle. Mon Dieu que la vie me gâte, me comble, m’aime à travers toutes ces autres petites âmes qui me côtoient… »

J’étais en train de me dire que j’étais chanceux d’avoir une femme aussi merveilleuse, un gars aussi fantastique et des amis aussi agréable à fréquenter… et je chantais avec conviction Espérer quand, soudain, se produisit l’accident...

Vous savez ce que c’est : on dirait vraiment que tout se passe au ralenti. Je l’ai vu surgir de derrière un VUS et je me disais simplement, comme ça : « mais il va bien freiner, il voit bien que je suis là… mais non… mais qu’est-ce qu’il fait le con, il va me rentrer dedans l’imbécile !!! » J’ai eu le temps de passer qu’à moitié ; il m’a percuté la porte arrière du côté conducteur. Sous l’impact, la voiture a fait un 180, et je me suis retrouvé en sens inverse, dans l’autre voie… heureusement, aucun camion n’arrivait de par là à ce moment là. Trois secondes de trop et il aurait frappé ma porte avant, une minute trop tôt et nous nous serions fait ramasser par une van. Encore une histoire de temps.

Et la chanson tournait toujours : « Espérer, parce que tu es en vie, même si t'as pas choisi, ni l'endroit, ni le jour… »

Je me suis senti un peu secoué, mais pas au point d’être blessé. Il venait de faire son Stop, selon ce qu’il a dit, et il s’était engager sans me voir venir. J’étais un peu trop stressé pour bien analyser la situation. Mon réflexe a été d’appeler la police tout de suite. Mais j’avais de la difficulté à être entièrement cohérent avec la personne au bout du fil, j’étais sous le choc. Un témoin est venu me dire que c’était un jeune complètement gelé qui était dans l’autre voiture. Le jeune à casquette est venue s’excuser et s'assurer que je n’avais rien… il sentait le pot ou la cigarette, mais semblait navré et nerveux lui aussi.
J’aurais aimé pouvoir me dire, à ce moment là, que c’était l’un de ces espèces d’imbéciles imprudents qui pensent que la route est une piste de course… mais non, c’était un jeune homme ordinaire qui traversait la rue pour aller chercher sa mère à l’école d’en face, comme il le faisait, presque à tous les jours, à 17hr00, l’heure de pointe au centre-village de St-Jean Baptiste, près de l’église et du Métro.

Ma porte arrière était défoncée, le pare-choc arrière déglingué et la roue arrière défaussé… Pas moyen de reprendre la route. La police a fait son rapport, la dépanneuse a ramené ma voiture au garage et ma femme et mon fils sont venus me chercher, tous les deux inquiet pour moi. Mais j’étais en un seul morceau, rien de grave : que de la tôle froissé comme on dit, et un paquet de retard et de démarches à ajouter dans la liste des choses qu’on se demande s'il nous reste encore du temps pou les faire…

À un moment donné, je me suis permis de pleurer un peu, pour laisser le stress s’évacuer… Même si l’accident n’était pas grave, ça m’a fait ressentir à quel point la vie est fragile et à quel point je tiens à cette vie. C’est pas comme l’autre con que j’ai vu un peu après l’accident qui faisait spinner ses pneus dans l’eau en zigzaguant à la même intersection que moi… Il me semble qu’il aurait mérité plus que moi de se faire rentrer dedans celui-là. Lui, il n’avait pas l’air de tenir à cette vie plus qu’il ne le faut… alors pourquoi moi ?

J’ai cherché un sens à cet accident banal. C’est comme si le Bon Dieu m’avait rappelé à l’ordre, comme s’il me donnait un avertissement : « Tu vois, n’importe quand, je peux t’enlever la vie, comme ça, en claquant des doigts… alors arrête de la gaspiller à t’en faire pour rien et vis la « calibouaire » – contraction de calice et ciboire avec l’accent québécois que le Bon Dieu a quand il veut bien se faire comprendre par les indigènes locaux… » Autre sens possible : avec un peu de chance, ça va me permettre de changer de voiture et d’éviter tous les problèmes qui allaient commencer à sortir après 8 ans de loyaux services…
Mais si en réalité, cela n’avait pas de sens spécial : cela arrive, un point c’est tout. C’est ça la vie ! C’est un bug dans notre journée, on se réajuste, on s’adapte et on continue à vivre…

Je ne sais plus quoi en penser…

Une chose est sûre, c’est que sans cet accident, je n’aurais peut-être pas su quoi vous raconter aujourd’hui. Autre certitude : je suis soulagé d’être encore en vie, en partie, parce que ça me permet de partager une autre de mes petites expériences personnelles avec vous…
Vous tous – certains plus que d'autres – qui me rendez tellement heureux de vivre !

vendredi 29 août 2008

Je n'ai pas envie des "il faut"

Une des distorsions cognitives (ou erreurs de pensée) la plus courante est sûrement celle de toujours motiver nos actions par des impératifs : il faut que je… ; je dois absolument faire… ; je devrais… ; je n’ai pas le choix de faire… ; etc. À la longue, cette façon de penser nous enlève le moindre plaisir qu’il pourrait y avoir à faire certaine chose. En fait, on se retire à soi-même le plaisir et le droit de choisir volontairement ce qui nous ferait du bien. On perd notre liberté, on finit par se soumettre à des obligations qu’on n’a pas réellement choisies ou qui ne font plus de sens pour nous.

Certains diront que c’est normal, que personne n’a envie de faire son ménage mais qu’il faut le faire quand même. Moi, je dirais que, si on n'aime pas faire son ménage, c’est parce qu’on le fait par obligation. Car si on a des motivations plus pertinentes pour faire son ménage, on le fait avec plaisir. Se dire « j’ai envie que mes amis se sentent bien chez moi » est une motivation beaucoup plus efficace que de se dire « il faut absolument que je fasse mon ménage avant que le monde arrive ». Je joue juste sur les mots ? Peut-être, mais ce sont ces mots qui vont donner du sens à nos choix.

Faire quelque chose qui n’a pas de sens, autre que parce qu’il faut le faire, est bien plus épuisant et déprimant qu’on ne le pense; c’est une des premières causes du « burnout ». Sans entrer dans les détails du processus, disons que c’est comme si vous donniez le pouvoir à une espèce de petit tyran intérieur qui vient vous forcer à faire certaines choses, souvent contre votre gré. À la longue, vous allez vous comporter comme un véritable esclave, soit complètement soumis (la dépression), soit totalement révolté (la rébellion). Et peut importe le résultat, au bout du compte, vous ne serai pas plus heureux : obéir au chef de la rébellion sans tenir compte de ce qu’on a réellement envie n’est pas mieux que de se soumettre à notre tyran. C’est changer un « il faut » contre un « je dois »… Arrêter de motiver nos actions par des impératifs n’a rien avoir avec « faire le contraire de ce qu’il faut ». Parfois, « faire ce que j’ai envie » va correspondre, à peu de chose près, à « faire ce qu’il faut ».

Une cliente m’a dit un jour : « Voyons donc, ça ne marche pas de même ! Quand ton bébé pleure parce que sa couche est pleine, il faut bien la changer !!! » Et moi de lui répondre : « Non ! Tant que tu n’es pas capable de dire j’ai envie de la changer, ne la change pas… Mais je te jure qu’après un certain moment, tu vas avoir envie de la changer !»

« Chuis fatigué de devoir,
fatigué d'entendre tout l'monde me dire
Comment respirer, comment j'devrais agir
J'ai envie de r'trouver c'que j'étais,
tout de c'que j'voulais devenir
R'trouver la sainte paix
juste une bonne fois pour de vrai »

Est-ce que cette chanson de Kaïn (Embarque ma belle) vous parle autant qu’à moi ? Pas étonnant qu’aussi-tôt avoué, il suggère à sa belle de partir, de se libérer de tous ses il faut…

« Awèye embarque ma belle, j't’amène n'importe où
On va bûcher du bois, gueuler avec les loups ouais...
J'veux jamais t'entendre dire jamais
Ma vieille Volks m'appelle, viens donc faire un tour
On va faire les fous on va faire l'amour
Pis j'te jure qu'on va vivre vieux
»

Effectivement, se libérer des impératifs peut être un gage de longévité.

Et où en est l’autodiscipline dans tout ça ? Car certains confondent « soumission aux impératifs » à « discipline personnelle ». On en a autant besoin, sinon plus. Ça prend beaucoup de discipline pour assumer ses choix complètement et tout faire parce qu’on en a le goût, par ce qu’on l’a réellement choisi, parce qu’on répondait à notre envie personnelle. C’est très difficile de s’assumer complètement, d’être fidèle à soi-même, d’être authentique, d’être responsable de ses besoins, d’affirmer ce qu’on pense et ce qu’on ressent. Au début, faut se pratiquer maladroitement, faut peut-être même exagérer un peu, en changeant volontairement notre discours extérieur pour que le discours intérieur change vraiment. À force d’essayer de dire, pour motiver tout ce qu’on fait, « j’ai envie », « j’ai le goût », « j’aimerais que », « j’ai fais le choix de », on va finir par découvrir nos véritables motivations dans la vie et se réapproprier le contrôle de notre vie ; ce n’est pas de l’autodiscipline ça ?

* * * * *

Exercice 1 : « J’ai envie » de quoi aujourd’hui ?

Pour changer les impératifs en choix, c’est pas mauvais de faire une liste de nos envies. Une fois par jour au début, de temps en temps par la suite. Essayons voir :

Aujourd’hui j’aimerais, je voudrais, j’ai le goût de , j’ai envie de :
  • Recevoir un bon massage
  • Écouter mon fils me raconter sa journée
  • Recevoir des nouvelles de Cindy (je n’ai pas de contrôle là-dessus, mais j’ai le goût; par contre, si j’en ai tellement envie, je peux la solliciter…)
  • Apprendre un peu plus le texte de Louka pour les Bas-fonds
  • Faire une petite sieste près de ma fenêtre
  • Jouer encore au badminton avec Marie-Pascale, Vincent, Marcel, Yvan, Sandra, Mika, Donald, Véronique, Cindy et les autres… (je devrai attendre à demain mais j’ai déjà le goût)
  • Battre Marcel au badminton (ça fait longtemps et je devrai probablement attendre encore longtemps, mais j’ai toujours le goût)
  • Parler à Benoît (mais ça aussi ça va attendre demain et dimanche, on aura l'occasion de le faire en masse)
  • Écrire quelque chose, juste pour le plaisir (c’est ce que je suis en train de faire)
  • Faire l’amour (Encore ! Oui, tous les jours… on est obsédé ou on ne l’est pas)
  • Regarder la suite de Kaamelott (on vient de finir la saison 5 et on panique un peu parce qu’on se demande si la saison 6 existe déjà…)
  • Prendre un bon bain chaud en lisant un bon livre
  • Trouver un bon livre à lire
  • Lire autre chose de Wajdi Mouawad (ça fait trois fois que je lis sa pièce Incendies et elle me bouleverse toujours autant)
  • Écrire un premier dialogue de la pièce de théâtre que j’essai d’écrire
  • C’est tout je pense… le reste sonne trop comme des « il faut »

* * * * *

Exercice 2 : Qu’est-ce que j’aimerais qu’il soit fait ?

Parfois on a envie que quelque chose soit fait mais on n’a pas envie de le faire. J’ai tendance à dire qu’il faut attendre d’avoir envie de le faire avant de le faire, mais il y a une autre stratégie qui peut nous aider. On peut se dire : « j’ai envie que cela soit fait parce que… » On énumère alors les vraies raisons derrière cette envie. Par exemple : « J’ai envie que mon ménage soit fait parce que j’ai envie que mes visiteurs se sentent bien chez moi et parce que je pense que présentement, entre les crottes de la perruche, les mouchoir qui traîne, la porte d’armoire non réinstallée et les vêtements non rangés, ils auraient de la misère à circuler librement». Ce genre de verbalisation va finir par se transformer en « j’ai envie de faire mon ménage » parce que je sais exactement pourquoi je le fais, c’est à dire pour une autre envie qui est très personnelle.

Voici ma liste de « j’ai envie que ce soit fait » pour aujourd’hui, il me reste à trouver mes raisons pour transformer cela en « j’ai envie de faire… » (me connaissant, ce n'est pas demain la veille) :

  • Tondre mon gazon
  • Arracher des mauvaises herbes
  • Poser ma porte d’armoire
  • Poser ma plaque de numéro civique (ça fait deux ans que l’adresse est indiqué sur un bout de papier collé)
  • Téléphoner ma masso pour prendre un rendez-vous
  • Prendre un r-v chez le dermatologue aussi
  • Téléphoner des nouveaux clients pour leur donner un r-v
  • Finir un court rapport synthèse et le poster à un client
  • Faire des changements sur mon site qui décrit mes services professionnels
  • Vider complètement mon bureau de Marieville que je n'occupe plus à partir du premier septembre
  • Aménager l’ancienne chambre de mon fils en bureau plus fonctionnel pour mon travail à la maison et mes projets créatifs
  • Monter dans ce bureau : filière, table à dessin, boîte de dossiers et de matériel…
  • Réaménager le sous-sol en un atelier pour ma femme et une salle familiale pour mon fils
  • Passer l’aspirateur partout
  • Poser des cadres (mes propres œuvres) dans ma chambre
  • Scanner et rééditer le texte des Bas-fonds pour faciliter sa lecture
  • Finir de lire tous les documents nécessaire à ma compréhension d'une OBNL
  • Faire une mise à jour complète de mon site de M. Psytami
  • Dessiner une nouvelle planche de la BD de M Psytami
  • Voir Sébastien pour comprendre comment il dessine avec ses gadgets électroniques
  • Trouver un façon de sauver les petits arbres qu’on a mis en pot sur notre patio
  • Reteindre notre patio
  • Jeter aux poubelles, faire un ménage par le vide, de tout ce qu’on n'utilise pas vraiment

Je pourrais continuer comme ça longtemps… mais j’ai trop de chose que j’ai réellement envie de faire aujourd’hui… Donc, à la prochaine !

jeudi 28 août 2008

Les amis de passage - 2

La solitude me pèse. Je me suis toujours fait croire que j’aimais ma solitude, parce que mes hobbies sont principalement, depuis toujours, solitaire et contemplatif : écrire, dessiner, faire des montages photos, audio ou vidéo, écouter de la musique, inventer des jeux de société, rêver tout éveillé, jouer à des jeux d’ordi, rouler les fenêtres ouvertes sur une route de campagne, observer les fleurs pousser, faire une sieste bercé par le souffle du vent, le crépitement d’un feu ou la cadence des vagues sur une plage de la Gaspésie…

J’aime encore toutes ces activités, mais aujourd’hui je réalise qu’elles n’ont de sens que si un(e) ami(e) est là pour : lire, contempler ou commenter mes œuvres, frissonner avec moi, en même temps que moi, en se laissant émouvoir par la même scène d’un film ou le même passage d’une chanson, jouer avec moi pour tester mes jeux au fur et à mesure de leur évolution, me permettre de les regarder, de les admirer et de m’inspirer de leur beauté, de leur humour et de leur intelligence, m’accompagner dans mes trips de char, les cheveux au vent et une main sur ma cuisse, poser leur tête sur ma poitrine et dormir comme un bébé sous mes ailes protectrices, ou faire l’amour sauvagement, tendrement ou en riant, en suivant le rythme des vagues ou la symphonie matinale des oiseaux « corde-à-linge »…

Nos amis, nos amours, même s’ils ne sont que de passage dans notre trop courte vie, constituent la réelle richesse de celle-ci ; même si, c’est une certitude, ils vont tous, tôt ou tard, s’éloigner de nous, leur présence multiplie nos petits bonheurs de la vie. Comprenez-moi bien, je ne dis pas que rien n’est intéressant dans la vie, je dis que de partager nos expériences avec nos amis les rendent encore plus riche et savoureuse – comme la crème fraîche ! C’est le message que je cherchais à exprimer dans mon premier textes sur Les amis de passage. Malheureusement, c’est la mélancolie et la nostalgie qui ont pris toute la place et certains de mes amis ont bien cru, en me lisant, que j’étais dépressif.

Je ne suis pas vraiment dépressif, sauf que je traîne depuis des années de vieux sentiments de tristesse, dû à des deuils moins bien résolu qu’il ne le faudrait… Seul, je suis plutôt mélancolique. J’ai déjà dis, quelque part : « Je suis nostalgique d'une enfance que je n'ai jamais eue ». Je n’ai qu’à regarder mon fils vivre pour me dire que j’aurais aimé vivre sa vie, son enfance, son adolescence... J’aimerais revenir en arrière et recommencer avec tout ce que je sais maintenant sur la vie, l’amitié, l’amour… Et oui ! Le fait d’avoir côtoyer de si belles jeunes femmes dans la troupe de théâtre m’a donné le goût d’avoir 20 ans de moins. J’ai fantasmé, forcément, sur ce que pourrait être ma vie actuellement si, plus jeune, j’avais fais ceci ou cela… ou si mes parents auraient été ceci ou cela… De ce temps-ci, j’ai de la difficulté à faire le deuil de ce genre de rêverie.

Ma femme m’a demandé l’autre jour : « Et toi José, qu’est-ce que t’aimerais faire quand tu seras grand ? » Il est peut-être temps que je grandisse un peu. Depuis le mois de mai, je me comporte comme Peter Pan au pays imaginaire. Ma première vraie expérience de théâtre m’a fait complètement décrocher de ma vie, comme si ce que j’y vivais, était du domaine du rêve, plutôt que de celui de la réalité. Et maintenant que c’est fini, je trouve difficile de retourner dans mon quotidien, ma routine, mon travail... C’est un peu ça aussi la cause de ma nostalgie. Et j’avoue avoir le réflexe de m’enfermer dans mon monde imaginaire, dans cette mélancolie d’une vie que je n’ai pas eu, autre qu’en rêve, de m’isoler, même quand je suis avec les autres, de retourner à cette solitude que je croyais aimer.

Parfois, je déprime parce que je me dis, comme plusieurs de mes clients, que j’aurais aimé ne jamais avoir toucher au bonheur, ne jamais avoir rencontrer telle ou telle personne qui me fait du bien… parce que tôt ou tard, le bonheur s’estompe et les personnes disparaissent de notre vie. C’est tellement ridicule de penser comme ça. C’est comme une femme qui m’a avouer, un jour, adorer les chats, mais s’empêcher d’en avoir par peur que, par accident, il quitte sa maison et ne revienne jamais.

Bien au contraire, si tu aimes les chats, tu dois prendre le risque d’en avoir. Si tu es en amour, tu dois prendre le risque de t’engager, même si on ne peut rien garantir sur la longévité de la relation. Si tu aime tes amis, tu dois oser leur dire, les fréquenter et prendre le risque qu’il s’éloigne de toi un jour… ça ne sert à rien d’anticiper leur départ, il est de toute façon inévitable. Il faut plutôt se concentrer sur chaque instant passé en leur compagnie, savourer chacun de leurs sourires, câlins, caresses, compliments, être là quand ils ont envie de te voir, les solliciter quand tu veux partager ou échanger avec eux, et surtout : vivre pleinement ! Pour être heureux, continuer à les intéresser et avoir quelque chose à partager.

Finalement, vivre, aimer, s’engager, c’est comme plonger dans une piscine, on ne peut pas se contenter de tremper son gros orteil de temps en temps et attendre que l’eau soit toujours à la température idéale.

Je vous aime beaucoup mes amis : j’espère que vous vous reconnaissez ! J’ai décidé de grandir et de plonger pour de bon. N’hésitez pas à plonger vous aussi, car au pire, on devra juste suivre quelques cours de natation ensemble…

En conclusion, les chansons que j’écoute de ce temps-ci sont, je vous l’accorde, plutôt mélancolique. Par contre, certaines sont vraiment des « réveils-vie » parce qu’elles décrivent bien pourquoi les amis sont aussi importants, malgré leur départ inévitable. Et pour être honnête, les larmes qu’elles m’arrachent sont souvent des larmes de joies. Et j’en écoute d’autres aussi qui me rappelle l’importance des amis, la beauté de la vie, et l’espoir que, malgré tout, la vie vaille vraiment la peine d’être vécu…

* * * * *
C'est un beau roman, c'est une belle histoire
C'est une romance d'aujourd'hui
Il rentrait chez lui, là-haut vers le brouillard
Elle descendait dans le midi, le midi

Ils se sont cachés dans un grand champ de blé
Se laissant porter par les courants
Se sont racontés leur vie qui commençait
Ils n'étaient encore que des enfants, des enfants
Qui s'étaient trouvés au bord du chemin
Sur l'autoroute des vacances
C'était sans doute un jour de chance
Qui cueillirent le ciel au creux de leurs mains
Comme on cueille la providence
Refusant de penser au lendemain

Si je m'arrête un instant
Pour te parler de la vie
Juste comme ça, tranquillement
Pas loin du Carré Saint Louis
C'est qu'avec toi je suis bien
Et qu'j'ai pu l'goût d'm'en faire
Parce que tsé voir trop loin
C'pas mieux qu'd'regarder en arrière

Je me souviens d'un rêve
Je me souviens d'un roi
D'un été qui s'achève
D'une maison de bois
Je me souviens du ciel
Je me souviens de l'eau
D'une robe en dentelle
Déchirée dans le dos

Ce n'est pas du sang qui coule dans nos veines
C'est la rivière de notre enfance

Hakuna Matata,
Mais quelle phrase magnifique !
Hakuna Matata,
Quel chant fantastique !

Ces mots signifient
Que tu vivras ta vie,
Sans aucun souci,
Philosophie

Baigné dans la lumière d'une aurore boréale
Réaliser que la beauté est sidérale
Ralentir le rythme de la course folle
Folâtrer un instant sans but, sans boussole

Rester allongé sur le sable donner des sourires sur la plage
S'amuser à perdre le temps laisser l'été avoir 15 ans
Passer ses journées en ballades sous la pluie goûter les nuages
Braver sur ma moto le vent laisser l'été avoir 15 ans

Sentir le vent caresser son visage
Ajuster sa mire, se fondre au paysage
Ajouter des secondes au film de sa vie
Vidanger son cerveau, tomber endormi

Pour la peine il y a le soleil l'été sur mes jours
Y'é jamais pareil c'est un gros câlin pour guérir nos chagrins
Pour l'amour il y a les étoiles tombées dans nos yeux
Jamais malheureux quand d'un gros câlin on guérit nos chagrins

Laisser la poésie décider de son sort
Sortir au matin et accepter la mort
Mordre dans la vie sans penser à demain
Maintenir le cap tout droit vers son destin...

Partir, bon Dieu ! partir
Sans savoir où l'on va,
Faire de la planche à voile
Au détour d'un delta,
D'accord, on prend la fuite :
Imaginons la suite,
Pour un mois pour un an,
J'sais pas.

Awèye embarque ma belle, j'amène n'importe où
On va bûcher du bois, gueuler avec les loups ouais...
J'veux jamais t'entendre dire jamais
Ma vieille Volks m'appelle, viens donc faire un tour
On va faire les fous on va faire l'amour
Pis j'te jure qu'on va vivre vieux

Je t'aurai vue nager
Sous un ciel d'occident,
Rêver tout éveillée
Devant un océan,
Un été éternel
D'un amour aquarelle,
C'est pas original
C'est bleu carte postale.

À mort la mornitude, viens t'coller dans ma solitude
On pourrait prendre la route, jusqu'à temps qu'on trouve le boute
On va s'creuser un trou, perdu quelque part au bout du monde
On n'aura pas d'argent, on fera pousser des enfants

Et si l'on revient moins riches,
Qu'est-ce que ça peut faire ?
D'ailleurs qui seront les riches ?
C'est pas notre affaire.
Je rêve d'une route en plein soleil,
D'île aux oiseaux
Où nous aurions toujours sommeil.

Et si l'on revient moins riches,
C'est peut-être mieux.
Avant que l'on en finisse,
Avant d'être vieux,
On aura eu des souvenirs,
Des nuits entières
A rêver sans dormir

Chuis fatigué de devoir, fatigué d'entendre tout l'monde me dire
Comment respirer, comment j'devrais agir
J'ai envie de r'trouver c'que j'étais, tout de c'que j'voulais devenir
R'trouver la sainte paix juste un bonne fois pour de vrai

Malgré les vieilles amertumes
Et les amours qui passent
Les chums qu'on perd dans brume
Et les idéaux qui se cassent
La vie s'accroche et renaît
Comme les printemps reviennent
Dans une bouffée d'air frais
Qui apaise les coeurs en peine

Icitte à soir, y mouille à siot
On a donné un pas pire show
Le motel est pas vraiment swell
Une chance t'es là pis qu'j'te trouve belle...

Et puis toé ma p'tite soeur
Es-tu toujours aussi perdue?
C'est ti encore la grande noirceur?
Ou ben si t'as r'pris le dessus?
Tsé qu'la vie est parsemée de p'tites misères
Faut pas t'en faire...

Anyway chu content que tu r'viennes
T'arrives en même temps qu'l'automne
Tsé qu'ça m'a fait ben d'la peine
De t'voir partir ma mignonne...

Sais-tu au moins qu'tu m'as fait croire
Qu'il est encore possible d'être heureux ?
Pis ça c'est c'qu'on appelle d'l'espoir

Espérer, parce que ça vaut la peine
C'est pas toujours la haine, c'est aussi de l'amour
Espérer, parce que tu es en vie
Même si t'as pas choisi, ni l'endroit, ni le jour

Ça fait que si à soir t'as envie de rester
Avec moi la nuit est douce on peut marcher
Et même si on sait ben que tout dure rien qu'un temps
J'aimerais çà que tu sois pour un moment
Mon étoile filante

Espérer, et encore et encore
A fatiguer la mort, à la faire hésiter

Espérer, parce que la terre est belle
Quand une étoile s'éteint, elle n'éteint pas le ciel

Hakuna Matata !

[Titre (interprètes) : Une belle histoire (Michel Fugain), Les étoiles filantes & Ces temps-ci & Toune d’automne (Les Cowboys Fringants), La rivière de notre enfance (Garou et Michel Sardou), Hakuna Matata (du Roi lion), Le repos du guerrier (Mes Aïeux), Laisser l'été avoir 15 ans (Claude Dubois), Espérer & Si l’on reviens moins riche (Michel Sardou), Embarque ma belle (Kaïn)]